Saint Grégoire de Nysse (10 janvier)
Posté le 21.01.2007 par orthodoxie

Grégoire de Nysse
331 – 395
Fêté le 10 janvier
Grégoire est né vers 331 à Césarée dans le Pont (le nord de la Turquie actuelle) d’une famille de dix enfants. Son père Basile et sa mère Emmélie étaient des personnes cultivées. Toute la famille eut à souffrir sous la persécution de l’empereur Dioclétien. Grégoire fait partie des Pères appelés les trois Cappadociens : lui-même, son frère Basile le Grand et Grégoire de Naziance. Sa sœur sainte Macrine prit la direction de la famille à la mort de son père en 341. Ayant fait vœu de virginité, elle entraîne sa mère à se convertir à un idéal de vie dépouillée et ensemble ils créent un monastère dans leur domaine d’Annesi.
Sans fréquenter les grandes écoles de Constantinople et d’Athènes, Grégoire reçut une très large culture philosophique et scientifique dans les écoles locales de Cappadoce. Il honora la civilisation grecque et païenne, il fut séduit par le célèbre rhéteur païen Libanius. En 362, il se rend à Annesi pour s’initier à la vie monastique, sans pour autant renoncer au mariage. Pendant sa vie mondaine, il épousa Théosébie, femme d’une haute culture spirituelle qui lui donna un fils, Cynégios. Il aimé passionnément son épouse et laissa une description émouvante des joies du mariage. Théosobie meurt en 385 « en véritable sainte et
véritable épouse de prêtre ».
Tout cela n’empêcha pas ce grand Cappadocien, d’être nommé évêque de Nysse, contraint de vive force, en 372, à l’instigation de son frère Basile, évêque de Césarée en Cappadoce ni d’écrire un traité sur la virginité, regrettant le mariage qu’il a cependant apprécié. Son frère Basile le Grand, dont nous célébrons la divine liturgie, lui fait ombrage et il ne pourra s’épanouir pleinement qu’après la mort de celui-ci, le 1 janvier 379. Grégoire était un peu écrasé par lui, homme d’action et de gouvernement et il en fit comme un complexe d’infériorité. Après la mort de Basile, il acquiert de l’assurance et joue un rôle prépondérant dans l’orthodoxie. La même année Macrine décède et Grégoire devient responsable du dépôt de ses deux maîtres. A partir de ce moment son activité pastorale et théologique devient de plus en plus féconde. Il participe au concile œcuménique de 381. Il était devenu l’homme de confiance du nouvel empereur Théodose le Grand et devait décider du sort des évêques ariens. De partout on l’appelait au secours. Préoccupé par les déviances de l’arianisme, il fut un ardent défenseur du mystère de la Sainte Trinité et écrivit contre l’arien Eunome. Sa « Grande Catéchèse » est une synthèse doctrinale du christianisme. Il atteint le sommet de sa carrière en participant au concile œcuménique de Constantinople.
A partir de 386, libéré des controverses dogmatiques du Concile de Nicée, il se tourne de plus en plus vers la vie intérieure. A partir d’alors, il écrit ses ouvrages de théologie mystique dans lesquels il développe les étapes de la vie spirituelle qui annoncent Sainte Thérèse d’Avila. A ce moment il atteint sa pleine maturité. Il possède une doctrine spirituelle incomparable, la perfection est conçue comme un progrès appuyé sur l’Ecriture et St Paul. On le retrouve une dernière fois dans un synode à Constantinople en 394. Il meurt probablement en 395, âgé de 65 ans environ.
La mystique de Grégoire de Nysse.
C’est dans La Vie de Moïse que Grégoire trouve les fondements de la vie mystique dont il a été l’initiateur en Orient. L’épisode du Buisson ardent, selon lui, en symbolise la première étape : l’âme doit se soustraire aux agitations du monde pour retrouver l’homme intérieur : période de lumière et de purification. La « discalceatio » (enlèvement des sandales) de Moïse symbolise le dépouillement du vieil homme. Au terme de ce premier moment, la prière devient liberté de l’enfant de Dieu avec son Père. Le deuxième moment figuré par la nuée qui accompagne Moïse constitue l’étape de contemplation. Après avoir renoncé au mal et au monde, le chrétien entre dans la résurrection ou la restauration de l’état primitif, paradisiaque. La prière est ici contemplation des choses invisibles. Enfin, le troisième moment, signifié par la ténèbre, conduit à la blessure d’amour. Comme Saint Paul, Grégoire en fait l’expérience. Cette étape le conduit à l’amour extatique où l’homme est arraché à lui-même sous la force de l’attrait divin. La blessure inguérissable de l’amour introduit l’âme contemplative toujours davantage dans un nouveau degré de purification qui consiste à ne jamais cesser de désirer celui qu’elle aime.
Cette vie mystique passe sans cesse par de nouvelles étapes de mort et de résurrection. Le contemplatif fait l’expérience d’une Présence jamais achevée : l’inhabitation du Verbe dans l’âme sans cesse purifiée. Le Christ est son idéal. Il veut établir une relation vivante avec Lui, se laisser « saisir » dans l’adoration et l’amour. La vie éternelle consiste en la découverte toujours émerveillée et jamais achevée des inépuisables richesses de la vie divine. C’est ce que Grégoire appelle l’épectase : voir Dieu et n’être jamais rassasié de son visage. Le désirer toujours davantage. Loin d’être un repos éternel, voilà l’éternité qui nous attend.
Ce chemin contemplatif, selon Grégoire, ressemble à beaucoup d’égards à l’expérience mystique d’un Saint Jean de la Croix ou d’une Thérèse d’Avila et de bien d’autres. La vie mystique est aussi traversée de la nuit des sens et des concepts dans laquelle la présence de Dieu se fait de plus en plus proche pour lui. La vie spirituelle se présente sous la forme de sommets successifs d’où chaque fois se découvrent des perspectives nouvelles. Les pays découverts ne sont jamais que promesses d’horizons toujours plus beaux. Aucun ennui donc dans l’éternité de la contemplation. En ce sens Grégoire parlera de déception.
Le désir est sans fin, parce que toujours nouveau. Il est l’amour du Bien-aimé pour sa bien-aimée.
Lève-toi et viens !
Bonne route avec Saint Grégoire de Nysse.
Valère De Pryck
Sources : Daniélou Jean, Platonisme et Théologie Mystique, Doctrine Spirituelle de Saint Grégoire de Nysse, Aubier, Edition Montaigne, 1953.
Fandos Albert, Grégoire de Nysse, Internet : www.gregoiredenysse.com.
H. Van Campenhausen, Les Pères Grecs, Edition de l’Orante, Paris, 1963.
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