Saint Polycarpe (23 février)
Posté le 21.01.2007 par orthodoxie

Saint Polycarpe
Evêque de Smyrne et martyr
(vers 70 – 155)
Fêté le 23 février
Son nom signifie fruit abondant. Il appartient au groupe des Pères Apostoliques, Pères de l’Eglise ainsi nommés parce qu’ils ont été en contact direct avec un des apôtres.
Polycarpe, originaire des contrées du Levant, fut amené à Smyrne par des marchands qui le vendirent à une femme noble, nommée Callisto. Elle l’éleva dans la crainte du Seigneur et lui confia le soin de sa maison. Il hérita de ses biens, mais ne s’en servit que pour se perfectionner dans la connaissance des Ecritures. Ordonné diacre par l’évêque de Smyrne, il fut ensuite sacré évêque par l’apôtre saint Jean avant que celui-ci ne se retire à l’île de Patmos. Saint Irénée (130–202) nous apprend que Polycarpe suivit les leçons de Jean. (Adv. Haereses, 1.V, c.XXXIII). Il écrivit qu’il se souvenait très bien, dans le détail, comment Polycarpe racontait ses entretiens avec Saint Jean et les autres disciples qui avaient vu le Seigneur. Il fait partie de ceux qui vécurent le plus proche de l’époque de Jésus, sans l’avoir personnellement connu. C’est de lui qu’il est question dans les éloges faites par l’auteur de l’Apocalypse à l’Eglise de Smyrne. C’est encore à lui qu’Ignace d’Antioche, - autre Père Apostolique (mort martyr en 110) -, condamné à mort pour être livré aux bêtes de l’amphithéâtre, adressa une de ses lettres.
Le début de son épiscopat fut assez tranquille sous le règne de Trajan. L’Eglise de Smyrne échappait encore aux persécutions. Polycarpe se rendit à Rome pour s’entretenir avec le pape Anicet (155-166). Les hérésies sur la personne de Jésus se faisant déjà jour, il fallait affirmer la réalité de l’incarnation et de la mort du Seigneur. Il parvint à convaincre le pape de laisser l’Orient et l’Occident fixer librement la date de Pâques, (ce qui posait déjà problème à l’époque). De retour dans son Eglise de Smyrne, il fut exposé à la persécution de l’empereur Marc-Aurèle, et conduit au martyre peu après, sans doute le 22 février 156.
Martyre de Polycarpe
Un certain Marcion écrivit un récit détaillé de son martyre, le plus ancien qui existe d’un martyre individuel.
Apprenant le sort réservé aux chrétiens, Polycarpe ne voulut pas quitter sa ville. Il se laissa cependant convaincre de se refugier avec quelques compagnons dans un domaine tout proche. Adonné à la prière jour et nuit, il eut une vision lui révélant qu’il serait brûlé vif. Poursuivi par la police impériale, il chercha un autre domaine ; mais il y fut dénoncé par un serviteur de sa maison. Il se livra en disant : « Que la volonté de Dieu s’accomplisse ». Il servit à boire et à manger, autant qu’ils le voulaient, à ceux qui étaient venus l’arrêter. Ils furent frappés de stupeur en voyant ce saint vieillard se livrer sans la moindre résistance. Il leur demanda seulement de lui laisser le temps de prier encore une heure. Ensuite, on le fit monter sur un âne pour le conduire à Smyrne. Sur le chemin, devant son refus de reconnaître César comme seul Seigneur, il fut jeté bas et s’écorcha la jambe. Il n’en eut cure et continua d’un pas alerte vers le stade. Là, le proconsul l’enjoignit une dernière fois de renier sa foi et d’injurier le Christ devant une foule déchaînée. Polycarpe répondit : « Voilà quatre-vingt-six ans que je le sers, et il ne m’a fait aucun mal. Comment pourrais-je blasphémer mon Roi et mon Sauveur ? ». Devant une nouvelle insistance du proconsul, il confirma sa foi et l’invita à lui donner un jour de répit pour lui exposer sa foi, seul avec lui. Il refusa d’essayer de convaincre une foule en colère, dont la haine était alimentée par les juifs. « Ces gens-là, je ne les juge pas dignes qu’on se justifie devant eux ». Devant la foule déchaînée, le proconsul s’en lava les mains, comme Pilate devant Jésus. Il revint encore à la charge invoquant ses prérogatives de le livrer aux bêtes et au feu mais Polycarpe ne cessa de confesser sa foi, plein d’assurance et de joie ; son visage resplendissant de la grâce divine. Alors, d’un cri unanime, la foule décida que Polycarpe serait brûlé vif. Enlevant lui-même tous ses vêtement et se déchaussant, il monta libre sur le bûcher. Le feu, dessinant la forme d’une voûte, comme une voile de navire gonflée par le vent, entoura en cercle le corps du martyr. Il ressemblait à un pain qui cuit, à l’or et l’argent qu’on purifie dans une fournaise. Un parfum délicieux se dégagea du bûcher, comme celui de l’encens ou d’autres aromates. Devant l’animosité des juifs, le centurion fit brûler le corps resté intact sur le bûcher. Ce n’est que plus tard que ses cendres purent être enlevées par ses frères dans la foi.
Valère De Pryck
Sources : J. Quasten, Initiation aux Pères de l’Eglise, Tome Premier, éd. Du Cerf, 1955.
Bruno Chenu, Claude Prud’homme, France Quéré, Jean-Claude Thomas, Le livre des martyrs chrétiens, Centurion, Paris, 1988, p. 42-49.
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