Jean Damascène
Vers 650 – vers 750
Fêté le 4 décembre
Originaire d’une grande famille arabe et aisée de Damas, Jean naquit 18 ans après la mort de Mahomet. Il reçut une éducation grecque solide et possédait une bonne connaissance de l’arabe et de l’Islam. Collaborateur de son père, qui occupait un poste officiel important sous le calife, celui-ci le chassa en 720 lorsqu’il décida d’islamiser l’administration, exigeant des chrétiens de renier leur foi. Ses démêlés avec l’empereur iconoclaste Léon III le poussèrent à se retirer au monastère de la Laure de saint Sabas en Palestine. Ordonné prêtre par le patriarche de Jérusalem Jean (705-735) avant que n’éclate la controverse iconoclaste, il enseignait au monastère, prêchait à Jérusalem, conseillait des évêques, consacrant une grande partie de son temps à la rédaction de ses œuvres. Très estimé, le concile de Nicée (787) le déclara vénérable et en 1890 il fut promu docteur de l’Eglise par le pape Léon XIII. Sur les icônes il est représenté avec un turban pour signifier ses origines arabes.
Ses œuvres.
Les écrits de Jean Damascène embrassent tous les domaines de la théologie : dogme, exégèse, ascèse et liturgie. Il est cependant davantage un compilateur qu’un créateur. Il est très clair à ce sujet : έρώֹέμονֹμεν ούδένֹ (« je serai mien en vérité en rien, en vérité rien ne sera de moi »). Il est cependant considéré comme le plus grand des théologiens byzantins. On admire son art de la compilation et lui-même ne cherchait pas à redire ce que d’autres avaient déjà bien exprimé. Son œuvre de synthèse annonce celle de Saint Thomas d’Aquin. Les thèmes sur lesquels il insiste sont la fidélité à la foi de Chalcédoine, la liberté humaine et la théologie de l’image.
Son principal ouvrage dogmatique, La Source de la Connaissance, comprend trois parties. La première constitue un enseignement philosophique, la deuxième l’histoire des hérésies et la troisième l’Exposition de la foi orthodoxe. Celle-ci constitue une synthèse remarquable de la doctrine chrétienne. De nombreux autres ouvrages lui sont attribués, mais d’une authenticité parfois douteuse.
Il ne faudrait pas en conclure que Jean Damascène n’a rien écrit de personnel. Relevons ses sermons célèbres, notamment sur la Transfiguration de Notre Seigneur et sur la Dormition de la Mère de Dieu. Dans ses nombreuses hymnes liturgiques, il a le charisme d’inviter à la joie en dégageant l’essentiel du mystère. Il fut un ardent défenseur des icônes avant que n’éclate la controverse à ce sujet.
Un petit extrait du sermon sur la Transfiguration nous invite à lire plus profond dans le mystère qui nous est révélé :
" Aujourd'hui se manifeste ce que des yeux de chair ne peuvent voir : un corps terrestre rayonnant de la splendeur divine, un corps mortel manifestant la gloire de la divinité. Car la Parole s'est faite chair et la chair Parole, bien que celle-ci ne soit pas sortie de la nature divine... Les choses humaines deviennent celles de Dieu, et les divines celles de l'homme... Le Thabor jubile et se réjouit, montagne divine et sainte... car elle rivalise en grâce avec le ciel. Là, les apôtres choisis voient le Christ dans la gloire de son Royaume. Là, la résurrection des morts est manifeste à leur foi et le Christ se montre Seigneur des morts et des vivants, lui qui fait paraître Moïse d'entre les morts et qui prend pour témoin des vivants Élie le cocher au souffle de feu. Là, les chefs des prophètes prophétisent encore, annonçant l'exode du Seigneur à travers la croix. [...]. Maintenant tout ruisselle de lumière et de clarté.
Jadis, Moïse entrait dans la nuée divine [...]. Et, alors, Israël ne pouvait regarder intensément la gloire pourtant passagère du visage de Moïse ; mais, nous, le visage découvert, nous contemplons comme dans un miroir la gloire du Seigneur, " transformés de gloire en gloire comme par l’Esprit du Seigneur ».
Doctrine spirituelle de Jean Damascène
Il écrit pour des moines et pour les chrétiens désireux de vivre les exigences de l’évangile et de s’engager dans la vie parfaite, qui, selon lui, recouvre essentiellement la vie monastique. Le moine peut y offrir à Dieu le fruit de la prière. Le silence est la mère de la prière et la prière est la manifestation de la gloire divine. Elle est ascension vers Dieu et permet d’anticiper la vie éternelle. La pureté du cœur et l’amour sont les conditions de l’union à Dieu. Pour cela il faut combattre les vices, racines d’une vie contraire à celle que Dieu désire pour nous depuis les origines. « La thérapeutique efficace des vices de l’âme, c’est la foi en Dieu, les vraies et infaillibles doctrines de l’orthodoxie, la méditation continuelle des paroles inspirées, la prière pure et ininterrompue et l’action de grâce à Dieu » (De virtutibus, PG 95, 92b). Libérée des passions, l’âme vit dès maintenant dans la vie éternelle. L’esprit vit en Dieu, dans la lumière divine où Dieu lui manifeste sa gloire, que Jean appelle contemplation ou vision de la Trinité ; ce n’est pas encore un retour au paradis, mais un avant-goût du ciel, le règne de Dieu dans l’âme. Jean laisse une très large place à la liberté humaine qui permet la collaboration (synergie) entre Dieu et l’homme. Il insiste sur la nécessité de la Rédemption par le Verbe incarné, la Passion et la Résurrection.
Il nous engage à fréquenter les saints qui sont parvenus à vivre les promesses de leur baptême et à réaliser ainsi leur vocation de ressembler à Dieu. La Vierge Marie est le premier exemple de cette perfection et la médiatrice de toute grâce pour nous. Il la chante avec lyrisme depuis sa préfiguration dans l’Ancienne Alliance jusqu’à sa Dormition et son Assomption dans les cieux.
« Par tout son être elle est la chambre nuptiale de l’Esprit, la cité du Dieu vivant…, toute entière proche de Dieu. Car dominant les chérubins, plus haute que les séraphins, proche de Dieu, c’est à elle que cette parole s’applique » (676d, SC 80, p.72-73).
Celle qui avait hébergé le Verbe divin en son sein devait être logée dans la demeure de son Fils. (…) là est la demeure de tous ceux qui sont dans la joie (Ps.86, 7) (2me homélie sur la dormition).
Sources : Dictionnaire de Spiritualité, Beauchesne, Paris, 1972
Marie-Anne Vannier, dans Esprit et Vie n° 20, octobre 2000[/SIZE]