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orthodoxie
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Saints Byzantins, Orthodoxes e.a.présentés par Valère De Pryck, laïc valere.depryck@scarlet.be
Catégorie :
Blog Religion
Date de création :
20.09.2006
Dernière mise à jour :
31.10.2009

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Marie Madeleine

Publié le 23/06/2008 à 12:00 par orthodoxie
Marie Madeleine
Icône Noli me Tangere
Icône moderne. Auteur inconnu.

Marie-Madeleine
Myrophore et apôtre des apôtres
Fêtée le 22 juillet

Les Évangiles

Marie de Magdala est citée nommément 15 fois dans les évangiles synoptiques 1. À part Luc (8,2), qui la mentionne comme celle dont furent expulsés sept démons, Marie de Magdala est présente dans les récits de la passion, de la crucifixion et de la résurrection : au pied de la croix, à l’ensevelissement du Seigneur, lors de la préparation des aromates et de la démarche au tombeau. Elle voit Jésus ressuscité et va l’annoncer aux disciples.

Marc cite Marie de Magdala dans le récit de la passion et de la crucifixion. Elle avait servi et suivi Jésus en Galilée (15,40-41). C’est bien d’elle que Jésus avait chassé sept démons et à qui Il est apparu en premier (16,9-12). Après le sabbat, avec Marie, mère de Jacques et Salomé, ayant acheté des aromates pour oindre le corps de Jésus, de grand matin, elle se rend au tombeau (16,1-2).

Luc mentionne dans l’entourage de Jésus, une certaine Marie surnommée la Magdaléenne, de laquelle étaient sortis sept démons, qui l’accompagne et l’assiste de ses biens (Lc 8,2-3). Luc la présente aussi comme l’annonciatrice de la résurrection aux apôtres (Lc 24,10). Aux autres moments du récit évangélique, elle est incluse dans les femmes qui l’avaient accompagné depuis la Galilée. Notons que Jésus est le seul rabbi qui s’entoure de femmes.

Matthieu l’évoque au pied de la croix, lors de l’ensevelissement, de sa visite au tombeau et de l’annonce aux disciples.

Jean note la présence de Marie de Magdala près de la croix de Jésus (19,25). Elle se rend au tombeau dans l’obscurité du matin, le premier jour de la semaine, et voit que la pierre a été enlevée (20,1). Elle y reste en pleurs et se penchant vers le sépulcre, découvre deux anges qui l’interrogent sur ses pleurs. Elle interpelle celui qu’elle croit être le jardinier. Lorsque celui-ci l’appelle par son nom, ses yeux s’ouvrent et elle reconnaît son bien-aimé. Le Seigneur l’envoie en mission auprès des apôtres pour leur dire ce qu’elle a vu et ce qu’Il lui a dit (20,11sq).

Par les évangélistes, l’Esprit Saint qui les inspire nous transmet quelque chose du vrai visage de Marie de Magdala, toujours associée à un groupe de femmes, (sauf en Jean 20).

Qu’en est-il de l’onction de Béthanie rapportée par Mathieu 26, 4 sq. ; Marc 14, 3 sq. et Jean 12,1 sq. ? Jean précise qu’il s’agit de Marie, sœur de Lazare. Il n’y a donc aucune raison d’attribuer cette onction à Marie de Magdala.
Par ailleurs, rien dans l’Évangile ne permet de faire un lien entre la pécheresse repentante décrite par Luc (7,36-38) et Marie de Magdala. La possession diabolique n’est pas synonyme de vie de débauche. Les pères orientaux refusent ces amalgames contrairement à la tradition occidentale qui, depuis Grégoire le Grand lie ces deux figures féminines pour montrer que le repentir des péchés peut conduire à un grand amour du Seigneur et à une conversion radicale.

L’Icône : Yeshoua et Myriam de Magdala.

Jean, connaissant les récits des synoptiques, fait un zoom sur Myriam et Yeshoua. En la personne de Marie de Magdala, nous sommes tous concernés par l’événement de la Résurrection. Jean sait qu’elle est venue au tombeau avec les autres femmes. Ici il nous fait contempler la relation du Seigneur avec sa disciple en faisant faire par l’objectif un grand angle sur Myriam et Yeshoua. L’évangéliste fait des choix littéraires et non pas toujours historiques qui sont au service du message de foi qu’il veut nous transmettre. De même que, par ex., l’iconographie ne respecte pas la chronologie des événements présentés. (cfr l’icône de la Pentecôte, la Kataphyge e.a.).
Le titre donné à l’icône, élément important du message, nous renseigne. Lisons-le en grec, langue dans laquelle Jean l’a écrit : Μη άπτόν μον (mê apton mon) : ne me retiens pas, ne m’attache pas, ne me touche pas. Notons que le mot français haptonomie vient de ce terme. Il désigne une technique du contact tactile entre les personnes dans leurs implications affectives.
Nous voici à un moment très important du récit, de la vie de Marie où tout bascule, pour elle et pour nous. Venue au tombeau pour pleurer son maître bien-aimé, elle s’attend à trouver un corps mort, un cadavre à qui elle rendrait les derniers hommages, toute remplie de chagrin. Obnubilée par sa douleur, elle ne le reconnaît pas dans le jardinier jusqu’au moment où il l’appelle par son nom : Myriam. Au fond de son cœur elle connaît cette voix qu’elle a entendue tant de fois. Elle se retourne et le reconnaît : Rabbouni, diminutif de Rabbi, plein d’amour et d’affection : mon maître bien-aimé. Invitée à sortir d’un ancien mode de perception, elle doit cesser de le saisir par ses mains. Une relation qui met en jeu le corps, les sens n’est plus possible. Une autre s’impose. Jusqu’à présent, elle l’avait touché par un contact tactile , maintenant Jésus ressuscité ne peut plus être retenu de la même façon. L’intimité et la familiarité qu’elle a connues ne sont plus de mise car un changement fondamental est intervenu . Christ ressuscité, vêtu de blanc, est éblouissant de lumière : Lumière née de la lumière. Le Ressuscité est entré dans une autre manière – divine – d’être en relation. Cet habit éblouissant est le signe d’une expérience spirituelle de Dieu qui se passe, non dans sa tête mais dans le plus profond de son être. Myriam est invitée à l’y rejoindre par un chemin de foi.
Le pied droit du Seigneur tourné vers Myriam, l‘invite à regarder au fond de son cœur tandis que son regard se pose sur elle. Désormais elle le trouvera dans un regard de foi, dans une intimité spirituelle et non plus de façon sensible. En même temps son pied gauche l’invite vers ailleurs : Va trouver les frères et dis leur…Marie de Magdala devient l’apôtre des apôtres (St Augustin). Elle part vers eux dans une foi pleine de joie (Mc 28,8) alors qu’elle était arrivée en pleurs à la rencontre d’un mort. Son cheminement spirituel de croyante devient aussi le nôtre. Jean nous y invite en cette page admirable. Marie de Magdala est habitée d’un désir brûlant : la couleur rouge exprime son amour intense. De plus il est le symbole de l’énergie divine qui anime les créatures et leur insuffle la vie. C’est la flamme de l’ardeur de l’amour, accentué par l’auréole. Le bleu par contre signifie l’humanité fragile de la bien-aimée.
Sa conversion et sa mission naissent dans le Soleil du premier jour de la semaine. La création nouvelle s’accomplit, les arbres du paradis reverdissent, signe de l’Alliance rétablie par la passion, la mort et la résurrection du Seigneur.
Le Seigneur appelle chacun(e) de nous par notre nom et nous envoie sur les chemins de notre Galilée d’aujourd’hui. Qu’il soit béni !.
1. Mt 27,55-56 ;27,61 ;28,1 ;28,8.11 ; Mc 15,40 ;15,47 ;16,1 ; 16,9-11 ; Lc 8,2 ; 24,10 ;Jn 19,28 ;20,1 ; 20,11-17 ;20,2.18.

Valère De Pryck et sœur Myriam, clarisse
Sources : - Les quatre évangiles
- Jean-Yves Leloup, Yeshoua et Myriam de Magdala, dans Icône, École du regard, Le Pommier, 2000.
- Service BibliqueCatholique, Évangile et vie, Bible.service.net (Google)
- Sr Marie-Adèle Verheecke rsa, Étude priante de la Bible, 14 juin 2008, www.lapairelle.be


Noli me tangere
Ne me touche pas

Femme, tu pleures ? Qui cherches-tu ? Tu le possèdes celui que tu cherches et tu l’ignores ? Tu l’as et tu pleures ? Tu le cherches au dehors, mais tu l’as au-dedans. Tu te tiens debout hors du tombeau, en larmes, pourquoi ? Où suis-je ? Mais en toi. C’est là que je repose, non pas mort, mais éternel vivant. Toi-même, voilà mon « jardin ». Tu as bien jugé en me disant « jardinier ». Second Adam, j’ai garde, moi aussi, d’un paradis. Ma tâche : travailler, faire pousser dans ce jardin, ton âme, des moissons de désirs.

Comment ? Tu m’as, tu me possèdes en toi, et tu l’ignores ? Voilà pourquoi tu me cherches au-dehors. Eh bien, me voici. Je t’apparais dehors mais pour te ramener au-dedans. C’est là, au-dedans que tu me trouveras.

Marie, je te connais par ton nom. Apprends à me connaître par la foi… Ne me touche pas, car je ne suis pas encore monté vers mon Père. Tu ne crois pas encore que je suis égal, coéternel et consubstantiel au Père ? Crois-le et tu m’auras touché.

Dis-moi, qu’y a-t-il de plus près pour quelqu’un que son propre cœur ? Ceux qui me trouvent, c’est là dans leur cœur qu’ils me trouvent : voilà ma résidence.

(Méditation attribuée à St Bernard – cfr. Textes Spirituels de Tournay – Trad. A. Beguin)


Saint Paul

Publié le 17/05/2008 à 12:00 par orthodoxie
Saint Paul
Saint Paul
André Roublev – 1407
Moscou, Galerie Tretiakov

Saint Paul
Vers 8 – 64/67 sous Néron
Fêté le 29 juin

Saul se déclare juif, de Tarse en Cilicie (Ac 21,39). Son père avait acquis la citoyenneté romaine dont Saul se réclamera toute sa vie. Il n’a pas connu personnellement le Christ. Il fut un persécuteur impitoyable des chrétiens (Ac 8,3) condamnés au cirque à Rome pour y être jetés en spectacle et dévorés par les bêtes. La première évocation de Saul dans les Actes est liée à la lapidation d’Étienne qu’il approuvait. Dans sa haine frénétique contre les chrétiens, il avait obtenu du grand-prêtre des lettres de recommandation pour amener de Damas à Jérusalem les adeptes de la Voie qu’il trouverait fréquentant la synagogue (Ac 9,2).
Sur le chemin, une lumière aveuglante s’abat sur lui et l’interpelle : Saul, Saul, pourquoi me persécutes-tu ? – Qui es-tu, Seigneur ? demanda-t-il. Je suis Jésus que tu persécutes. Voici Saul terrassé, empoigné par le Christ. Il pourra dire plus tard : Désormais ma vie c’est être Christ. Ici on peut dire que le Ego eimi Jesus – je suis Jésus, le verbe « être » est bien plus qu’un auxiliaire grammatical, il exprime toute la divinité révélée mystérieusement à Moïse lors de l’événement du Buisson Ardent et reconnue pleinement ici dans la personne du Ressuscité. Ébloui par la lumière du Vivant, Saul devient aveugle (Ac 9,3-9). Nous pouvons parler d’un Événement fondateur qui le retourne complètement et fera de lui un être nouveau au service de l’Évangile. Conduit par ses compagnons dans la maison d’un certain Judas, il y demeurera trois jours, symbole d’une certaine mort, sans boire ni manger et sans qu’aucune lumière ne lui parvienne. A Damas, réside un disciple du nom d’Ananias que le Seigneur, apparu en songe, envoie à Saul afin de lui imposer les mains pour enlever le voile de ses yeux et de le baptiser. Rempli de l’Esprit Saint, il proclame dans les synagogues de Damas d’abord, de Jérusalem ensuite, que Jésus le Ressuscité est bien le Fils de Dieu à la stupeur générale des croyants qui n’en croyaient pas ni leurs yeux ni leurs oreilles ! Les juifs le rejettent et cherchent à le faire périr. Il se retire environ trois ans en Arabie pour faire le point. Il a vu le Seigneur, expérience qui le dépasse humainement et il doit retomber sur ses pieds. Luc ne dit rien de cette longue absence. Revenu enfin à Damas, l’ethnarque fait garder la ville pour s’emparer de lui et l’empêcher de partir. Enfermé, on le descend dans un panier par une fenêtre le long du rempart (Ac, 9, 25). Enfin il monte à Jérusalem pour y rencontrer Pierre et Jacques et apprendre d’eux et d’eux seuls – il ne rencontrera pas les autres apôtres – ce qu’ils savent de Jésus. Il n’y restera que quinze jours. Le destin de Saul ne s’arrête pas à Jérusalem. Il retourne à Tarse, son pays natal. C’est là que Barnabé ira le chercher, pressentant en lui l’homme que le Seigneur destine à une autre mission : Va, c’est au loin, aux nations païennes que je vais, moi, t’envoyer (Ac 9,15). Avec Barnabé il commence à prêcher à Antioche pendant un an tout en travaillant de ses mains pour ne pas être à charge de la communauté chrétienne qui l’accueille.
Paul accomplira ensuite trois grands et longs voyages dans les pays païens autour de la Méditerranée, accompagné tantôt de Barnabé, de Marc ou de Silas. Nous trouvons le récit détaillé de tous ces voyages dans les Actes. Son caractère entier, bourru, intransigeant et plein de défauts feront que les deux premiers le quitteront en cours de route. Sa seule annonce c’est l’Évangile tel qu’il l’a reçu du Seigneur. Partout où il passe, il s’y trouve une communauté juive, il entre dans les synagogues porter son témoignage. Le missionnaire changera de nom il s’appelera désormais Paul, qui signifie petit par la taille, petit encore face au Dieu tout puissant d’amour dont il dest deveniu le servirteur.

Quelques points forts parmi d’autres

- Dans ses discours, Paul défend l’égalité absolue entre juifs et païens et ce faisant, il universalise l’élection d’Israël qu’il étend à tout le monde païen, provoquant de ce fait une violente opposition de la part des juifs.
- Très vite, la question de la circoncision des non juifs se pose, entraînant une vive opposition entre Pierre et Paul. Barnabé se laisse entraîner par Pierre qui craignait de scandaliser les judéo-chrétiens, mais Paul l’emporte. C’en est fini de l’amitié avec Barnabé. Paul repartira avec Silas qui s’attachera à lui corps et âme.
- Le chrétien ne fait pas son salut par l’observation de la Loi, il le reçoit tout entier, gratuitement, des mains du Sauveur, menant une vie guidée par la foi dans le Ressuscité.
- La grâce du Dieu fidèle transforme le croyant.
- Au cœur de la théologie de Paul, se tient Jésus Christ crucifié et ressuscité.
- L’Église est le corps du Christ sanctifié par la foi et le baptême.
- L’Évangile fut directement révélé à l’apôtre par le Christ (Gal 1,11-2-21) À la suite de son Seigneur qui toujours passe et marche, Paul, lui aussi, marche parcourant en missionnaire l’ensemble du bassin Méditerannéen, subissant de nombreuses épreuves (2 Cor 11,25-29). Les juifs le cherchent et le menacent sans répit. Il doit s’enfuir, subir la flagellation à plusieurs reprises, connaître la prison avant d’arriver à Rome, où il aura la tête tranchée par le glaive sous Néron, la date de sa mort est incertaine.
- Il ne connaît qu’une loi qui le guide, celle de l’Esprit Saint (Gal 5-6).
- Un des sommets de sa prédication est l’hymne à la charité, à l’amour de Dieu (Rm 8, 31-39).

Florilège spirituel pour inviter à la lecture de ses Épitres

- Et nous tous qui, le visage découvert, réfléchissons, comme en un miroir la gloire du Seigneur, nous sommes tous transformés en cette même image, toujours plus glorieuse, comme il convient à l’action du Seigneur, qui est Esprit (2 Cor 3,18).
- …être saints et immaculés en sa présence, dans l’amour, déterminant d’avance que nous serions pour Lui des fils adoptifs en Jésus Christ… à la louange de sa gloire (Eph 1,4-9).
- Ainsi donc, vous n’êtes plus des étrangers ni des hôtes ; vous êtes concitoyens des saints, vous êtes de la maison de Dieu (Eph 2,19).
- Le Christ habite en vos coeurs par la foi (Eph 3,17).
- Je complète en ma chair ce qui manque aux épreuves du Christ pour son Corps, qui est l’Église (Col 1,24).
- En Lui habite corporellement toute la Plénitude de la Divinité, et vous vous trouvez en Lui associés à sa plénitude (Col 2,9).
- …votre vie est désormais cachée avec le Christ en Dieu … vous serez manifestés avec lui pleins de gloire (Col 3,3-4).
Valère De Pryck et sœur Myriam, clarisse

Sources : Odile Flichy, Luc, Paul et les Actes des Apôtres, 49 Connaître le Bible, Lumen Vitae, Bruxelles, 2007.
Étienne Charpentier, Pour lire le Nouveau Testament, Éditions du Cerf, Paris, 1992.
Alain Decaux, L’avorton de Dieu, Une vie de Saint Paul, Perrin/Desclée de Brouwer, 2003.[/FONT]

Le Berger, le Beau

Publié le 04/05/2008 à 12:00 par orthodoxie
Le Berger, le Beau
Icône grecque

Le Berger, le Beau

Tu es le plus beau des enfants des hommes (Ps 44,3).

Le titre que l’iconographe donne à l’icône « Ό ΠΟΙΜΗΝ Ό ΚΑΛΟС » (o poimen o kalos : le berger le beau), allie, dans le terme grec kalos, deux réalités : le beau et le bon. Elles sont fortement associées, d’où l’appellation usuelle en français : l’icône du Bon Berger ou du Bon Pasteur. Au 1er siècle, les artistes chrétiens représentaient le Sauveur sous les traits du Bon Berger (cfr. La fresque des catacombes romaines).
Le Christ est le beau, le bon pasteur : Moi, je suis le beau berger : le beau berger donne sa vie pour les brebis (Jn 10,11). En se faisant chair, le Christ incarne la beauté infinie de la Trinité. Beauté des échanges harmonieux au cœur du mystère. La beauté de l’humain naît de la bonté du Créateur, de son désir d’avoir dans un face à face d’amour, un partenaire à son image. En se recevant tout entier des mains du Père, en étant le Fils Bien Aimé qui fait confiance jusqu’au bout, jusqu’au travers de la mort et de la violence du monde, il rend à chacun(e) la capacité d’être revêtus de beauté . Beauté de celui qui est aimé infiniment (« Tu as du prix à mes yeux, et je t’aime ! » Is 43,4) et accepte que son vrai bonheur lui vienne d’un Autre.
Le Christ, par sa vie, sa mort et sa résurrection rend à l’homme et à la création sa beauté originelle, profanée, perdue par le refus du premier Adam. Pour ceux et celles qui acceptent de devenir « enfants » du Père, il devient en eux source de beauté profonde, d’amour rayonnant et leur donne son regard pour la discerner
Il est la source de ces saints sans nombre qu’Il entraîne à sa suite et qui ébauchent à travers les siècles le resplendissement de sa gloire (Hb 1,3). Le Christ est l’icône par excellence de la beauté du Dieu bon.

Pour comprendre le sens de l’icône, parcourons quelques pages de la Bible qui nous parlent de cette beauté.
Au commencement, Dieu vit que tout cela était beau (Gn 1), dit la traduction grecque de la Bible. L’hébreu a un mot (tov) pour exprimer le beau et le bon, traduit en grec par kaloskagathos. La beauté et la bonté sont inhérentes à la création. Elles sont constitutives de la vie trinitaire. Dieu créa Adam et Eve beaux et bons, à son image et à sa ressemblance. Qualités fondamentales perdues par le péché qui tue la communion. Cependant, au cœur même de la volonté de l’Adam de s’accaparer du don gratuit de la création, Dieu « inquiet » se met à la recherche de sa créature : Adam, où es-tu ? (Gn 3,9). Son désir est le plus fort : sauvegarder la possibilité d’une relation d’amour et de vie hors du paradis. S’approprier le don de Dieu ; c’est se placer avec l’humanité « hors du paradis, hors de la bonté première ». Le retour du fils prodigue sera une longue recherche. Qu’ils sont beaux sur les montagnes, les pieds du porteur de bonnes nouvelles (52,7), proclame Isaïe. Pour la brebis perdue, le Seigneur devient le pasteur (Luc 15, 4 .7). Comme un berger, il fait paître son troupeau : son bras rassemble les agnelets, il les porte sur son sein, et il prend soin des brebis qui allaitent leurs petits (Is 40, 11).
Le prophète Ézéchiel nous montre en quoi consiste paître le troupeau : fortifier les brebis chétives, faire un bandage à celle qui a une patte cassée, ramener celle qui s’écarte, rechercher celle qui est perdue (34,4). Le Seigneur lui-même prend le troupeau en charge pour le faire paître dans un bon pâturage sur les montagnes du haut pays d’Israël (34, 14-16). Ezéchiel termine en appliquant la sollicitude divine à tous les hommes : Vous êtes mon troupeau, le troupeau de mon pâturage, vous les hommes. Moi, je suis votre Dieu – oracle du Seigneur (34,31).
Dans la péricope du Bon Pasteur (Jn 10,11-18), Jésus se nomme la porte des brebis. En Israël, la porte par laquelle entraient les brebis était étroite, de sorte qu’elles ne pouvaient passer qu’une à la fois. Ainsi le berger pouvait repérer si l’une ou l’autre était blessée ou manquait à l’appel. Il les connaît personnellement, une intimité s’instaure entre elles et lui: je connais mes brebis et mes brebis me connaissent (Jn 10,14).
Le vrai pasteur donne sa vie pour ses brebis, le temps pascal nous le révèle. Il la donne pour toutes et chacune en particulier. Il les porte sur les épaules, tenues fermement par ses mains blessées par les clous de la Passion. Nous sommes au cœur du mystère rédempteur.
Celui qui est est aussi l’Agneau. Isaïe (53,7) et Jérémie (11,19) annoncent celui que l’on conduit à l’abattoir . Il est Celui qui, dans la non-violence de l’amour, apporte le salut en enlevant les péchés du monde par son offrande (Hb 9,28).
Il est l’Agneau pascal, égorgé mais debout (Ap 5,1) qui siège au cœur de la Jérusalem céleste, le paradis retrouvé. La cité messianique, l’épouse de l’Agneau. (Ap 21,9-27), l’Église, resplendissante des pierres les plus précieuses, est décrite dans toute sa beauté , resplendissement de la beauté de Dieu.
La création elle-même, solidaire de l’humanité, participe à cette beauté enfin accomplie dans l’Amour. Entre ces deux extrêmes, la Genèse et l’Apocalypse, se joue le drame du beau berger contemplé sur l’icône.
Lui, l’Agneau et le Pasteur
Le Seigneur et le Serviteur

L’Icône du Christ Bon Pasteur
Elle n’est pas liée à une fête particulière ; il s’agit d’une icône thématique – comme par exemple, celle du Christ « Pantocrator ». La Parole biblique à laquelle elle renvoie est évidemment Jn 10,1-18 ; Lc 15, 4-7 ; Mth 18, 12-14.
Le Christ porte une tunique rouge foncée, signe de sa divinité. Le vêtement vert foncé symbolise son humanité. Les natures divine et humaine du Christ sont ainsi clairement signifiées. Ses mains portent les traces des clous. Bon berger, il s’est mis à la recherche de la brebis qui s’est égarée, l’humanité, commenteront les Pères. De cette quête pour la retrouver, demeurent ineffaçables, les stigmates d’une rude lutte. L’Amour divin se donne de toujours à toujours, au prix même de la vie du Fils unique.
L’auréole du Christ porte l’inscription habituelle en grec : Ό ώΝ , participe présent du verbe être (έιμί - eimi) : L’ÉTANT, Celui qui est. C’est sous ce nom que Dieu s’est révélé à Moïse dans le Buisson Ardent. Je suis qui je suis (Ex 3,14). Dans le Christ Sauveur se cache la plénitude de Celui qui est. Le Sauveur, Celui qui est arrache la brebis égarée de l’emprise de ce qui n’est pas :l’égarement, le mauvais berger.
De chaque côté de l’auréole se trouve l’identité du pasteur dans deux christogrammes : IC et XC.
Cette icône qui nous regarde nous rend présent le Christ dans sa mission de Sauveur et de pasteur de nos âmes, à travers sa vie, sa mort et sa résurrection.
Dans la liturgie orthodoxe, l’Évêque (le pasteur) porte sur les épaules l’omophore*, symbolisant la brebis (la communauté). Habituellement, elle est faite de laine tissée. Les pasteurs de nos communautés sont appelés à manifester la compassion du berger à l’égard de ses brebis, surtout des plus « perdues ». Le sérieux dans le regard du Christ montre sa détermination à chercher et trouver toute brebis égarée. Avec tendresse, il la met sur ses épaules ne faisant plus qu’un avec elle. La croix et la trace des clous sur ses mains disent le prix de cette quête. Traversant les refus de l’humanité et la mort elle-même, il va à la recherche de celle qui manque à son Amour sans crainte de se blesser lui-même, jusqu’à l’extrême de la mort, jusqu’à l’abaissement (la kénose) du Verbe (Ph 2,1-11).

La Paix et la Joie qui se dégagent de la contemplation du Christ Bon Pasteur sont déjà celles de l’univers réconcilié et restauré dans son intégrité : Victoire de l’Amour qui fait toutes choses nouvelles (Ap 21, 5). Et le Père vit que cela était bon, très bon (Gn 1,31).
« Le Christ notre Dieu (…) a voulu virginalement s’incarner de toi afin de restaurer sa propre image corrompue par le péché et de prendre sur ses épaules la brebis perdue retrouvée sur la montagne pour la ramener vers le Père et, selon sa volonté, la réunir aux puissances des cieux… » (dokastikon du 4e mode des vêpres du samedi soir**).
Répondons à l’Amour du beau pasteur en laissant monter en nous le psaume du Bon Berger (22/23). Il nous accompagne jusque dans l’ombre de la mort (v.4), lui l’Agneau et le Berger véritables. Tous les jours de ma vie (v.6).
À Lui, notre action de grâces, aujourd’hui et toujours !

Valère De Pryck et sœur Myriam, clarisse

*(du grec " qui se porte sur les épaules ") Longue et large bande d’étoffe, ornée de quatre croix, porté par l’évêque en symbole de son rôle de bon pasteur, portant la brebis égarée pour la ramener vers le Père. " Sous l’omophore ", par extension, sous la juridiction d’un évêque).

**Une partie de ce texte est reproduite en bas de l'icône, il faut l'agrandir pour le voir.




Saint Marc

Publié le 22/03/2008 à 12:00 par orthodoxie
Saint Marc
Miniatures des évangéliaires de Khitrovo (début du XVe)
Bibliothèque d'Etat de Moscou.

Saint Marc
Martyrisé en 67

L’évangile de Marc nous livre-t-il quelqu’information sur l’identité de Marc. Il est symbolisé par le lion en référence au début de son œuvre :Une voix rugit dans le désert…(1,3). Rien de fondé ne permet de le reconnaître dans le jeune homme qui s’enfuit nu lors de l’arrestation de Jésus (Mc 15, 51-52). Même le titre Evangile selon Marc n’apparaît qu’au 2me siècle. Marc, l’évangéliste, n’est pas l’un des douze apôtres. Les Actes le mentionnent une première fois comme le fils de Marie qui possède une maison à Jérusalem où se réunissent les disciples (Ac 12,12). C’est là que Pierre, libéré de prison par un ange, fut accueilli. La tradition chrétienne reprendra le témoignage de Papias de Hiérapolis (évêque de 110-130), ami de Polycarpe. Papias cite des propos attribués à Jean le Presbytre (disciple des apôtres) présentant Marc comme « l’interprète de Pierre », de qui il tenait ses informations. Il serait l’un des premiers convertis de l’apôtre et n’aurait pas connu Jésus. Le témoignage de Justin, martyr vers 165, évoque le deuxième Évangile comme étant les « Mémoires de Pierre ». Marc ayant accompagné d’autres apôtres, son Évangile ne saurait être étranger à la prédication apostolique tout entière. Il fut aussi le disciple de saint Paul qu’il accompagna en Grèce et en Asie Mineure. A partir du quatrième siècle, la tradition affirme que Marc fonda l’Église d’Alexandrie. Le concile de Rome, tenu sous Gélase, confirme le martyre de Marc en 67 à Bucoles, près d’Alexandrie, où son corps était encore vénéré au VIII siècle. En 815, des marchands vénitiens auraient emporté ses ossements à Venise.
Dans les Actes, il est question de Jean surnommé Marc (Ac 12,12), cousin de Barnabé. Il revint à Antioche de Syrie avec Barnabé et Paul (12,25). Lorsque ceux-ci firent voile pour Chypre, ils emmenèrent avec eux Jean-Marc comme auxiliaire (13,5). A Pergé en Pamphilie, Jean (Marc donc) se sépara d’eux et retourna à Jérusalem (13,13). Après un différend entre Paul et Barnabé, ce dernier s’embarqua à nouveau pour Chypre et prit Marc avec lui (15,39).
Paul mentionne Marc dans sa deuxième épître à Timothée (4, 11). Dans ses recommandations à Philémon, il lui envoie les salutations de Marc, son collaborateur (24).
Pierre, dans sa première épître (5,14), envoie lui aussi les salutations de Marc, son fils (spirituel).
Selon le Nouveau Testament, il semblerait qu’un certain Jean Marc, habitant Jérusalem, aurait accompagné Barnabé, Paul et Pierre dans leurs missions. Riche de son expérience personnelle auprès des Apôtres, il ancre dans sa mémoire la prédication pétrinienne.
On admet communément que Marc aurait composé son Evangile après la mort de Pierre (en 64), entre 65 et 68, à Rome, pour une communauté pagano-chrétienne éprouvée par les persécutions de Néron (54-68). Pour certains exégètes, l’écrit se situerait après la destruction du Temple.

L’Evangile selon Saint Marc : vue d’ensemble

Marc cherche à fixer les paroles et les actions de Jésus, l’homme de Nazareth peu évoquées dans les épîtres. La proclamation de la Bonne Nouvelle est au cœur de son message. Il rassemble les documents écrits et les traditions orales qui circulent dans les communautés pour les présenter en un tout cohérent, une bonne nouvelle (Évangile). Elle s’adresse au lecteur qui, en des temps troublés par les persécutions, doit prendre une décision de foi et s’engager sans compromis derrière « Jésus, Christ, Fils de Dieu » (1,1).
Après la confirmation du Fils bien-aimé au baptême et la victoire de Jésus sur Satan au désert (1,1-13), la première partie de l’Evangile (1,14-8,26) pose la question de l’identité de Jésus : Qui est cet homme ? Étonnement de la foule (1,27), contestation des adversaires (2,1ss). Les disciples eux-mêmes lors de la tempête apaisée buttent à la question : Qui donc est celui-là ? (4,41).
Ce n’est que dans la deuxième partie (8,27-16,8) que la véritable identité de Jésus sera progressivement révélée. Pierre, malgré sa confession de foi, refuse de suivre un Christ souffrant (8,32). C’est un soldat païen qui confessera la divinité de Jésus après qu’il ait expiré :Vraiment, cet homme était fils de Dieu (15,39). Quant aux disciples, ils auront encore un chemin de foi à parcourir après la Résurrection.
Les femmes venues au tombeau ne dirent rien à personne car elles avaient peur (15, 8). Marc termine sa Bonne Nouvelle sur cette réalité troublante. La finale canonique (16,9-20), conforme aux récits des trois autres évangélistes, a été ajoutée par un autre narrateur. Le Seigneur apparaît aux disciples et leur reproche leur incrédulité. Il les réconforte et les envoie avec la force de sa parole et de son action prêcher dans le monde entier.

Quelques grands thèmes

Jésus, Christ et Fils de Dieu. Noms donnés au début et à la fin de l’Evangile (1,1 et 15,39). Pierre confesse qu’Il est le messie attendu : Tu es le Christ (8,29). Les démons proclament sa filiation divine à plusieurs reprises (1,24 ; 5,7).
La voix qui retentit lors du Baptême et de la Transfiguration est celle du Père proclamant : Tu es mon Fils (1,11 et 9,7). Il est le fils bien-aimé envoyé à la vigne (12,6).
Marc est le seul à exprimer la proximité unique de Jésus avec le Père en mettant dans sa bouche le terme si familier d’Abba (Papa, en araméen). Absence de distance, familiarité filiale la plus intime au cœur du Christ et cela au moment même où il sue sang et eau au jardin de Gethsémani (14,36).

Fils de l’Homme.

Titre de majesté que Marc utilise 12 fois dont 9 lors de l’abaissement du Christ, dans la passion et la mort. Il l’applique spécialement au messie souffrant.

Le secret messianique

Jésus impose le silence sur son identité : aux démons (1,24-25 ;3,12) ; aux miraculés (un lépreux, la fille de Jaïre, le sourd-bègue (1,44 ;5,43 ;7,36). Pourquoi imposer le secret (aussitôt violé !) sinon pour éviter toute interprétation ambiguë concernant sa mission de Salut ?

Jésus accomplit les Écritures. Le temps est accompli (1,15). Non pas le temps chronologique, mais le moment favorable (kairos - καιρος en grec et non kronos – χρονος - , le temps astronomique). C’est le temps de la réjouissance (mot par lequel l’ange Gabriel salua Marie à l’annonciation : kaire, réjouis-toi), car Jésus inaugure dans notre aujourd’hui le Règne de Dieu. Il sera définitif lors du retour du Fils de l’Homme avec puissance et gloire sur les nuées (13,26).

Puisse cette brève introduction nous inviter à relire l’Évangile de Marc, pour laisser retentir en nous la question du Christ : « Pour vous, qui suis-je ? »

Valère De Pryck et sœur Myriam, clarisse

Sources : Caroline Runacher, Saint Marc, La Bible tout simplement, Les Éditions de l’Atelier, Paris, 2001.
RR.PP. Bénédictins de Paris, Vies des Saints et Bienheureux, Letouzay et Ané, Paris, 1948.
Wikipedia (Internet), Marc (Évangéliste).
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Saint Cyrille de Jérusalem

Publié le 29/01/2008 à 12:00 par orthodoxie
Saint Cyrille de Jérusalem
Cyrille de Jérusalem
Père de l’Eglise
315 – 382
Fêté le 18 mars

Sa vie
Cyrille naît à Jérusalem vers 315. Ses parents sont une famille chrétienne paysanne. D’après ses « Catéchèses », il reçoit une bonne éducation ainsi qu’une initiation aux Pères de l’Eglise. Son art oratoire atteste de sa bonne formation scolaire. Il est décrit dans les « Menées » en tout point semblable à un paysan. L’évêque Maxime l’ordonne prêtre à Jérusalem vers 343 et lui demande de prêcher les Catéchèses. Ce que Cyrille fait dans l’Eglise de la Résurrection (Anastasis), où se trouve conservé le tombeau du Christ découvert à la suite de fouilles entreprises avec l’autorisation de l’empereur Constantin. En 350, à la mort de Maxime, évêque de Jérusalem (revenu borgne et boiteux des mines où l’avait envoyé l’empereur Maximin Daïa), il lui succède avec l’accord de son métropolitain Acace, un évêque arianisant.
La première année de son épiscopat, le 7 mai 357, sur l’horizon de Jérusalem, apparaît la Croix glorieuse. Les habitants de Jérusalem peuvent la voir pendant plusieurs heures. Dans ses Catéchèses, Cyrille célèbre la gloire de la Croix.
Bientôt il doit affronter le métropolitain Acace sur des questions de juridiction et de préséance, s’appuyant sur le caractère apostolique de son siège de Jérusalem pour échapper à l’autorité de ce dernier. Celui-ci l’accuse injustement de « dilapidation de biens ecclésiastiques ». A quoi Cyrille répond qu’il « a vendu les vases sacrés et les ornements pour secourir les affamés de son diocèse ». Refusant de comparaître devant Acace, il est condamné au bannissement. Acace en personne vient, accompagné d’une escorte militaire, pour chasser Cyrille et installer sur le siège de Jérusalem un évêque arien. Commence alors le temps des exils.
Lors de son premier exil, Cyrille est accueilli à Antioche et à Tarse par l’évêque Sylvain, un arien, qui l’autorise à prêcher. Le concile de Séleucie le réhabilite en 359 et le rappelle à Jérusalem.
La même année, le concile de Constantinople, présidé par Acace, l’expulse de nouveau. Après trois années d’exil en 362, sur ordre de Julien l’Apostat, il regagne sa ville pour gouverner enfin son diocèse dans la paix.
Un troisième exil l’attend lorsque l’empereur arien Valens, le chasse à nouveau, preuve de son opposition farouche à cette hérésie. Ce n’est qu’en 378 que Cyrille retrouve son siège après onze années d’exil. En effet, l’empereur Gratien rappelle tous les évêques bannis. Grégoire de Nysse rapporte dans quel état désastreux se trouve abandonnée la ville de Jérusalem: perversité, adultères, vols, idolâtries et bien d’autres vices y règnent en maîtres. La ville se partage entre ariens et semi-ariens. Ici encore, Cyrille fut accusé d’être partisan de l’arianisme. En 381, le Concile de Constantinople, auquel il participe, déclare enfin que « le très vénérable et pieux Cyrille a lutté contre les ariens ».
D’esprit modéré, Cyrille cherche dès lors à rétablir la paix en gardant le souci de la charité et de l’unité. Il veille à cicatriser les blessures douloureuses causées par les luttes sans cesse renaissantes avec les ariens et à ramener l’ensemble des fidèles à l’unité dans la foi.
Il meurt le 18 mars 386, profondément attristé par les divisions au sein de l’Eglise.
La lutte contre l’arianisme et contre Acace l’ont rendu ferme et rigoureux dans son combat où la foi de l’Eglise et des apôtres se trouve en pleine tempête.
Léon XIII le proclamera docteur de l’Eglise universelle en 1893.

Son œuvre.
Cyrille est foncièrement un catéchiste et veut, très concrètement, transmettre sa foi au peuple chrétien et aux catéchumènes. Il consacrera une grande partie de sa tâche pastorale à rédiger et commenter 24 Catéchèses Baptismales où il expose les vérités de la foi. En guise d’introduction, une Procatéchèse et 5 Catéchèses explique aux catéchumènes comment la foi est chemin de conversion qui invite le chrétien à changer de vie et de mœurs. Les treize Catéchèses suivantes (prononcées dans la crypte de l’Invention de la Sainte Croix) commentent le symbole de la foi tout en manifestant la nécessité d’une vie de foi qui soit une relation personnelle avec les Personnes divines. Les cinq dernières, appelées « mystagogiques » traitent des trois sacrements de l’initiation chrétienne : le baptême, ( il établit un lien entre la descente du Christ dans les eaux du Jourdain et la descente aux enfers, image de la Rédemption), la chrismation ou confirmation, l’eucharistie. Sa cinquième catéchèse mystagogique commente abondamment les différents moments de la messe. Il les enracine dans l’Ancien Testament où il découvre des préfigurations. Ces Catéchèses Mystagogiques étaient prononcées dans la Rotonde de l’Anastasis, auprès du tombeau du Christ, pendant la semaine pascale, les catéchumènes étant ensuite baptisés la nuit de Pâques.
Jérusalem étant un centre de pèlerinages, la liturgie orientale célébrée par Cyrille jouera un rôle important dans l’histoire du développement de la liturgie Ainsi, le symbole de foi de Jérusalem servira de base au symbole de Nicée. La liturgie syriaque est une liturgie mystique d’union (en référence au Cantique des Cantiques), où le culte est empreint de crainte révérencielle devant la sainteté divine. Son sens de la transcendance de Dieu influencera les Pères Cappadociens et Saint Jean Chrysostome.

Le style de Cyrille
Clair, simple et direct, il veut se faire comprendre par les gens du commun. Comme Jésus, son maître, il emploie des images et des comparaisons. Son enseignement est profondément nourri des Saintes Ecritures qu’il a pu méditer durant ses différents exils.
Son approche spirituelle du corps humain, merveille de la création, est équilibrée. Pas de regard négatif et réducteur du mariage et de la chair, comme c’est souvent le cas à son époque. Il porte un regard optimiste sur la réalité humaine.
A sa prière, puissions-nous, à notre tour, nous laisser émerveiller par le mystère toujours plus grand de l’amour du Père, du Fils et de l’Esprit qui se donne pour notre salut.

Valère De Pryck et sœur Myriam, clarisse

Sources : A.G. Hamman, Les Pères de l’Eglise, Desclée de Brouwer, 1977
Sr. Gabriel Peters O .S.B. , Lire les Pères de l’Eglise, Cours de Patrologie III, 1978, Monastère de l’Annonciation, B – 7281 QUEVY le GRAND[/FONT]

Saint Taraise

Publié le 15/01/2008 à 12:00 par orthodoxie
Saint Taraise


Icône moderne de Mère Anastasia
Bussy-en-Othe

Saint Taraise
750 - 806
Patriarche de Constantinople
Fêté le 25 février

Taraise naquit à Constantinople. Sa mère, Eucratie, femme d’une grande piété, se chargea elle-même de son éducation. Son père Georges exerçait une charge importante dans la magistrature, soucieux de défendre les plus faibles. Il devint un haut fonctionnaire à la cour de l’empereur Constantin Porphyrogenitos (780-797) et de sa mère l’impératrice Irène. En cette période troublée de l’hérésie iconoclaste, l’impératrice voulut un homme de valeur à la tête de l’Eglise pour rétablir le culte des icônes. Le saint patriarche Paul IV, un moment favorable aux hérétiques, s’était repenti et retiré dans le monastère de Florus. A l’impératrice qui lui demandait un digne successeur, il lui conseilla Taraise, son premier secrétaire, en qui il reconnaissait toutes les qualités requises pour la charge de pasteur et de défenseur de l’Eglise de Constantinople. Mais celui-ci n’était encore que laïc. Dans un premier temps, il refusa cet honneur se considérant indigne de ce ministère. Finalement il accepta à condition qu’un concile œcuménique soit convoqué pour mettre fin à la scission hérétique et rétablir le culte des icônes. Ordonné peu de temps après, il devint patriarche de Constantinople en 784, soucieux d’être en communion avec Rome et les trois autres patriarches d’Orient.
Le premier août 786, le septième Concile œcuménique fut convoqué par Tarasie dans l’église des saints apôtres à Constantinople. 367 évêques y étaient présents ainsi que les représentants du pape Adrien I, évêque de Rome. Dès la première session, les iconoclastes s’y montrèrent particulièrement violents. Devant cette lutte, Taraise, dans la force de la douceur, resta seul dans l’église et célébra la divine liturgie. Pour mieux assurer la paix, le concile fut transféré à Nicée et les mesures furent prises pour éviter de nouveaux affrontements violents. Avec sagesse, prudence et autorité, Taraise dirigea les débats. Le Concile rétablit le culte des icônes. Taraise s’évertua ensuite à ramener, avec sa douceur bien connue, les évêques iconoclastes repentis. Il ne fut pas toujours suivi par ses pairs. En effet, pour que renaisse la paix dans l’Eglise, il pratiqua une politique de réconciliation, que certains évêques restés fidèles lui reprochèrent.
Pendant vingt-deux ans, il gouverna l’Eglise avec sagesse menant une vie d’ascète dans la pauvreté, plein d’une grande attention à l’égard des pauvres, des veuves et des orphelins qu’il secourait. Riche d’une intense charité, il construisit des hospices pour accueillir les étrangers. Il protégea un homme injustement accusé dont il parvint à prouver l’innocence. Il voua un amour profond à la Sainte Vierge qu’il chanta en des pages admirables : "De quelles louanges Vous comblerons-nous, s'écrie-t-il, ô Vierge immaculée, Vierge sans tache, ornement des femmes et splendeur des vierges!"
Lorsque l’empereur Constantin VI, fils d’Irène, répudia son épouse, Marie d’Arménie pour épouser sa femme de chambre, Théodote, Taraise refusa d’annuler son mariage et de célébrer cette seconde union. Cela lui valut la disgrâce de l’empereur. Mais par souci d’épargner de nouvelles épreuves à l’Eglise, il n’excommunia pas l’empereur, il suspendit les prêtres qui avaient célébré cette union. Le célèbre abbé Platon et son neveu, Théodore Studite songèrent cependant à se séparer de lui jugeant son attitude trop magnanime. La mort prématurée de l’empereur ramena le calme et fit taire le scandale.
Pendant toutes ces épreuves, le patriarche garda l’humilité et le recueillement, priant Dieu pour sa propre sanctification et celle de son peuple. Une longue et douloureuse maladie l’avertit de sa fin prochaine. Son biographe, témoin oculaire, raconte qu’il tomba en extase peu avant sa mort. Il eut à livrer de terribles combats avec les démons qu’il avait vaincus au Concile.
Taraise mourut à l’âge de soixante-seize ans, le 25 février 806, pleuré par l’Eglise de Constantinople. L’empereur Nicéphore lui-même le regretta, car, disait-il, il avait perdu un père, un pasteur et une aide dans le gouvernement de l’empire. Il fut enterré dans le monastère qu’il avait fait construire sur le Bosphore. Dans les années qui suivirent, de nombreux miracles eurent lieu sur sa tombe et très vite, tant les Grecs que les Latins lui rendirent un culte.

Sources : Abbé L. Jaud, Vie des Saints pour tous les jours de l'année, Tours, Mame,
RR.PP.Bénédictins de Paris, Vie des Saints et Bienheureux, Letouzey et Ané, 1936
OCA (Orthodox Church of America), St Tarasius the Archbishop of Constantinople, Internet[/FONT][/SIZE][/FONT]

Saint Ignace d'Antioche

Publié le 15/01/2008 à 12:00 par orthodoxie
Saint Ignace d'Antioche
Ignace d’Antioche
35 - 107
Père Apostolique et Patriarche d’Antioche, martyr
Fêté le 20 décembre en Orient et le 17 octobre en Occident

Saint Ignace, troisième évêque d’Antioche, succédant en 68 à saint Pierre et Evode, fut l’un de ceux qui connurent les apôtres, en particulier saint Jean dont il fut le disciple (d’où son titre de Père Apostolique avec Saint Clément de Rome et Saint Polycarpe). La tradition voit en lui le petit enfant que Jésus plaça en exemple au milieu des apôtres, disant : Si vous ne devenez semblable à des petits enfants….
Ignace fut le patriarche d’une cité florissante sur les bords de la rivière Oronte (aujourd’hui Asi) en Syrie septentrionale. Antioche sur Oronte était une cité grandiose, commerçante et prospère. La ville a complètement disparu, rasée par les Turcs après la Grande Guerre. Capitale romaine de la Syrie et des rois Séleucides, elle fut l’un des berceaux du christianisme, dont Ignace était l’évêque. .
Sa gloire fut son martyre, dont il avait un ardent désir, comme témoignage envers le Christ. Après sa victoire sur les Scythes (106),l’empereur Trajan, ordonna à tous de sacrifier aux dieux païens en remerciement. Comme il passait par Antioche, il apprit que l’évêque Ignace confessait le Christ, invitant le peuple à mener une vie vertueuse respectant la virginité. Ce dernier se présenta librement devant l’empereur qui le fit arrêter et subir un long interrogatoire afin de le faire renoncer à sa foi et sacrifier aux dieux païens. Lui qui se surnommait « Théophore » - celui qui porte Dieu en lui –confessa le seul vrai Dieu créateur et son Fils, Jésus Christ, déclarant les autres dieux des démons.
Devant sa fermeté, Trajan le fit mettre en prison. Il fut condamné aux bêtes et conduit d’Antioche à Rome pour y être livré aux lions. En chemin vers Rome, il visita de nombreuses communautés exhortant les fidèles à prier pour lui et à ne pas empêcher son exécution. Il priait pour l’Eglise invitant à l’amour entre frères. Beaucoup, pleins d’admiration, pleurèrent sur lui tandis qu’il confiait : « Je vais à la mort avec joie. Laissez-moi servir de pâture aux lions et aux ours. Je suis le froment de Dieu. Il faut que je sois moulu sous leurs dents pour devenir un pain digne de Jésus Christ. Rien ne me touche, tout m’est indifférent, hors l’espérance de posséder mon Dieu. Que le feu me réduise en cendres, que j’expire sur le gibet d’une mort infâme ; que sous la dent des tigres furieux et des lions affamés tout mon corps soit broyé ; que les démons se réunissent pour épuiser sur moi leur rage : je souffrirai tout avec joie, pourvu que je jouisse de Jésus Christ ».
Sans cesser de répéter le nom de Jésus Christ, il fut broyé par les lions, mais son cœur demeura intact. Et lorsqu’ils l’ouvrirent, les païens y virent une inscription en lettres d’or : Jésus Christ.




Les lettres d’Ignace
Par terre ou par mer, sur le chemin qui le conduisit à Rome pour être livré aux bêtes, il demeurait enchaîné à dix gardiens, qu’il appelle des léopards et qui ne lui épargnaient aucun mauvais traitement. Sur son passage, il envoyait des lettres aux différentes communautés. On y découvre l’extraordinaire témoignage apostolique d’un évêque passionné de Jésus Christ.
Evoquons la lettre qu’il écrivit, depuis l’escale à Troade, à son ami Polycarpe.
Dans celle aux Ephésiens, Ignace insiste sur la soumission de tous à l’Evêque et au presbyterium, accordés comme « la corde à la cithare », en une inséparable unité. Selon lui, la qualité de l’évêque sera de garder le silence, celle des fidèles de le vénérer. Sur son chemin vers le martyre, Ignace disait :Vous êtes tous des compagnons de route, des porteurs de Dieu, qui avez Jésus Christ parmi vous…Votre foi vous tire en haut et la charité est le chemin qui vous élève vers Dieu….Mieux vaut se taire et être que parler sans être.
La Lettre aux Romains est certes la plus poignante. Il supplie les Romains de ne rien entreprendre pour que le martyre lui soit épargné. Je ne vous demande qu’ une chose : c’est de laisser offrir à Dieu la libation de mon sang….Je suis le froment de Dieu, et je suis moulu par la dent des bêtes pour devenir le pain immaculé du Christ. Il clame son désir intense d’être avec Jésus Christ : en lui murmure une « eau vive » qui l’appelle : « Viens vers le Père ». Cependant, avec beaucoup d’humanité, il avoue aussi sa faiblesse devant ce qui l’attend, le danger de renier le Seigneur n’est jamais loin. Aussi supplie-t-il les Romains de prier pour lui afin qu’il puisse surmonter l’épreuve.
Une unique passion anima la vie et la mort d’Ignace d’Antioche : Jésus Christ. Voilà son pôle d’attraction, son aimant.
Toute sa pensée va vers Lui. Il le voit devant lui et marche à sa suite, passionné d'amour pour lui. Le Christ est celui qui lui montre le Père, qui le conduira au Père. (Fr. Luc Brésard – Cours de Patrologie).
Il peut faire siennes les paroles de Saint Paul aux Philippiens (3,7ss) : « Il s’agit de le connaître, lui, et la puissance de sa résurrection et la communion à ses souffrances, de devenir semblable à lui dans sa mort, afin de parvenir, s’il est possible, à la résurrection d’entre les morts. (…) Je m’élance pour tâcher de le saisir, parce que j’ai été moi-même saisi par Jésus Christ ».
Conduit enchainé dans le cirque, Ignace fut livré aux fauves qui le déchirèrent. Son corps, transporté à Antioche, fut transféré à Rome dans l’Eglise de Saint Clément le 1 février 637.
Apprenant le grand courage du saint, Trajan fit arrêter les persécutions.

Sources : A.G. Hamman, Les Pères de l’Eglise, Desclée De Brouwer,1977
Abbé L. Jaud, Vie des saints pour tous les jours de l’année, Tours, Mame, 1950[/SIZE][/SIZE][/FONT][/SIZE]

Sainte Nina

Publié le 23/11/2007 à 12:00 par orthodoxie
Sainte Nina
Sainte Nina
Fêtée le 14 janvier
Morte en 335

De cette femme du IVème siècle, on ignore le pays d’origine ainsi que son nom. Elle fut appelée Christiana, « La Chrétienne », d’où son diminutif Nina ou Nino, présent’ dans des textes Géorgiens. En effet, c’est dans cette région qu’on parle d’elle pour la première fois. Elle y est vénérée encore de nos jours ainsi qu’en Arménie (le 29 août).

Le christianisme s’infiltra dans ces régions avec les influences romaines. Une captive chrétienne intéressa ces barbares par sa vie sobre et chaste, ses prières fréquentes ; elle était très belle mais surtout respectée pour son inlassable charité. Elle ne se cachait pas d’être une adoratrice du Christ dans ces régions non encore évangélisées. Elle possédait certains pouvoirs thaumaturgiques. Une femme dont l’enfant était malade cherchait un remède pour le guérir. Elle l’amena à la chrétienne captive qui fit reposer l’enfant près d’elle, sur sa couche en priant le Seigneur et l’enfant guérit. L’ayant appris, la reine Nana d’Ibérie (Géorgie), se fit transporter mourante auprès de Nina. Cette dernière la fit se coucher sur son cilice tout en invoquant le Christ. Aussitôt la reine se releva en pleine santé. Le roi Mirian, son époux, résolut de récompenser richement Nina, mais elle refusa. Le seul cadeau qui lui plairait – disait-elle - serait que les souverains embrassent la foi du Christ qui a guéri la reine à sa prière. La reine se convertit, mais le roi hésita. Un jour, le roi se perdit à la chasse car la nuit était devenue soudain très obscure. Il invoqua les dieux païens, mais sans résultat. Alors, il se souvint du Christ et de Nina et il le pria de le secourir. Sans délai, la clarté revint. Il appela la « Chrétienne » auprès de lui et il se convertit. A sa suggestion, il fit construire une église dans la capitale Mzkheta. Par la suite, elle pria le roi d’envoyer un ambassadeur à l’empereur Constantin lui demandant de faire venir un évêque et un prêtre pour convertir tout le peuple de Géorgie à la foi chrétienne. Ce qui fut fait sans tarder. Après le baptême des gens de Mzkheta, elle s’en alla prêcher aux montagnards voisins de la capitale qui refusèrent de se laisser convertir. Pleine d’ardeur et de foi, Sainte Nina passa à l’est de Mzkheta où sa prédication porta du fruit. Elle termina sa vie d’évangélisatrice dans la région de Bodbé où elle fut enterrée. Dès le IVème siècle, une église y fut construite qui devint cathédrale dès le Vème siècle, date à laquelle l’Eglise de Géorgie fut pratiquement autonome.
Au début du siècle suivant, on y comptait déjà une trentaine d’évêques.
Sainte Nina fut choisie comme patronne de la Géorgie avec le titre d’Egale aux Apôtres. Selon la légende, saint André serait venu évangéliser la Colchide, région proche de la Géorgie.

Les Eglises d'Orient la fêtent le 14 janvier. L'Eglise en Occident en fait également mémoire le 15 décembre. Ce que nous connaissons sa vie, nous le devons à Rufin (dans l’Histoire ecclésiastique d’Eusèbe). Cet auteur donne quelques détails sur la conversion de l'Ibérie,
(Géorgie orientale).


Sources : RR PP Pères Bénédictins de Paris, Vie des saints et bienheureux, Letouzey et Ané, Paris, 1954
Internet : Wikipedia et Nominis[/u][/SIZE]

Saint Jean Damascène

Publié le 23/11/2007 à 12:00 par orthodoxie
Saint Jean Damascène
Jean Damascène
Vers 650 – vers 750

Fêté le 4 décembre

Originaire d’une grande famille arabe et aisée de Damas, Jean naquit 18 ans après la mort de Mahomet. Il reçut une éducation grecque solide et possédait une bonne connaissance de l’arabe et de l’Islam. Collaborateur de son père, qui occupait un poste officiel important sous le calife, celui-ci le chassa en 720 lorsqu’il décida d’islamiser l’administration, exigeant des chrétiens de renier leur foi. Ses démêlés avec l’empereur iconoclaste Léon III le poussèrent à se retirer au monastère de la Laure de saint Sabas en Palestine. Ordonné prêtre par le patriarche de Jérusalem Jean (705-735) avant que n’éclate la controverse iconoclaste, il enseignait au monastère, prêchait à Jérusalem, conseillait des évêques, consacrant une grande partie de son temps à la rédaction de ses œuvres. Très estimé, le concile de Nicée (787) le déclara vénérable et en 1890 il fut promu docteur de l’Eglise par le pape Léon XIII. Sur les icônes il est représenté avec un turban pour signifier ses origines arabes.

Ses œuvres.
Les écrits de Jean Damascène embrassent tous les domaines de la théologie : dogme, exégèse, ascèse et liturgie. Il est cependant davantage un compilateur qu’un créateur. Il est très clair à ce sujet : έρώֹέμονֹμεν ούδένֹ (« je serai mien en vérité en rien, en vérité rien ne sera de moi »). Il est cependant considéré comme le plus grand des théologiens byzantins. On admire son art de la compilation et lui-même ne cherchait pas à redire ce que d’autres avaient déjà bien exprimé. Son œuvre de synthèse annonce celle de Saint Thomas d’Aquin. Les thèmes sur lesquels il insiste sont la fidélité à la foi de Chalcédoine, la liberté humaine et la théologie de l’image.
Son principal ouvrage dogmatique, La Source de la Connaissance, comprend trois parties. La première constitue un enseignement philosophique, la deuxième l’histoire des hérésies et la troisième l’Exposition de la foi orthodoxe. Celle-ci constitue une synthèse remarquable de la doctrine chrétienne. De nombreux autres ouvrages lui sont attribués, mais d’une authenticité parfois douteuse.
Il ne faudrait pas en conclure que Jean Damascène n’a rien écrit de personnel. Relevons ses sermons célèbres, notamment sur la Transfiguration de Notre Seigneur et sur la Dormition de la Mère de Dieu. Dans ses nombreuses hymnes liturgiques, il a le charisme d’inviter à la joie en dégageant l’essentiel du mystère. Il fut un ardent défenseur des icônes avant que n’éclate la controverse à ce sujet.
Un petit extrait du sermon sur la Transfiguration nous invite à lire plus profond dans le mystère qui nous est révélé :
" Aujourd'hui se manifeste ce que des yeux de chair ne peuvent voir : un corps terrestre rayonnant de la splendeur divine, un corps mortel manifestant la gloire de la divinité. Car la Parole s'est faite chair et la chair Parole, bien que celle-ci ne soit pas sortie de la nature divine... Les choses humaines deviennent celles de Dieu, et les divines celles de l'homme... Le Thabor jubile et se réjouit, montagne divine et sainte... car elle rivalise en grâce avec le ciel. Là, les apôtres choisis voient le Christ dans la gloire de son Royaume. Là, la résurrection des morts est manifeste à leur foi et le Christ se montre Seigneur des morts et des vivants, lui qui fait paraître Moïse d'entre les morts et qui prend pour témoin des vivants Élie le cocher au souffle de feu. Là, les chefs des prophètes prophétisent encore, annonçant l'exode du Seigneur à travers la croix. [...]. Maintenant tout ruisselle de lumière et de clarté.
Jadis, Moïse entrait dans la nuée divine [...]. Et, alors, Israël ne pouvait regarder intensément la gloire pourtant passagère du visage de Moïse ; mais, nous, le visage découvert, nous contemplons comme dans un miroir la gloire du Seigneur, " transformés de gloire en gloire comme par l’Esprit du Seigneur ».

Doctrine spirituelle de Jean Damascène

Il écrit pour des moines et pour les chrétiens désireux de vivre les exigences de l’évangile et de s’engager dans la vie parfaite, qui, selon lui, recouvre essentiellement la vie monastique. Le moine peut y offrir à Dieu le fruit de la prière. Le silence est la mère de la prière et la prière est la manifestation de la gloire divine. Elle est ascension vers Dieu et permet d’anticiper la vie éternelle. La pureté du cœur et l’amour sont les conditions de l’union à Dieu. Pour cela il faut combattre les vices, racines d’une vie contraire à celle que Dieu désire pour nous depuis les origines. « La thérapeutique efficace des vices de l’âme, c’est la foi en Dieu, les vraies et infaillibles doctrines de l’orthodoxie, la méditation continuelle des paroles inspirées, la prière pure et ininterrompue et l’action de grâce à Dieu » (De virtutibus, PG 95, 92b). Libérée des passions, l’âme vit dès maintenant dans la vie éternelle. L’esprit vit en Dieu, dans la lumière divine où Dieu lui manifeste sa gloire, que Jean appelle contemplation ou vision de la Trinité ; ce n’est pas encore un retour au paradis, mais un avant-goût du ciel, le règne de Dieu dans l’âme. Jean laisse une très large place à la liberté humaine qui permet la collaboration (synergie) entre Dieu et l’homme. Il insiste sur la nécessité de la Rédemption par le Verbe incarné, la Passion et la Résurrection.
Il nous engage à fréquenter les saints qui sont parvenus à vivre les promesses de leur baptême et à réaliser ainsi leur vocation de ressembler à Dieu. La Vierge Marie est le premier exemple de cette perfection et la médiatrice de toute grâce pour nous. Il la chante avec lyrisme depuis sa préfiguration dans l’Ancienne Alliance jusqu’à sa Dormition et son Assomption dans les cieux.
« Par tout son être elle est la chambre nuptiale de l’Esprit, la cité du Dieu vivant…, toute entière proche de Dieu. Car dominant les chérubins, plus haute que les séraphins, proche de Dieu, c’est à elle que cette parole s’applique » (676d, SC 80, p.72-73).
Celle qui avait hébergé le Verbe divin en son sein devait être logée dans la demeure de son Fils. (…) là est la demeure de tous ceux qui sont dans la joie (Ps.86, 7) (2me homélie sur la dormition).

Sources : Dictionnaire de Spiritualité, Beauchesne, Paris, 1972
Marie-Anne Vannier, dans Esprit et Vie n° 20, octobre 2000[/SIZE]

Saint André

Publié le 15/10/2007 à 12:00 par orthodoxie
Saint André
[SIZE=14]L’Apôtre André
Phanar – Istanbul

Saint André, apôtre
Patron de l’Ecosse et de la Russie
Fêté le 30 novembre

André vient du grec Andreas qui signifie « viril, beau, courageux ». Seuls les évangiles synoptiques en font mention à quelques reprises, sa ns satisfaire vraiment notre curiosité…
Saint Marc inaugure la prédication de Jésus par l’appel des deux premiers disciples : Simon et André, son frère, alors qu’ils étaient en train de jeter leurs filets à la mer (Mc. 1, 16-18). Ils habitent à Capharnaüm, où Jésus, sortant de la synagogue, s’en vient guérir la belle mère de Simon dans leur maison (Mc. 1, 29). Selon Marc, André est l’un des quatre qui avec Pierre, Jacques et Jean, questionnent Jésus sur la destruction du Temple (Mc.13, 3-4).
Saint Matthieu reprend le récit de Marc. Jésus appelle Pierre et André ensemble au moment où ils sont en train de jeter leurs filets dans la mer. Ils le suivent sans tarder (Mt. 4, 18-20). Saint Luc mentionne André parmi les douze que Jésus choisit parmi les disciples après avoir prié dans la montagne. Pour lui, pas d’ordre chronologique dans l’appel. (Lc 6, 12-16). Ce qui importe, c’est leur mission. Luc les appelle : Apôtres ; « envoyés » pour porter la bonne nouvelle à tous.
Saint Jean nous donne davantage de détails sur la naissance de sa vocation. Disciple de Jean Baptiste, il serait le premier appelé (« protoclite », selon le nom grec dont l’honore l’Eglise Byzantine). Au passage de Jésus, le Baptiste le désigne comme « L’Agneau de Dieu ». Aussitôt, à l’écoute de cette annonce, André et un autre disciple, probablement Jean, suivent Jésus. Par une question, ce dernier éveille leur désir profond : « Rabbi, où demeures-tu » ? Jésus alors les invite à demeurer auprès de lui : « Venez et voyez ». Rencontre, communion sur lesquelles l’évangéliste garde le silence. Dans son enthousiasme d’avoir trouvé le Messie, André s’empresse dès le lendemain de partager son expérience à son frère Simon qu’il amène à Jésus. Comme Philippe, André et Simon sont originaires de Bethsaïde en Galilée au nord du lac de Tibériade (Jn. 1, 40-42). Lors de la multiplication des pains (Jn. 6, 8-9), la foi de l’apôtre est mise à l’épreuve. Cependant, il fait confiance et présente au Seigneur l’offrande du pauvre, d’un enfant muni de cinq pains d’orge et de deux poissons. Avec Philippe il servira de médiateur entre les Grecs qui veulent voir Jésus et le Seigneur (Jn. 12,20-22). Déjà le voilà rempli de zèle missionnaire, comme au lendemain de la Pentecôte. C’est cet aspect de la personnalité d’André, l’un des quatre colonnes de la première communauté, que l’évangéliste met en avant dans les récits le concernant.
En dehors des récits évangéliques, nous n’avons plus de traces écrites de l’apostolat de saint André. Après la Pentecôte, chacun des apôtres partit évangéliser une partie du monde connu. Selon des sources difficiles à vérifier, André serait parti vers la Mer Noire, l’Asie Mineure, la Thrace, la Macédoine et plus au nord notamment l’Ukraine, la Roumanie, la Bulgarie, parcourant également la Turquie, la Géorgie et la Russie. Il serait remonté le long du Dniepr, de Kiev jusque Novgorod. Sur le chemin de retour, en Turquie, il convertit les habitants de la petite ville de Byzance. Il y fonda une Eglise dédiée à la Mère de Dieu et y établit Stachys, l’un des septante disciples, comme évêque après lui. Grâce à André et Pierre, les deux frères, un lien s’établit entre l’Eglise de Rome et celle de Byzance, appelée Constantinople par la suite, et Istanbul aujourd’hui. Selon la tradition, il arriva ensuite à Patras, en Achaïe, où il fut martyrisé sous l’empereur Néron en 60. Le proconsul du lieu, Egée, refusa d’entendre la bonne nouvelle de l’Evangile et ordonna de le fixer par des cordes à une croix, afin que sa mort fût plus lente. Il y demeura attaché pendant trois jours, annonçant l’évangile du haut de sa croix. Puis, il pria ainsi : « Accueille-moi, mon Maître, ô Christ, que j’ai aimé, que j’ai connu, que je désire voir….Reçois mon âme, Seigneur Jésus-Christ ».
En 1462, le pape Pie II reçut d’Orient le crâne du saint. Il fut placé dans la Basilique Saint Pierre avec son frère. En septembre 1964, le pape Paul VI créait la surprise en restituant à l'église de Patras, en Grèce, le chef de saint André. Geste d'amitié et de fraternité à l'égard de l'Église orthodoxe grecque et de son patriarche. (Interface n° e-87 Septembre 2002- J.Siat et P .Fransen)
La liste des patriarches de Constantinople cite l’apôtre André comme fondateur de l’Eglise de Constantinople en 38, suivi par l’apôtre Stachys. L’actuel patriarche Bartholomée est le 270me successeur de saint André.
En Angleterre, environ sept cents églises sont mises sous le patronage de saint André. En France, il vient de suite après les saints Pierre et Paul. C’est dire l’impact qu’il a eu aussi en Occident malgré l’absence de documents écrits.
La croix de saint André.
Lors de sa visite auprès du patriarche Bartholomée en 2006, Benoît XVI déclara : « Une tradition successive, comme nous l’avons mentionné, raconte la mort d’André à Patras, où il subit lui aussi le supplice de la crucifixion. Cependant, au moment suprême, de manière semblable à son frère Pierre, il demanda à être placé sur une croix différente de celle de Jésus. Dans son cas, il s’agit d’une croix décussée, c’est-à-dire dont le croisement transversal est incliné, qui fut donc appelée « croix de saint André ».
Valère De Pryck et sœur Myriam, clarisse

Sources : Vie des saints et bienheureux – RR PP Bénédictins de Paris – Letouzey et Ané – Paris – 1954
Catholicisme – Hier - Aujourd’hui- Demain – Letouzey et Ané – Paris - 1948