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Saints Byzantins, Orthodoxes e.a.présentés par Valère De Pryck, laïc valere.depryck@scarlet.be
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20.09.2006
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Saint Grégoire de Nysse (10 janvier)

Posté le 21.01.2007 par orthodoxie











Grégoire de Nysse
331 – 395
Fêté le 10 janvier

Grégoire est né vers 331 à Césarée dans le Pont (le nord de la Turquie actuelle) d’une famille de dix enfants. Son père Basile et sa mère Emmélie étaient des personnes cultivées. Toute la famille eut à souffrir sous la persécution de l’empereur Dioclétien. Grégoire fait partie des Pères appelés les trois Cappadociens : lui-même, son frère Basile le Grand et Grégoire de Naziance. Sa sœur sainte Macrine prit la direction de la famille à la mort de son père en 341. Ayant fait vœu de virginité, elle entraîne sa mère à se convertir à un idéal de vie dépouillée et ensemble ils créent un monastère dans leur domaine d’Annesi.
Sans fréquenter les grandes écoles de Constantinople et d’Athènes, Grégoire reçut une très large culture philosophique et scientifique dans les écoles locales de Cappadoce. Il honora la civilisation grecque et païenne, il fut séduit par le célèbre rhéteur païen Libanius. En 362, il se rend à Annesi pour s’initier à la vie monastique, sans pour autant renoncer au mariage. Pendant sa vie mondaine, il épousa Théosébie, femme d’une haute culture spirituelle qui lui donna un fils, Cynégios. Il aimé passionnément son épouse et laissa une description émouvante des joies du mariage. Théosobie meurt en 385 « en véritable sainte et
véritable épouse de prêtre ».
Tout cela n’empêcha pas ce grand Cappadocien, d’être nommé évêque de Nysse, contraint de vive force, en 372, à l’instigation de son frère Basile, évêque de Césarée en Cappadoce ni d’écrire un traité sur la virginité, regrettant le mariage qu’il a cependant apprécié. Son frère Basile le Grand, dont nous célébrons la divine liturgie, lui fait ombrage et il ne pourra s’épanouir pleinement qu’après la mort de celui-ci, le 1 janvier 379. Grégoire était un peu écrasé par lui, homme d’action et de gouvernement et il en fit comme un complexe d’infériorité. Après la mort de Basile, il acquiert de l’assurance et joue un rôle prépondérant dans l’orthodoxie. La même année Macrine décède et Grégoire devient responsable du dépôt de ses deux maîtres. A partir de ce moment son activité pastorale et théologique devient de plus en plus féconde. Il participe au concile œcuménique de 381. Il était devenu l’homme de confiance du nouvel empereur Théodose le Grand et devait décider du sort des évêques ariens. De partout on l’appelait au secours. Préoccupé par les déviances de l’arianisme, il fut un ardent défenseur du mystère de la Sainte Trinité et écrivit contre l’arien Eunome. Sa « Grande Catéchèse » est une synthèse doctrinale du christianisme. Il atteint le sommet de sa carrière en participant au concile œcuménique de Constantinople.
A partir de 386, libéré des controverses dogmatiques du Concile de Nicée, il se tourne de plus en plus vers la vie intérieure. A partir d’alors, il écrit ses ouvrages de théologie mystique dans lesquels il développe les étapes de la vie spirituelle qui annoncent Sainte Thérèse d’Avila. A ce moment il atteint sa pleine maturité. Il possède une doctrine spirituelle incomparable, la perfection est conçue comme un progrès appuyé sur l’Ecriture et St Paul. On le retrouve une dernière fois dans un synode à Constantinople en 394. Il meurt probablement en 395, âgé de 65 ans environ.

La mystique de Grégoire de Nysse.

C’est dans La Vie de Moïse que Grégoire trouve les fondements de la vie mystique dont il a été l’initiateur en Orient. L’épisode du Buisson ardent, selon lui, en symbolise la première étape : l’âme doit se soustraire aux agitations du monde pour retrouver l’homme intérieur : période de lumière et de purification. La « discalceatio » (enlèvement des sandales) de Moïse symbolise le dépouillement du vieil homme. Au terme de ce premier moment, la prière devient liberté de l’enfant de Dieu avec son Père. Le deuxième moment figuré par la nuée qui accompagne Moïse constitue l’étape de contemplation. Après avoir renoncé au mal et au monde, le chrétien entre dans la résurrection ou la restauration de l’état primitif, paradisiaque. La prière est ici contemplation des choses invisibles. Enfin, le troisième moment, signifié par la ténèbre, conduit à la blessure d’amour. Comme Saint Paul, Grégoire en fait l’expérience. Cette étape le conduit à l’amour extatique où l’homme est arraché à lui-même sous la force de l’attrait divin. La blessure inguérissable de l’amour introduit l’âme contemplative toujours davantage dans un nouveau degré de purification qui consiste à ne jamais cesser de désirer celui qu’elle aime.
Cette vie mystique passe sans cesse par de nouvelles étapes de mort et de résurrection. Le contemplatif fait l’expérience d’une Présence jamais achevée : l’inhabitation du Verbe dans l’âme sans cesse purifiée. Le Christ est son idéal. Il veut établir une relation vivante avec Lui, se laisser « saisir » dans l’adoration et l’amour. La vie éternelle consiste en la découverte toujours émerveillée et jamais achevée des inépuisables richesses de la vie divine. C’est ce que Grégoire appelle l’épectase : voir Dieu et n’être jamais rassasié de son visage. Le désirer toujours davantage. Loin d’être un repos éternel, voilà l’éternité qui nous attend.
Ce chemin contemplatif, selon Grégoire, ressemble à beaucoup d’égards à l’expérience mystique d’un Saint Jean de la Croix ou d’une Thérèse d’Avila et de bien d’autres. La vie mystique est aussi traversée de la nuit des sens et des concepts dans laquelle la présence de Dieu se fait de plus en plus proche pour lui. La vie spirituelle se présente sous la forme de sommets successifs d’où chaque fois se découvrent des perspectives nouvelles. Les pays découverts ne sont jamais que promesses d’horizons toujours plus beaux. Aucun ennui donc dans l’éternité de la contemplation. En ce sens Grégoire parlera de déception.
Le désir est sans fin, parce que toujours nouveau. Il est l’amour du Bien-aimé pour sa bien-aimée.
Lève-toi et viens !
Bonne route avec Saint Grégoire de Nysse.
Valère De Pryck

Sources : Daniélou Jean, Platonisme et Théologie Mystique, Doctrine Spirituelle de Saint Grégoire de Nysse, Aubier, Edition Montaigne, 1953.
Fandos Albert, Grégoire de Nysse, Internet : www.gregoiredenysse.com.
H. Van Campenhausen, Les Pères Grecs, Edition de l’Orante, Paris, 1963.

Les Trois Hiérarques (fêtés le 30 janvier)

Posté le 19.12.2006 par Valère De Pryck








Les Trois Hiérarques
Basile le Grand (329-379) – Grégoire de Nazianze (329-390)
Jean Chrysostome (349-407)
Commémoration le 30 janvier

De pieux savants au 12ème siècle, se disputant pour savoir lequel des trois était le plus grand (nous l’avons déjà entendu dans l’Evangile), on eut recours au saint et docte évêque Jean, métropolite des Euchaïtes, pour résoudre la question. Celui-ci pria et, la nuit suivante, au cours d’une vision des trois saints, ceux-ci lui enjoignirent d’arrêter la dispute : « Nous sommes égaux devant Dieu, il n’y a pas de dispute entre nous ! ». Pour leur fête commune, Jean choisit le 30 janvier. Qui sont ces trois saints hiérarques ?
Nés en Cappadoce, (la Turquie actuelle), ils sont entrés dans l’histoire sous le nom des « Trois Saints Hiérarques».

Basile le Grand
Il naquit en 329 à Césarée, capitale de la Cappadoce. Frère de Sainte Macrine, celle-ci lui fera des remontrances à propos de sa vie mondaine à Césarée, Constantinople et Athènes où, pendant ses études, il se lie d’amitié avec Grégoire de Nazianze. Il s’établit à Annesi avec Grégoire pour mener une vie cénobitique. Dans sa grande règle, il énonce : « Dieu veut que nous ayons besoin les uns des autres ». Après son ordination comme évêque, il s’engage dans la lutte contre l’Arianisme qui s’attaquait aux relations des personnes de la Sainte Trinité. Il y trouve l’essence même de la foi chrétienne. Dans sa prédication, il met en lumière les grands thèmes sociaux de l’égalité foncière des hommes, de la dignité de la condition humaine, de la légitimité mais aussi des limites de la propriété. Sa doctrine est équilibrée, mais condamne la passion de posséder : « Posséder plus que nécessaire, c’est frustrer les pauvres, c’est voler ».
Pendant la famine de 368, il vend ses terres et inaugure le quartier épiscopal de la charité appelé la Basiliade. Tout cela lui valut pas mal d’opposition. Affrontant un jour le délégué de l’empereur Valens qui s’indignait de son franc parler, il lui répliqua : Tu n’as sans doute jamais rencontré d’évêque. Voilà, un petit échantillon de sa personnalité

Grégoire, appelé ˝le Théologien˝.
Son père était évêque lorsqu’il naquit à Nazianze en 329 ou 330. Sa mère, Nonna, était très chrétienne. Il étudia jusqu’à l’âge de trente ans dans toutes les capitales des lettres et de la pensée. En 361, il fut ordonné prêtre par son vieux père évêque pour le seconder. Effrayé par sa charge, il s’enfuit chez Basile, qui, devenu évêque, créa un nouvel évêché à Sasines et y nomma Grégoire, ordonné évêque malgré lui. Prêtre contre son gré, le voici également évêque contre son gré. Après la mort de l’empereur Valens, Constantinople est aux mains des Ariens.
En novembre 380, Théodose l’installa comme unique évêque de Constantinople. Il sera ensuite investi de la présidence au deuxième Concile Œcuménique de Constantinople. Devant les intrigues ecclésiastiques, il se retire en 381, mais continue de diriger l’Eglise de Nazianze. Son retrait sera définitif en 383, mais jusqu’à sa mort, en 390, il s’empresse à répondre à tous les appels.
Il écrivit beaucoup de discours, e.a. sur la Trinité, ce qui lui valut le nom de Théologien. Le théologien est celui qui proclame la divinité d’un être. Avec clarté et sérénité, il proclama la divinité du Père, du Fils et de l’Esprit. Il nous a laissé : Il faut honorer en silence la génération de Dieu. (Disc. 29, 8). Selon lui, les enfants qui, le jour des Rameaux, acclament la divinité du Christ, sont théologiens. Sa théologie témoigne de sa contemplation, issue du silence, qui s’exprime surtout en louange et par des hymnes. Il peut être bon de signaler qu’il fut également le défenseur des droits de la femme : Il peut arriver que la femme ait à faire l’éducation de son mari (Lettre à Olympias).
En guise de conclusion nous pouvons dire que Grégoire était théologien de la divinisation, amant de la Sainte Trinité et mystique.

Jean Chrysostome
Né vers 349 à Antioche, il fut éduqué par sa mère restée veuve à 20 ans. Il assista aux cours du plus célèbre des professeurs : Libanius. Il s’enfuit au désert pour ne pas être ordonné avec son ami Basile. Sa santé ne résista pas à une vie d’ascèse trop dure aussi il revint. Ordonné diacre, puis prêtre, sa mission consistait en la prédication de la parole, il lui arrivait de prêcher pendant deux heures. On l’appela « chrysostome » c.-à-d. « bouche d’or ». Il dénonçait tous les excès politiques, économiques et religieux. Quant aux belles parures des femmes, il fulminait disant qu’à cause d’elles des milliers de pauvres avaient faim. Lors de la mort de l’évêque de Constantinople, l’empereur Arcadius imposa Jean pour lui succéder, à l’encontre de l’évêque d’Alexandrie Théophile, qui vit son candidat évincé. Jean ne tarda pas à dénoncer les désordres de la cour et de l’église. Objet de violentes oppositions, il finit par être envoyé en exil, puis rappelé par l’impératrice qui attribua sa fausse couche à cette mise à l’écart. Les intrigues reprirent. L’impératrice, comparée par Jean à Hérodiade, voulut en finir une bonne fois pour toutes avec lui, soutenue par les évêques opposés à Jean. L’empereur lui interdit d’exercer sa fonction épiscopale et l’envoya en exil à l’extrémité orientale de la Mer Noire de façon à ce qu’il ne puisse plus en revenir. La troupe impériale fut sans pitié pour lui, en route il mourut d’épuisement, à Comane, le 14 septembre 407, en disant : « Gloire à Dieu pour tout ».
Jean était avant tout un pasteur, un homme pratique qui voulait appliquer sa connaissance à tous. Il était un familier de la pensée de Saint Paul. Il développa une théologie de la sainte Trinité à la portée de tous. Au sujet, plus concret, du mariage, après l’avoir déprécié, il en fit l’éloge en des paroles admirables.
Les trois hiérarques eurent ceci en commun. Leur lutte contre l’Arianisme, qui les obligea à développer une théologie claire du Mystère de la Sainte Trinité. Ils appuyèrent de tout leurs poids de pasteurs une doctrine sociale en faveur des pauvres, donnant eux-mêmes l’exemple. Tout en critiquant sévèrement les excès des puissants, ils manifestèrent une grande tendresse à l’égard des petites gens du peuple.
Valère De Pryck
Sources : A. Hamman, Dictionnaire des Pères de l’Eglise, Desclée De Brouwer, 1977.
Sr. Gabriel Peters O.S.B. Lire les Pères de l’Eglise, Cours de Patrologie, D.D.B. 1981

Saint Basile le Grand (fêté le 1èr janvier)

Posté le 19.12.2006 par Valère De Pryck









Saint Basile de Césarée
329-379
Fêté le 1èr Janvier

Basile naquit à Césarée, capitale de la Cappadoce au centre de la Turquie. Ses parents, très chrétiens, eurent dix enfants, parmi lesquels l’aînée, Sainte Macrine et cinq fils dont trois devinrent évêques : Basile, Grégoire (futur évêque de Nysse) et Pierre (futur évêque de Sébaste). De santé fragile, il étudia à Césarée, Constantinople et Athènes. Là, il se lia d’amitié avec Grégoire de Nazianze. Sa sœur Macrine lui fit des remontrances au sujet de la vie mondaine qu’il y menait. Baptisé vers 357, il parcourut l’Orient à la recherche d’un maître spirituel. A son retour, il s’établit à Annesi dans un lieu sauvage, propriété de la famille où sa mère et Macrine vivaient déjà en ascètes. Il y fut rejoint par Grégoire de Nazianze et ensemble se consacrèrent à une vie cénobitique de prière, d’étude et de travail manuel. Il fut ordonné par Eusèbe de Césarée pour l’aider dans la lutte contre les Ariens. L’empereur Valens étant arien, il était urgent de s’opposer aux prélats hérétiques qu’il nommait. Pendant la grande famine de 368 en Cappadoce, il vendit ses terres. Consacré évêque en 370, il inaugura peu après, en 374, le quartier épiscopal, cité de la charité, appelé La Basiliade. Il écrivit à ses collègues évêques de faire de même. Il eut à subir des vexations, des calomnies pour sa foi , il fut même suspecté d’hérésie par le pape Damase. Lorsqu’il eut recours à lui pour défendre l’unité qui menaçait l’antiquité chrétienne d’Antioche, celui-ci ne daigna même pas lui répondre et Basile en fut fort affecté.

Dans ses écrits dogmatiques, il se consacra à la lutte contre l’arianisme qui s’attaquait aux relations des personnes de la Sainte Trinité. Il réfuta les thèses ariennes en trois livres Contre Eunome (porte-parole des Ariens). Pour défendre sa foi, il écrivit le Traité sur le Saint Esprit. Le préfet Modeste vint exiger au nom de l’empereur qu’il renonce à la foi de Nicée, et plus particulièrement au mot « consubstantiel ». Devant son refus le préfet s’étonne : Personne n’a osé jusqu’ici me parler si librement », Basile répond « C’est que tu n‘as sans doute jamais rencontré d’évêque ». Lorsqu’il était menacé par le pouvoir, la foule était avec lui pour le défendre. Il était de cette race prête à affronter le martyre. Son ascèse consistait en une foi qui se traduisait en œuvres, par la charité et l’obéissance. « Dieu veut que les embrassements de la charité nous attachent à notre prochain comme les vrilles de la vigne et nous fassent reposer sur lui afin que, dans nos continuels élans vers le ciel, nous puissions, telles des vignes grimpantes, nous élever jusqu’aux cimes les plus hautes ».
Pour lui, la prière n’est pas un devoir, elle devient une vie de louange et d’action de grâces.

L’homme n’est pas un animal monastique, dans le sens où il serait un être solitaire solitaire. Il désire une cohérence dans la foi. Dieu et le prochain. Le bonheur et la joie de se trouver tous ensemble. « Dieu veut que nous ayons besoin les uns des autres » (Grande Règle 7). Il ne veut pas que l’ascète soit « monachos » c.à.d. moine (monos : seul), mais «monotropos», unifié (au sens moral). L’idée mère de sa règle est l’obéissance : aux commandements, à l’essentiel : la charité fraternelle, partie intégrante de la charité envers Dieu. L’obéissance est une soumission intérieure et sans murmure, un service utile à tous dans le travail. Il insiste sur cette vie commune, se référant au lavement des pieds de son Maître : « il se ceignit lui-même et, en personne, lava les pieds de ses disciples ». Il pose alors la question : « Mais toi qui es seul, à qui laveras-tu les pieds ? ».

Basile est le grand représentant du prêtre-moine, de l’évêque-moine proposé comme modèle à la communauté. Avant tout, il est pasteur, attentif aux problèmes d’un chacun, sachant consoler et fortifier. Sensible de cœur, il vit une grande compassion envers tous. Ainsi par ex. à cette mère qui venait de perdre son enfant, il ne fait pas de grands discours mais partage simplement son chagrin.
Il fut un ardent défenseur du mystère de la Sainte Trinité dans lequel il trouve l’essence même de la religion chrétienne. Là où la Bible se tait, les théologiens, eux aussi devraient se taire et ne pas troubler les croyants par leurs subtilités. Des évêques, il exige une attitude œcuménique.
Comment profiter des lettres helléniques, demande-t-il.
Aux jeunes gens, Basile souhaite leur apprendre à goûter ce qu’il y a de bon chez les auteurs païens classiques, en comparaison avec l’Evangile, mais, dit-il, « il faut suivre l’exemple des abeilles qui butinent le miel et laissent le poison ». (Aux jeunes gens sur la manière de profiter des lettres helléniques).
Dans sa prédication, il met en lumière les grands thèmes sociaux de l’égalité foncière des hommes, de la dignité de la condition humaine, de la légitimité mais aussi des limites de la propriété. Sa doctrine équilibrée ne condamne pas la richesse en soi, mais la passion de posséder : « Posséder plus que nécessaire, c’est frustrer les pauvres, c’est voler ».
Accueillir la prédication de Basile c’est accueillir l’Evangile des pauvres. Son enseignement social garde toute sa valeur aujourd’hui.

Basile s’est donné sans compter. Il meurt prématurément à l’âge de cinquante ans, épuisé par les austérités, les échecs, les incompréhensions et les oppositions. L’histoire a reconnu le mérite de ses qualités innombrables en l’appelant Basile le Grand..

A certaines fêtes de l’année, l’Eglise Byzantine célèbre la Liturgie selon Saint Basile.

Valère De Pryck
Sources : A. Hamman, Dictionnaire des Pères de l’Eglise, Desclée De Brouwer, 1977.
Sr. Gabriel Peters O.S.B. Lire les Pères de l’Eglise, Cours de Patrologie, D.D.B. 1981.

Saint Jean, Chrysostome (fêté le 30 janvier)

Posté le 23.11.2006 par orthodoxie










Saint Jean Chrysostome
Fêté le 30 janvier

Quelle soirée émouvante que celle de ce 27 janvier 438. Un bateau, escorté par une centaine de vaisseaux illuminés de torches, entrait dans le port de la Corne d’Or, près de Constantinople. Il ramenait Saint Jean Chrysostome de Comane, sa terre d’exil où il était mort d’épuisement. L’empereur Théodose en personne, avec toute sa suite, étaient présents pour accueillir le saint et implorer son pardon pour le tort que lui avaient causé ses parents, Arcadius et l’impératrice Eudoxie. Qui était ce Jean ?

Jean Chrysostome est né vers 349, à Antioche. Sa mère, Anthousa, restée veuve à vingt ans, se consacra à l’éducation chrétienne de Jean. A Antioche, il assista aux cours du plus célèbre des professeurs : Libanius. Dès 367, il étudia les sciences sacrées et fut baptisé pendant la nuit pascale de cette année par Saint Mélèce. Vers 370 il fut ordonné lecteur. Son ami Basile fut ordonné prêtre, croyant que Jean l’était aussi, mais celui-ci s’était enfui. En 372, il se retira au désert auprès d’un ancien, puis solitaire dans une grotte. Il dormait peu, apprenait les Ecritures par cœur. Sa santé fragile ne résista pas, il revint à Antioche en 378. En 381, Mélèce l’ordonna diacre et en 386, Flavien, son successeur, lui conféra le sacerdoce. Sa mission consista surtout en la prédication de la Parole. Il prêchait, parfois durant deux heures. Pas de demi- mesures chez lui, ni de compromission, il était entier, mais cependant plein de tendresse pour la population d’Antioche vivant dans le désordre moral. Il dénonçait tous les excès tant politiques, économiques que religieux. Aux femmes qui se paraient de belles parures, il n’hésitait pas à dire : « Pour que tu puisses te parer d’une seule et unique perle, des milliers de gens pauvres devront avoir faim ».
Lors de la mort de l’évêque de Constantinople Nectaire, l’empereur Arcadius imposa Jean comme successeur. L’évêque Théophile d’Alexandrie, ulcéré parce qu’évincé, ne pouvant sacrer son propre candidat, dut obtempérer à contre cœur et sacrer Jean. Plus tard, il prendra une terrible revanche en le faisant envoyer en exil.
Jean s’attaqua aussitôt aux désordres de la cour impériale et de l’église. Son zèle lui valut de violentes oppositions. Son âme était trop noble pour pactiser avec toutes les intrigues impériales et ecclésiales.
L’évêque Théophile allait prendre sa revanche. Il réunit un synode de 35 évêques pour juger Jean, qui refusa de se présenter. Même déposé et envoyé en exil, le peuple lui resta fidèle et une émeute éclata. L’impératrice fit une fausse couche, ce qu’elle interpréta comme une désapprobation divine du traitement infligé à Jean. Elle rappela celui-ci qui fut accueilli en triomphe. Théophile et les siens se hâtèrent de quitter les lieux.
A Constantinople, les intrigues reprirent. Lors de l’érection d’une statue en l’honneur d’Eudoxie, le peuple se livra à des divertissements païens et licencieux, contre lesquels Jean prononça une violente homélie. Il compara Eudoxie à Hérodiade adultère voulant la tête de Jean-Baptiste. Elle s’irrita et voulut en finir avec lui. Avec l’appui des évêques opposés à Jean, l’empereur lui interdit l’exercice de sa fonction épiscopale. La nuit pascale suivante, privé de lieu de culte, il baptisa 3000 catéchumènes dans les thermes de Constance. La célébration se termina dans la répression et le sang, et Jean fut mis en résidence surveillée. Théophile en profita pour réunir des évêques d’Egypte qui étaient sous sa juridiction pour venir à Constantinople et faire déposer Jean sous un ensemble de faux témoignages et accusations. Envoyé en exil à Cucuse, de nombreux sympathisants venaient le voir auxquels il lui arrivait de prêcher. Davantage irrités, les évêques accusateurs obtinrent qu’il fût finalement exilé à l’extrémité orientale de la Mer Noire, afin de ne pouvoir revenir. Dans son exil à Pytyonte, il fut maltraité jusqu’à l’épuisement. Affaibli, la troupe impériale ne connut pas de pitié et Jean s’effondra devant la chapelle de Basiliscus, qui lui était apparu en songe disant au Seigneur: Prépare une place pour mon frère Jean, car il arrive. Revêtu des vêtements blancs des mourants et après avoir reçu les sacrements, il mourut à Comane, le 14 septembre 407, en disant : « Gloire à Dieu pour tout ».
Le pape Innocent désapprouva la condamnation et l’exil de Jean prononcés par un synode illicite. Malgré ses rappels à l’ordre et le refus de Théophile d’Alexandrie d’y donner suite, il ne resta plus au pape d’autre moyen de pression que de rompre la communion ecclésiale avec lui. Cette première séparation de l’Occident et de l’Orient, qui, bien que non définitive à ce moment, allait s’aggraver jusqu’à la rupture de 1054.
L’impératrice était morte dans une nouvelle fausse couche en 404 et l’empereur peu après. Plusieurs évêques accusateurs moururent bientôt dans des souffrances terribles. Le peuple, resté fidèle à son évêque Jean, réclama son retour et le 27 janvier 438, Jean fut réhabilité.


Œuvres et pratique pastorale.
Prédicateur très apprécié de la Parole, on le surnommait « Chrysostome », c’est-à-dire « bouche d’or ».
Jean est le Père grec dont l’œuvre écrite est la plus abondante. Dans son œuvre exégétique, il a le souci de trouver des applications pour la vie de tous les jours. On a pu dire qu’il vivait en symbiose avec Saint Paul. Son travail doctrinal développe davantage l’apophatisme, la connaissance négative de Dieu. Il y développe également une théologie claire du mystère trinitaire à la portée de tous.
Dans le domaine de la vie monastique, il insiste sur la philanthropie divine : II n’est point d’amant du corps qui brûle pour son amante d’un désir égal à celui de Dieu pour le salut de nos âmes. Il conseille à ses fidèles de faire un séjour auprès des moines pour être stimulés à une vie fervente, et considére la demeure chrétienne comme un petit monastère.

Ses nombreuses lettres (236) traitent du sens de la souffrance, de la foi en la Providence, de la patience, etc.
Jean n’est pas un doctrinaire mais un pasteur. Il s’en tient à la tradition dogmatique de l’Eglise et mène une vie vouée à l’ascèse et à la prière.
Le sacrement de l’eucharistie où il exprime toute sa tendresse pour le Christ, devient le corps du Christ dans les pauvres, ses frères. C’est ainsi qu’il s’en prend aux propriétaires terriens, aux spéculateurs, à ceux qui exploitent la misère de leurs semblables. Les évêques, invitant à leur table luxueuse gens de la Cour et coreligionnaires ne furent pas épargnés. Il paya cher sa franchise et son honnêteté.
A Antioche, Jean s’exprime souvent de manière négative à l’égard des femmes et du mariage. Mais le contact avec elles à Constantinople le fit évoluer. Aujourd’hui encore, il est parmi ceux qui parlent admirablement de l’union de l’homme et de la femme. « Au sujet du mariage, il est en mesure d’en parler en termes de tendresse, en expliquant à sa communauté, avec de belles comparaisons, de quelle manière, dans l’acte sexuel, homme et femme deviennent une seule chair, à la façon dont un or précieux se fond dans un or précieux ou comme la myrrhe se dissout dans l’huile d’olive. Quand la femme reçoit de son mari l’élément précieux et fécond, elle le nourrit, l’assimile à sa propre substance et enfante un enfant qui est le pont qui réunit les trois en une seule chair. » (R. Brändle, Jean Chrysostome, p.109-110).

Dans les églises orthodoxes, la Liturgie selon Saint Jean Chrysostome se célèbre chaque dimanche.
Valère De Pryck


Sources : Archimandrite Placide Deseille, Saint Jean Chrysostome, Extrait de Témoignages et Pensée Orthodoxes, Internet
Rudolf Brändle, Jean Chrysostome, Cerf-Histoire, Paris, 2003

Saint Philarète de Moscou (fêté le 1er décembre)

Posté le 08.11.2006 par Valère De Pryck
Saint Philarète de Moscou
1782 - 1867
Fêté le 1 décembre

1 Biographie
Philarète naquit à Kolumna près de Moscou, le 26 décembre 1782 et reçut le nom de Basile. Son père, Michel Drozdov, fut ordonné prêtre deux ans plus tard. Affecté à la paroisse locale de la Sainte Trinité, les villageois ne l’accueillirent pas bien et ne contribuèrent pas à son salaire. Aussi connut-t-il une vie d’extrême pauvreté. Il assura cependant son office à la perfection.
Basile appartenait à cette race sacerdotale russe qui se transmettait de père en fils et dans les veines desquels coulait le sang de la Sainte Eucharistie. Il fit de brillantes études au séminaire de la Laure de la Sainte Trinité Saint Serge. Il reçut la tonsure monastique en novembre 1808 et le nom de Philarète en mémoire de Philarète le Bienheureux, qui vécut à la fin du VIIIme siècle. Ordonné prêtre en 1809, il fut sacré évêque en 1817 et enfin archévêque de Moscou en 1821. Après son ordination sacerdotale, le saint synode l’envoia à Saint Petersburg pour y enseigner la philosophie au séminaire. Lui-même devint un modèle pour la formation des prêtres : sérieux, humble et pieux à la manière d’un moine.

2. Son œuvre
Son œuvre magistrale fut la traduction de la Bible en russe (elle n’existait qu’en slavon d’église) et des Ecrits patristiques. Comme ces traductions étaient faites en collaboration avec la Société Biblique Anglicane, celle-ci fut suspectée de vouloir introduire le protestantisme en Russie. Les publications cessèrent et furent détruites. Elles continuèrent cependant en secret, mais Philarète eut à affronter beaucoup d’opposition. Il dut attendre l’accession au trône d’Alexandre II en 1856 pour pouvoir poursuivre.
Ses sermons, préparés avec soin, étaient très appréciés. Il avait une vénération particulière pour les mystères de Gethsémani où il contemplait la plénitude de l’abaissement du Verbe anticipant la plénitude de la gloire.
Beaucoup de personnes s’adressaient à lui comme conseiller et père spirituel. De par ses grandes responsabilités et la connaissance des secrets d’état qui lui étaient confiés, il était de caractère austère et réservé.

3. Le moine de la Trinité
Devenu archevêque de Moscou en 1821, il devint en même temps supérieur de la Laure de la Sainte Trinité. En tant qu’archimandrite de la Laure, il se fit représenter par le hiéromoine Antoine (Medvedov), disciple de Saint Séraphin de Sarov. Etant donné ses hautes fonctions, il ne trouvait pas la paix au monastère, où il devait recevoir la famille impériale, les délégations étrangères et bien d’autres personnes ainsi que le simple peuple qui tenait une grande place dans son cœur.
C’est ainsi qu’il se fit construire un skite dans les bois. Tout devait y rester simple : l’iconostase, les habits sacerdotaux, etc…Lors de l’inauguration du skite, dédié à la Prière du Seigneur à Gethsémani, Philarète ne portait pas les habits, ni épiscopaux, ni sacerdotaux, mais la vieille chape en peau de mouton qui avait appartenu à Saint Serge 500 ans auparavant. Devant lui, était porté le bâton de Saint Serge, et c’est avec le calice et la patène de celui-ci qu’il célébra la Sainte Liturgie.
Il méritait sa réputation, vêtu comme tout son clergé..

4. Sa mort
A la fin de sa vie, il eut des prémonitions et prédit une terrible tempête venant de l’Ouest.
Philarète mourut le 19 novembre 1867. Quelques mois auparavant, il avait été averti en rêve par son père d’être attentif à cette date du 19. Le 19 novembre, après avoir célébré, on le trouva mort dans ses appartements.
Il était très accueillant aux non-orthodoxes qui reconnurent en lui un homme humble.
Le patriarche de Constantinople le déclara après son décès colonne, lumière, docteur de toute l’Orthodoxie.
Beaucoup de guérisons miraculeuses s’opérèrent par lui après sa mort. Il fut canonisé en 1995.

Valère De Pryck

Source : Sœur Philareta, Le Métropolite Philarète de Moscou, Buisson Ardent n° 8, Ed. Le Sel de la Terre, 2002.

Saint Martin, apôtre des Gaules et évêque de Tours

Posté le 15.10.2006 par orthodoxie
Atelier Saint Luc Saint Aubin d'Angers

Saint Martin
Apôtre de la Gaule et Evêque de Tours
(317 – 397)
Fêté le 11 novembre

Plus de 4000 communes, églises, chapelles, abbayes, fontaines, ponts et lieux-dits portent le nom de Saint Martin (sans oublier Martin Luther). C’est dire combien il a marqué l’occident. Sa biographie fut écrite de son vivant par Sulpice Sévère (355-400 environ), source principale de renseignements.

Martin naquit en 317, à Sabaria en Pannonie, actuellement Szombathely en Hongrie, à une centaine de kilomètres au sud-sud-est de Vienne. Son père était païen et tribun militaire. Après avoir assisté à une célébration liturgique à l’âge de 10 ans, Martin demanda à être reçu comme catéchumène et se sentit appelé à une vocation monastique. Comme tout fils de militaire, il était obligé de s’engager à l’armée. Connaissant son destin, il s’enfuit du domicile paternel. Son père ne l’entendit pas de cette oreille, le fit arrêter et le soumit au conseil militaire. Enrôlé de force à l’âge de quinze ans, il entra dans le corps d’élite, revêtu des habits dus à son rang, le tout complété par un immense manteau blanc, la chlamyde, qui devint célèbre pas la suite. Martin était éblouissant. Il n’en oublia pas pour autant son idéal de moine. A l’image du Christ, lavant les pieds de ses apôtres, c’est lui qui servit son ordonnance.
Bien qu’il ne fût pas encore baptisé, sa conduite exemplaire était appréciée de tous ses compagnons : gentillesse, amour fraternel, patience, sobriété…Il assistait les malades et secourait les malheureux, ne retenant sur sa solde que le nécessaire pour subvenir à ses besoins. A cette période se situe l’épisode qui allait l’immortaliser. Un soir d’hiver rigoureux, Martin rencontra un pauvre dépourvu de vêtements que personne ne secourait. Il comprit que Dieu le mettait sur son chemin. Sans hésiter, il prit son épée, coupa sa chlamyde en deux, en donna une moitié au pauvre et remit l’autre moitié sur ses épaules, devant les passants stupéfaits. La nuit suivante, Martin vit en rêve, le Christ revêtu de la moitié de la chlamyde donnée au pauvre. Cet événement marqua la conscience chrétienne en occident jusqu’à nos jours.
A l’âge de 18 ans, il se fit baptiser, mais ne put encore quitter l’armée. A l’occasion d’un combat, l’empereur distribua à chaque soldat une prime spéciale. Martin, ne voulant pas se lier à César par l’argent, refusa ce « donativum », il en profita pour demander son congé, afin de se mettre au service de son Dieu. Devant sa volonté ferme de se présenter devant l’ennemi sans armes, l’empereur finit pas céder et libéra Martin de ses obligations militaires. Ainsi se termine la première partie de sa vie.

Dans le but de réaliser sa vocation, Martin se rendit auprès de l’évêque de Poitiers, le futur saint Hilaire. Refusant d’être ordonné diacre par celui-ci, il accepta cependant la fonction d’exorciste, considérée alors comme une besogne inférieure et humiliante. A la suite d’un rêve, il retourna dans sa Pannonie natale dans l’intention de ramener au Christ les siens et ceux qu’il y rencontrerait. Sa mère se convertit mais son père resta fermé à l’évangile.

A cette époque, l’hérésie arienne régnait partout et Martin, après avoir été maltraité, quitta sa ville et regagna l’Italie. Il se retira sur la petite île inhabitée de Gallinara. Lorsqu’il apprit qu’Hilaire avait été rétabli sur son siège épiscopal de Poitiers en 360, il a le rejoignit. Sur ses conseils, il fonda un ermitage puis une communauté cénobitique, à l’endroit qui devint par la suite le monastère bénédictin de Ligugé. On rapporte que par deux fois, à la suite d’Elie et d’Elisée (II Rois chap. 4 et 33), il ressuscita un mort.
Lorsque l’évêque de Tours, Litorius, mourut, le peuple songea à Martin pour lui succéder. Mais comment l’amener à Tours ? Un notable vint supplier Martin dans son ermitage de se rendre au chevet de sa femme mourante. Martin acquiesça. En avançant vers la ville, une foule nombreuse s’assembla sur le chemin demandant qu’il accepte de monter sur le siège épiscopal. Les évêques des alentours, trop mondains, s’opposèrent à son installation, mais la « vox populi » l’emporta sans difficultés, après la lecture du verset 3 du psaume 8, lors de son intronisation. En latin, ce verset se termine par ces mots « ut destruas inimicum et defensorem » (pour détruire l’ennemi et le rebelle). Or, le nom de l’évêque d’Angers, adversaire de Martin, était Defensor. Martin consentit dès lors à son élection, comprenant la ruse que son Dieu avait utilisée pour le faire venir à Tours.

Devenu évêque, il ne renonça pas à sa vocation monastique. A trois kms de Tours, à Marmoutier, il se construisit un ermitage, une cabane en bois. Les moines affluèrent et s’y installèrent de la même manière. Marmoutier devint peu à peu un ensemble d’ermitages.

Martin n’était que le troisième évêque de Tours. Certains cultes païens y régnaient encore en maîtres. Déterminé à les exterminer, il pria, se mortifia avant d’affronter les dieux païens. Chaque fois le Seigneur lui donna la victoire et la foule, saisie d’une crainte religieuse, abandonna les idoles pour croire au Christ.

On dénombre aussi bien des fioretti qui relatent le don de guérison de Martin.

D’un caractère ferme, il refusa de s’asseoir avec des évêques courtisans à la table de l’empereur Maxime, excommunié par saint Ambroise pour avoir fait exécuter l’empereur Gratien et usurpé le pouvoir impérial. Après une explication avec Maxime, il se rendit à la cour, mais pour l’humilier davantage encore en présence de tous les dignitaires. Martin était de cette race d’évêques qui savent tenir tête aux grands de ce monde.

En 390, Sulpice Sévère, le futur biographe de Saint Martin, décida de se rendre de Bordeaux à Tours pour rencontrer cet ascète qu’il estimait. Il garda un souvenir inoubliable de l’accueil que l’évêque lui réserva. Il partagea son repas et Martin lui lava les pieds fatigués par le voyage.

La mort de Martin.

Martin sut que sa mort approchait. Il parvint à rétablir la paix parmi les clercs de la paroisse de Candes. Au moment de retourner dans son monastère, ses forces commencèrent à l’abandonner et il fit savoir à ses frères qu’il était mourant. En présence de ceux-ci, éplorés, il fit au Christ l’ultime prière d’un vieux lutteur: C’est un lourd combat que nous menons, Seigneur, en te servant dans ce corps ; en voilà assez de batailles que j’ai livrées jusqu’à ce jour. Mais si tu m’enjoins de rester en faction devant ton camp pour continuer d’y accomplir la même tâche, je ne me dérobe point et je n’invoquerai point les défaillances de l’âge. Je remplirai fidèlement la mission que tu me confies. Tant que tu m’en donneras l’ordre toi-même, je servirai sous tes enseignes. Et bien que le souhait d’un vieillard soit de recevoir son congé, sa tâche terminée, mon courage demeure pourtant victorieux des ans et ne sait point céder à la vieillesse. Mais si désormais tu épargnes mon grand âge ; c’est un bien pour moi que ta volonté, Seigneur. Quant à ceux-ci, pour qui je crains, tu les garderas toi-même ».

Martin mourut en pasteur, dans une de ses paroisses, au cours d’une visite pastorale, après y avoir rétabli la paix parmi les clercs divisés. Il s’éteignit riche de sa seule pauvreté, tout entier donné au Christ.

Valère De Pryck

Sources : Marie Borrély in Orthodoxes à Marseille, Internet
Sulpice Sévère, Vie de Saint Martin, Trésors du Christianisme, Cerf, Paris, 2003
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Saint Prophète Baruch

Posté le 24.09.2006 par orthodoxie
Le Saint Prophète Baruch
Revêts la parure de la Gloire de Dieu (5,1)
Fêté le 28 septembre

Le livre de Baruch est un des livres deutérocanoniques absents de la Bible hébraïque*. Baruch était scribe de profession, un des nobles (Jr 51, 59 ; 32, 12) gagnés aux idées de Jérémie. Intimement liés dans leur destin prophétique, il lui resta fidèle à travers ses épreuves. Dépositaire de la parole prophétique, lui-même n’est pas prophète. L’écrivain inspiré diffère du prophète en ce qu’il n’est pas nécessairement le premier à recevoir communication du message divin qu’il doit consigner par écrit. Il est inspiré pour fixer le message révélé à un autre. En fidèle scribe, Baruch écrit (1, 1) sous la dictée de Jérémie certaines révélations dont il conserve et proclame la teneur. (Jr 36,26.32).
La prédication de Jérémie contre le Temple, aux portes mêmes du sanctuaire, représente sans doute l’événement majeur de la carrière du prophète (Jr 36). L’émeute populaire qu’il provoqua l’obligea à fuir et à se cacher (7, 1-15 ; 26, 8-9). Jérémie y soulignait les deux aspects fondamentaux de la Loi du Décalogue : l’aspect vertical, la fidélité à Yahvé et l’aspect horizontal, la pratique de la justice. Ces deux conditions nécessaires pour que tienne l’alliance n’étant pas réalisées, Yahvé ne se sent plus lié à demeurer dans le Temple, signe de sa présence au milieu du peuple. C’est ainsi qu’en 604, Jérémie envoya son secrétaire Baruch au Temple, à l’occasion d’une liturgie pénitentielle, pour y lire le rouleau où se trouvaient consignés les avertissements donnés par Jérémie depuis le début de sa mission (Jér 36). Le roi Joiaquim jeta le rouleau au feu, mais Jérémie en fit une nouvelle édition. Lorsque après la ruine de Jérusalem et le meurtre du gouverneur Godolias, le vieux prophète fut entraîné en Egypte par les Juifs fanatiques, Baruch le suivit.
Recueillant les oracles de Jérémie, il les lisait publiquement au péril de sa vie. On le considère comme le biographe du prophète (les chapitres 26 à 35 et 36 à 45 de Jérémie lui sont attribués).
Contenu du Livre de Baruch
Le livre de Baruch nous introduit dans les communautés de la Dispersion et nous montre comment la vie religieuse y est maintenue. Il est important pour ces communautés exilées de perpétuer le culte rendu au temple de Jérusalem, spécialement les assemblées liturgiques où sont prononcées des prières de confession, de supplication et d’espérance. Dans ce contexte, Baruch écrit prières et poèmes destinés à être lus à Babylone, dans la liturgie. Le livre commence par une confession collective des péchés, où le Seigneur est interpellé à la troisième personne (1, 15 – 2, 10), suivie d’une supplication (2, 11-3,8). Dans celle-ci, le peuple s’adresse directement au Seigneur: nous n’avons pas écouté Moïse, les Prophètes…et maintenant, Seigneur, écoute, tends l’oreille (2, 11). Baruch ne manque pas d’humour: nous n’avons pas écouté…mais toi, Seigneur, écoute ! Au nom du peuple, il fait appel à toute l’indulgence et l’immense tendresse de Dieu (2, 27). Il est son Dieu, l’Unique. Quand le peuple reconnaîtra s’être détourné de lui, le Seigneur se laissera fléchir et lui rendra toutes ses prérogatives : être le bien-aimé en relation d’alliance avec Son Seigneur (2,34-35).
Suit une exhortation du prophète au peuple qui a abandonné la Sagesse, c.-à-d. la connaissance de la Loi, le chemin de vie avec le Seigneur. En elle se trouvent paix pour toujours (3,13), lumière des yeux, longueur des jours (3, 14). Cette Sagesse est apparue sur terre, elle a conversé chez les hommes (3,38) Aussi Jacob (Israël) est-il invité à la saisir, à marcher vers sa splendeur et sa lumière. Son bonheur (4,2-4) réside dans son intimité avec le Seigneur qui lui révèle le chemin pour le connaître. Les versets 3, 36-38 sont considérés comme une prophétie messianique. La suprême Sagesse se manifestera dans le Messie.
Le prophète termine par un appel à la confiance : Courage, criez vers Dieu (4,21.27), il vous sauvera en vous rendant la joie (4,29.36). Baruch – le Béni – porte un nom d’espérance. Les versets 4,30 à 5,9 sont, en espérance, une vraie bénédiction de Dieu. Celui-ci consolera son peuple exilé en lui rendant toute sa beauté de fils bien-aimé. Revêtu de la beauté de la Gloire de Dieu (5,1.9), il cheminera en sécurité, dans la justice et la miséricorde (5,7.9).
Une fois de plus le rêve de Dieu se réalise : une alliance est offerte à Israël, pour toujours.
Le chapitre 6, appelé Lettre de Jérémie, est un ajout au Livre de Baruch. Elle contient une mise en garde contre le péril de l’idolâtrie qui guettait les Juifs vaincus, emmenés par Nabuchodonosor à Babylone. Jérémie tente de prouver la vanité des dieux babyloniens parmi lesquels le peuple va vivre de longues années ; il les presse de continuer à adorer le Seigneur car son ange est avec vous ; c’est lui qui prendra soin de vos vies (6, 6).
L’espérance de Jérémie et de Baruch se fonde sur l’amour toujours offert du Seigneur de l’alliance.

*Livres deutérocanoniques : livres de l'Ancien et du Nouveau Testament qui n'ont été admis dans le canon de l'Écriture que par la version des Septante et le concile de Trente. (Les protestants donnent à ces livres le nom d'apocryphes.)

Sources : Renaud B., Nouvelle ou Eternelle Alliance ? , Le Message des prophètes – Baruch p. 319-327, Lectio Divina, Cerf, 2002
Auvray, Barucq, Cavaignac, Cazelles, Delorme, Gelin, Grelot, Lefèvre, Mgr. Lusseau, Introduction à la Bible, Tome II, Desclée §Cie, Editeurs, 1957
Beaucamp E., Les Prophètes d’Israël, Cerf 1987
Gilbert A.,Baruch, fils de Nerija, Internet:www.bibliquest.org/AG/AG-at24-Baruch.htm

Valère De Pryck

Saint Joseph de Nazareth

Posté le 24.09.2006 par orthodoxie
Joseph de Nazareth
Epoux de la Très Sainte Mère de Dieu
Gardien du Rédempteur
Fêté le 19 mars

S.S.Jean-Paul II a consacré une Exhortation Apostolique à celui qui semblait être quelque peu tombé dans l’oubli au tournant de ce siècle. Joseph, le gardien de celui que le Père des Cieux a de plus cher, son Fils bien-aimé, Jésus.

Gardien du Rédempteur. Dieu lui confia la garde de ses trésors les plus chers : Marie et Jésus.
Devant la grossesse imprévue de Marie, Joseph troublé chercha une réponse née de son amour pour elle. Homme juste, il voulut la répudier en secret pour la soustraire ainsi à une mort possible par lapidation. C’est alors que l’Ange du Seigneur lui apparut en songe pour le faire entrer dans le mystère de ce qui était en train de se vivre. Dès ce moment, il lui donna toute autorité paternelle sur l’enfant, lui enjoignant de lui donner son nom. Yehošua, Dieu sauve. L’Ange s’adressa ainsi à l’époux de Marie pour lui confier les devoirs d’un père terrestre. Il lui prescrivit en même temps de prendre Marie chez lui comme son épouse, tout en levant le voile sur le mystère de l’Incarnation en train de se produire. Ce que fit Joseph dans l’obéissance de la foi.

Il accepta le service de paternité qui devait passer par le mariage avec Marie. En devenant l’époux de Marie, il donne en même temps une famille à Jésus. La paternité de Joseph est la condition de la maternité de Marie.
Jésus, fils de Joseph de Nazareth, sera inscrit à l’état civil de l’empire. Naissance dont Joseph seul sera témoin oculaire. Il fera son devoir de père en le faisant circoncire et en le présentant au Temple. Le mariage constitue juridiquement la paternité qui donne le droit sur le nom. Joseph et Marie étaient les parents non par la chair mais par l’esprit. La nature du mariage consiste en effet dans l’union indivisible des esprits, l’union des cœurs et le consentement. (St. Augustin). Au seuil du Nouveau Testament, comme au début de l’Ancien, se trouve donc un couple. De cette manière, Dieu veut, dans l’économie du salut, purifier et sanctifier la famille, sanctuaire de l’amour et berceau de la vie.
Joseph fait de sa vie un don total, serviteur au service du Messie né dans sa propre maison. Veilleur sur la vie cachée de Jésus.

Joseph, l’homme des songes. Avant de retourner en Galilée, l’Ange du Seigneur intervient en songe pour lui signifier le chemin de l’exil afin d’échapper au massacre des petits, décrété par Hérode. De nuit, il part sur le champ! Quelle aventure ! Et quelle obéissance ! Une dernière apparition de l’Ange le rappellera à Nazareth avec la sainte famille. Il repart avec la même confiance.
Joseph est l’homme de l’action, il agit. Il garde le sens du réel, en étroite communion avec Dieu. Il ne base pas ses actions et ses réactions sur des sensations superficielles. Il ne vit pas d’imagination. C’est pourquoi il peut guérir notre imagination aujourd’hui perturbée par les images sans valeur dont la télé surabonde, et nous ramener au réel de l’existence. Il nous aide à vivre notre incarnation au quotidien, ici, maintenant, nous préservant des philosophies de la désincarnation ou de la réincarnation.

Lors de l’épisode du Temple (Lc. 2,48), le couple Joseph-Marie est angoissé ! Ton père et moi. Cette paternité se manifeste à travers toute la vie cachée. Joseph assume pleinement son rôle de père. De retour à Nazareth, Jésus lui est soumis et apprend auprès de lui la conscience professionnelle du travail bien fait. Pour Joseph, les grandes choses passent par les vertus communes, humaines, simples et vraies à la portée de tous.

Joseph est un exemple de vie intérieure silencieuse aux côtés de Jésus qui établit sa demeure sous son toit. Dans son travail de tous les jours, il peut contempler le Fils, Verbe du Père, s’activant à ses côtés et qu’il forme au rude métier d’homme. Sa divinité ne l’a jamais empêché de parcourir le chemin de son humanité. C’est là aussi, dans sa contemplation du Fils, que Joseph trouve la force de renoncer à un amour conjugal naturel au profit d’un amour virginal incomparable (Redemptoris Custos).

Saint Joseph, icône du Père des Cieux.
La paternité se reçoit d’en haut (Eph. 3, 14). En contemplant Joseph, nous découvrons les qualités propres à la vocation de père selon Dieu Père.
Le père est protecteur. Les angoisses du monde moderne ne sont-elles pas la manifestation du manque de père, qui est en même temps force et tendresse pour l’enfant. Nous avons besoin de redécouvrir une telle paternité.
Le père fait grandir son enfant. Cela fait partie de son charisme. Il fait croître Jésus dans l’amour. Aujourd’hui il poursuit sa mission paternelle auprès des jeunes, abandonnés à eux-mêmes. Le père indique les repères, les limites, les exigences qui aident à grandir. Le fondement de l’autorité est dans le don de soi. Le père devient le berger de la famille, comme Joseph l’a été pour Jésus.
A l’image du Père des Cieux, Joseph est un silencieux. Au fiat de Marie correspond son oui silencieux, nécessaire à l’accomplissement de l’incarnation.

Quand son œuvre de paternité est achevée, il se retire dans le silence de la mort. Il poursuit auprès de nous sa mission de nous mettre au monde du Royaume.
A chacun de nous de contempler ce visage silencieux de la foi et de le prier de faire de nous des enfants du Père.
Valère De Pryck – Sœur Myriam

Sources : S.S. Jean-Paul II, Redemptoris Custos, Internet e.a. publications
Bernard Dubois, article : La Paternité de Saint Joseph, p. 29 – 41, Cahier : Abba, Père, Editions du Carmel, 1999
Frère Bernard-Marie, L’humble de Dieu, Joseph de Nazareth, Editions Parole et Silence, 2003

Saint Prophète Amos

Posté le 24.09.2006 par orthodoxie
Le Saint Prophète Amos
Prophète pour ce temps de la mondialisation
Fêté le 15 juin

Né à Teqoa, non loin de Bethléem, Amos, berger et cultivateur (7, 14), devient par appel le premier des prophètes d'Israël. Sa parole retentit sous le long règne de Jeroboam II, dans le Nord. (783-743), durant une période fastueuse de prospérité: demeures luxueuses, nourriture raffinée, réjouissances effrénées… qui malheureusement ne profitent qu'aux puissants qui bafouent les droits des pauvres.
Amos prend la défense des opprimés et de son Dieu. Il s'insurge avec violence contre la corruption d'Israël (dignitaires, riches propriétaires et prêtres confondus) et le convoque, non à une rencontre d'intimité comme le fera Osée, mais à une rencontre de jugement et de châtiment: "Prépare-toi, Israël, à rencontrer ton Dieu" (4,12). Il faut rendre des comptes au Dieu qui a choisi le parti des victimes. Amos est profondément attaché aux questions de dignité humaine, de justice sociale et de libération des pauvres. Mépriser l'homme, c'est mépriser Dieu. Chez lui pas de compromission ni de complaisance avec les puissants et les riches. La parole de Dieu devient une "parole contre".
Avec violence il s'en prend aux sanctuaires où le culte est vidé de son sens à cause de l'immoralité et de l'injustice criante du peuple de l'Alliance.
Les actions punitives de Dieu laissent Israël dans la même indifférence: "vous n'êtes pas revenus à moi" (4, 6-11). Le Dieu d'Amos est un Dieu en colère. Il "rugit" (1, 2), il demeure intraitable: Je l'ai décidé sans retour! (1,3.6.9.11.13; 2,1.4.6), c'est la répudiation totale, le rejet d'un culte hypocrite qui ne convertit ni le cœur ni l'action en faveur des sans droits! Je déteste, je méprise vos fêtes, je n'ai que dégoût, (5, 21).
Nous trouvons ici une critique encore jamais entendue contre le culte et les prêtres. A ce faux culte il faut substituer le droit et la justice.
Cependant le prophète ne s'accommode pas de la situation. Il garde l'espérance, réveille les consciences, intercède auprès de Dieu: Seigneur, mon Dieu, je t'en prie, Jacob pourrait-il tenir? Il est si petit. (7,5; 7,2) Le Seigneur entend sa prière. Un reste subsistera (9,8b; 7,3; 7,6), signe de l'espérance divine. Pédagogue, Dieu montre la voie pour en sortir. (5,4-6, 14, 15; 9,11-15). Pour lui, Dieu ne détruira pas sa création: Je relèverai…je colmaterai…, associant Israël à la reconstruction d'un monde réconcilié dans la justice, le droit et le partage (9,11-15).
Sans oublier la leçon, rendez-vous ce soir chez Amos autour du vin nouveau de la justice. Bonne nuit!

Valère De Pryck
Sources: Prévost J.P., Pour lire les Prophètes, Cerf, 1995
Ecouter la Bible 6 – Les Prophètes, Desclée De Brouwer/Droguet-Ardent, 1977

Saint Prophète Isaïe

Posté le 24.09.2006 par orthodoxie
[FONT=Times][SIZE=14]Le Saint Prophète Isaïe
(765 – 700)

Premier des grands prophètes d'Israël, appelé le "prince des prophètes", Yesha'yahou, dont le nom signifie "Dieu sauvera" est proche du nom de Yeshoua (Jésus) qui signifie "Dieu sauve".
Nous connaissons peu de choses de sa vie. Il proviendrait des hautes couches instruites de la société. D'après 8, 3, il était marié à une prophétesse dont il eut des enfants (7,3; 8,3). Il eut un accès facile à la cour royale (7,3).
Les exégètes admettent qu'il y eut deux, si pas trois auteurs du Livre d'Isaïe. Nous ne parlerons que de la première partie (ch. 1-39), qui contient les textes messianiques. Cette partie est attribuée au prophète du VIIIme siècle dans le contexte historique qui fut le sien. La seconde partie (ch. 40-55) et la troisième (ch. 56-66) seraient l'œuvre d'une école de disciples qui, dans l'esprit du maître, auraient cherché à actualiser le message dans le contexte nouveau du retour d'Exil (538).

1. Le prophète en son temps.
Isaïe est un visionnaire, ce qui souligne l'importance du regard qu'il porte sur les personnes et les événements. Il est attaché à sa capitale (1,1). Il interviendra plusieurs fois dans la politique des rois de Juda. Son ministère se situe aux environs de 735 -700.
- En 735, Achaz, roi de Juda, en a assez de subir la domination assyrienne. Il se tourne vers son ennemi juré, la Syrie, pour se soulever contre l'Assyrie.
Isaïe ne partage pas ce sentiment et s'oppose à ces alliances étranges. Il exorcise les peurs du roi et l'invite à s'appuyer sur Dieu seul: "Veille à rester calme, ne crains pas!...Si vous ne tenez à moi, vous ne tiendrez pas" (7, 4,9).
La mission d'Isaïe échoua et le prophète se retira de la scène publique.

- La chute de Samarie (721-722)
Le prophète n'est pas directement impliqué dans cet événement de la chute du Royaume du Nord, mais la chute du Royaume de Samarie aura des répercussions jusque dans le royaume du Sud où Ezéchias succéda à Achaz en 721. Roi pieux, il se laissa cependant entraîner dans de nouvelles intrigues politiques. Isaïe voulut qu'il refusât toute alliance militaire et qu'on se confiât en Dieu seul. Il ne fut pas écouté et après la prise d'Ashdod par Sargon, Isaïe tomba dans le silence.

- L'invasion assyrienne (701)
Isaïe s'implique directement dans la résistance. Ezéchias, roi de Jérusalem, qui a succédé à Achaz est un roi juste aux yeux du Seigneur. (2R.18, 3-7) (2R. 20,20) Mais Ezéchias se laissa entraîner dans une révolte contre l'Assyrie. Isaïe soutint Ezéchias dans sa résistance, promit le secours de Dieu et Jérusalem fut en effet délivrée. Le prophète tomba alors dans le silence et d'après une tradition juive il aurait été martyrisé sous Manassé après 700.

2. Le "Signe" du Dieu-avec-nous. La prophétie de l'Emmanuel.

Le "signe" promis peut avoir diverses interprétations plausibles. Les exégètes discutent toujours, mais il est bien connu qu'un texte de l'Ecriture peut avoir différents sens et s'appliquer à des époques différentes. Ce qui semble être le cas ici. Dans l'Apocalypse de St Jean, il est dit: Mon retour est proche (Ap. 22, 20); les chrétiens du premier siècle l'ont pris à la lettre, mais nous attendons toujours depuis 2000 ans!

a) L'oracle est la bonne nouvelle d'une naissance merveilleuse, signe de la bienveillance particulière de Dieu à l'égard de son peuple. Dans ces 39 chapitres, le signe a toujours un sens imminent, proche dans le temps. La prophétie doit donc s'accomplir au temps d'Isaïe. Elle désignerait Ezéchias, fils d'Achaz, ce qui est le plus probable d'après les exégètes, bien que ce fils ne porte pas le nom d'Emmanuel. Mais par ses actions de délivrance de l'Assyrie, il était ce Dieu-avec-nous. Toutefois, dans sa portée immédiate le signe est double: la délivrance de la ville et la continuation de la dynastie en même temps que les ravages subis par Juda et ses agresseurs.


b) Pour la relecture chrétienne, inspirée de Matthieu 1, 22-23 et la tradition qui s'en est suivie, l'oracle trouve son accomplissement en Marie, Mère de Jésus. Emmanuel: Dieu avec nous. Nous trouvons ici l'annonce de la conception virginale du Christ. La prophétie de l'Emmanuel dépasse ainsi la personne même d'Ezéchias. Isaïe est le prophète de la foi. Dans les crises graves que traverse sa nation il interviendra pour demander que l'on se confie en Dieu seul. Contemplatif et visionnaire il annonce le Messie, descendant de David qui fera régner la paix et la justice et répandra la connaissance de Dieu.

Valère De Pryck

Sources: Chouraqui, La Bible, Desclée de Brouwer, 1989
Ecole Biblique de Jérusalem, La Sainte Bible, Cerf, 1956
Prévost J.P., Pour lire les Prophètes, Cerf, 1995
Internet, Les Prophètes dans la Bible
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