Cyrille de Jérusalem
Père de l’Eglise
315 – 382
Fêté le 18 mars
Sa vie
Cyrille naît à Jérusalem vers 315. Ses parents sont une famille chrétienne paysanne. D’après ses « Catéchèses », il reçoit une bonne éducation ainsi qu’une initiation aux Pères de l’Eglise. Son art oratoire atteste de sa bonne formation scolaire. Il est décrit dans les « Menées » en tout point semblable à un paysan. L’évêque Maxime l’ordonne prêtre à Jérusalem vers 343 et lui demande de prêcher les Catéchèses. Ce que Cyrille fait dans l’Eglise de la Résurrection (Anastasis), où se trouve conservé le tombeau du Christ découvert à la suite de fouilles entreprises avec l’autorisation de l’empereur Constantin. En 350, à la mort de Maxime, évêque de Jérusalem (revenu borgne et boiteux des mines où l’avait envoyé l’empereur Maximin Daïa), il lui succède avec l’accord de son métropolitain Acace, un évêque arianisant.
La première année de son épiscopat, le 7 mai 357, sur l’horizon de Jérusalem, apparaît la Croix glorieuse. Les habitants de Jérusalem peuvent la voir pendant plusieurs heures. Dans ses Catéchèses, Cyrille célèbre la gloire de la Croix.
Bientôt il doit affronter le métropolitain Acace sur des questions de juridiction et de préséance, s’appuyant sur le caractère apostolique de son siège de Jérusalem pour échapper à l’autorité de ce dernier. Celui-ci l’accuse injustement de « dilapidation de biens ecclésiastiques ». A quoi Cyrille répond qu’il « a vendu les vases sacrés et les ornements pour secourir les affamés de son diocèse ». Refusant de comparaître devant Acace, il est condamné au bannissement. Acace en personne vient, accompagné d’une escorte militaire, pour chasser Cyrille et installer sur le siège de Jérusalem un évêque arien. Commence alors le temps des exils.
Lors de son premier exil, Cyrille est accueilli à Antioche et à Tarse par l’évêque Sylvain, un arien, qui l’autorise à prêcher. Le concile de Séleucie le réhabilite en 359 et le rappelle à Jérusalem.
La même année, le concile de Constantinople, présidé par Acace, l’expulse de nouveau. Après trois années d’exil en 362, sur ordre de Julien l’Apostat, il regagne sa ville pour gouverner enfin son diocèse dans la paix.
Un troisième exil l’attend lorsque l’empereur arien Valens, le chasse à nouveau, preuve de son opposition farouche à cette hérésie. Ce n’est qu’en 378 que Cyrille retrouve son siège après onze années d’exil. En effet, l’empereur Gratien rappelle tous les évêques bannis. Grégoire de Nysse rapporte dans quel état désastreux se trouve abandonnée la ville de Jérusalem: perversité, adultères, vols, idolâtries et bien d’autres vices y règnent en maîtres. La ville se partage entre ariens et semi-ariens. Ici encore, Cyrille fut accusé d’être partisan de l’arianisme. En 381, le Concile de Constantinople, auquel il participe, déclare enfin que « le très vénérable et pieux Cyrille a lutté contre les ariens ».
D’esprit modéré, Cyrille cherche dès lors à rétablir la paix en gardant le souci de la charité et de l’unité. Il veille à cicatriser les blessures douloureuses causées par les luttes sans cesse renaissantes avec les ariens et à ramener l’ensemble des fidèles à l’unité dans la foi.
Il meurt le 18 mars 386, profondément attristé par les divisions au sein de l’Eglise.
La lutte contre l’arianisme et contre Acace l’ont rendu ferme et rigoureux dans son combat où la foi de l’Eglise et des apôtres se trouve en pleine tempête.
Léon XIII le proclamera docteur de l’Eglise universelle en 1893.
Son œuvre.
Cyrille est foncièrement un catéchiste et veut, très concrètement, transmettre sa foi au peuple chrétien et aux catéchumènes. Il consacrera une grande partie de sa tâche pastorale à rédiger et commenter 24 Catéchèses Baptismales où il expose les vérités de la foi. En guise d’introduction, une Procatéchèse et 5 Catéchèses explique aux catéchumènes comment la foi est chemin de conversion qui invite le chrétien à changer de vie et de mœurs. Les treize Catéchèses suivantes (prononcées dans la crypte de l’Invention de la Sainte Croix) commentent le symbole de la foi tout en manifestant la nécessité d’une vie de foi qui soit une relation personnelle avec les Personnes divines. Les cinq dernières, appelées « mystagogiques » traitent des trois sacrements de l’initiation chrétienne : le baptême, ( il établit un lien entre la descente du Christ dans les eaux du Jourdain et la descente aux enfers, image de la Rédemption), la chrismation ou confirmation, l’eucharistie. Sa cinquième catéchèse mystagogique commente abondamment les différents moments de la messe. Il les enracine dans l’Ancien Testament où il découvre des préfigurations. Ces Catéchèses Mystagogiques étaient prononcées dans la Rotonde de l’Anastasis, auprès du tombeau du Christ, pendant la semaine pascale, les catéchumènes étant ensuite baptisés la nuit de Pâques.
Jérusalem étant un centre de pèlerinages, la liturgie orientale célébrée par Cyrille jouera un rôle important dans l’histoire du développement de la liturgie Ainsi, le symbole de foi de Jérusalem servira de base au symbole de Nicée. La liturgie syriaque est une liturgie mystique d’union (en référence au Cantique des Cantiques), où le culte est empreint de crainte révérencielle devant la sainteté divine. Son sens de la transcendance de Dieu influencera les Pères Cappadociens et Saint Jean Chrysostome.
Le style de Cyrille
Clair, simple et direct, il veut se faire comprendre par les gens du commun. Comme Jésus, son maître, il emploie des images et des comparaisons. Son enseignement est profondément nourri des Saintes Ecritures qu’il a pu méditer durant ses différents exils.
Son approche spirituelle du corps humain, merveille de la création, est équilibrée. Pas de regard négatif et réducteur du mariage et de la chair, comme c’est souvent le cas à son époque. Il porte un regard optimiste sur la réalité humaine.
A sa prière, puissions-nous, à notre tour, nous laisser émerveiller par le mystère toujours plus grand de l’amour du Père, du Fils et de l’Esprit qui se donne pour notre salut.
Valère De Pryck et sœur Myriam, clarisse
Sources : A.G. Hamman, Les Pères de l’Eglise, Desclée de Brouwer, 1977
Sr. Gabriel Peters O .S.B. , Lire les Pères de l’Eglise, Cours de Patrologie III, 1978, Monastère de l’Annonciation, B – 7281 QUEVY le GRAND[/FONT]