Ignace d’Antioche
35 - 107
Père Apostolique et Patriarche d’Antioche, martyr
Fêté le 20 décembre en Orient et le 17 octobre en Occident
Saint Ignace, troisième évêque d’Antioche, succédant en 68 à saint Pierre et Evode, fut l’un de ceux qui connurent les apôtres, en particulier saint Jean dont il fut le disciple (d’où son titre de Père Apostolique avec Saint Clément de Rome et Saint Polycarpe). La tradition voit en lui le petit enfant que Jésus plaça en exemple au milieu des apôtres, disant : Si vous ne devenez semblable à des petits enfants….
Ignace fut le patriarche d’une cité florissante sur les bords de la rivière Oronte (aujourd’hui Asi) en Syrie septentrionale. Antioche sur Oronte était une cité grandiose, commerçante et prospère. La ville a complètement disparu, rasée par les Turcs après la Grande Guerre. Capitale romaine de la Syrie et des rois Séleucides, elle fut l’un des berceaux du christianisme, dont Ignace était l’évêque. .
Sa gloire fut son martyre, dont il avait un ardent désir, comme témoignage envers le Christ. Après sa victoire sur les Scythes (106),l’empereur Trajan, ordonna à tous de sacrifier aux dieux païens en remerciement. Comme il passait par Antioche, il apprit que l’évêque Ignace confessait le Christ, invitant le peuple à mener une vie vertueuse respectant la virginité. Ce dernier se présenta librement devant l’empereur qui le fit arrêter et subir un long interrogatoire afin de le faire renoncer à sa foi et sacrifier aux dieux païens. Lui qui se surnommait « Théophore » - celui qui porte Dieu en lui –confessa le seul vrai Dieu créateur et son Fils, Jésus Christ, déclarant les autres dieux des démons.
Devant sa fermeté, Trajan le fit mettre en prison. Il fut condamné aux bêtes et conduit d’Antioche à Rome pour y être livré aux lions. En chemin vers Rome, il visita de nombreuses communautés exhortant les fidèles à prier pour lui et à ne pas empêcher son exécution. Il priait pour l’Eglise invitant à l’amour entre frères. Beaucoup, pleins d’admiration, pleurèrent sur lui tandis qu’il confiait : « Je vais à la mort avec joie. Laissez-moi servir de pâture aux lions et aux ours. Je suis le froment de Dieu. Il faut que je sois moulu sous leurs dents pour devenir un pain digne de Jésus Christ. Rien ne me touche, tout m’est indifférent, hors l’espérance de posséder mon Dieu. Que le feu me réduise en cendres, que j’expire sur le gibet d’une mort infâme ; que sous la dent des tigres furieux et des lions affamés tout mon corps soit broyé ; que les démons se réunissent pour épuiser sur moi leur rage : je souffrirai tout avec joie, pourvu que je jouisse de Jésus Christ ».
Sans cesser de répéter le nom de Jésus Christ, il fut broyé par les lions, mais son cœur demeura intact. Et lorsqu’ils l’ouvrirent, les païens y virent une inscription en lettres d’or : Jésus Christ.
Les lettres d’Ignace
Par terre ou par mer, sur le chemin qui le conduisit à Rome pour être livré aux bêtes, il demeurait enchaîné à dix gardiens, qu’il appelle des léopards et qui ne lui épargnaient aucun mauvais traitement. Sur son passage, il envoyait des lettres aux différentes communautés. On y découvre l’extraordinaire témoignage apostolique d’un évêque passionné de Jésus Christ.
Evoquons la lettre qu’il écrivit, depuis l’escale à Troade, à son ami Polycarpe.
Dans celle aux Ephésiens, Ignace insiste sur la soumission de tous à l’Evêque et au presbyterium, accordés comme « la corde à la cithare », en une inséparable unité. Selon lui, la qualité de l’évêque sera de garder le silence, celle des fidèles de le vénérer. Sur son chemin vers le martyre, Ignace disait :Vous êtes tous des compagnons de route, des porteurs de Dieu, qui avez Jésus Christ parmi vous…Votre foi vous tire en haut et la charité est le chemin qui vous élève vers Dieu….Mieux vaut se taire et être que parler sans être.
La Lettre aux Romains est certes la plus poignante. Il supplie les Romains de ne rien entreprendre pour que le martyre lui soit épargné. Je ne vous demande qu’ une chose : c’est de laisser offrir à Dieu la libation de mon sang….Je suis le froment de Dieu, et je suis moulu par la dent des bêtes pour devenir le pain immaculé du Christ. Il clame son désir intense d’être avec Jésus Christ : en lui murmure une « eau vive » qui l’appelle : « Viens vers le Père ». Cependant, avec beaucoup d’humanité, il avoue aussi sa faiblesse devant ce qui l’attend, le danger de renier le Seigneur n’est jamais loin. Aussi supplie-t-il les Romains de prier pour lui afin qu’il puisse surmonter l’épreuve.
Une unique passion anima la vie et la mort d’Ignace d’Antioche : Jésus Christ. Voilà son pôle d’attraction, son aimant.
Toute sa pensée va vers Lui. Il le voit devant lui et marche à sa suite, passionné d'amour pour lui. Le Christ est celui qui lui montre le Père, qui le conduira au Père. (Fr. Luc Brésard – Cours de Patrologie).
Il peut faire siennes les paroles de Saint Paul aux Philippiens (3,7ss) : « Il s’agit de le connaître, lui, et la puissance de sa résurrection et la communion à ses souffrances, de devenir semblable à lui dans sa mort, afin de parvenir, s’il est possible, à la résurrection d’entre les morts. (…) Je m’élance pour tâcher de le saisir, parce que j’ai été moi-même saisi par Jésus Christ ».
Conduit enchainé dans le cirque, Ignace fut livré aux fauves qui le déchirèrent. Son corps, transporté à Antioche, fut transféré à Rome dans l’Eglise de Saint Clément le 1 février 637.
Apprenant le grand courage du saint, Trajan fit arrêter les persécutions.
Sources : A.G. Hamman, Les Pères de l’Eglise, Desclée De Brouwer,1977
Abbé L. Jaud, Vie des saints pour tous les jours de l’année, Tours, Mame, 1950[/SIZE][/SIZE][/FONT][/SIZE]