Saint Marc
Posté le 22.03.2008 par orthodoxie

Miniatures des évangéliaires de Khitrovo (début du XVe)
Bibliothèque d'Etat de Moscou.
Saint Marc
Martyrisé en 67
L’évangile de Marc nous livre-t-il quelqu’information sur l’identité de Marc. Il est symbolisé par le lion en référence au début de son œuvre :Une voix rugit dans le désert…(1,3). Rien de fondé ne permet de le reconnaître dans le jeune homme qui s’enfuit nu lors de l’arrestation de Jésus (Mc 15, 51-52). Même le titre Evangile selon Marc n’apparaît qu’au 2me siècle. Marc, l’évangéliste, n’est pas l’un des douze apôtres. Les Actes le mentionnent une première fois comme le fils de Marie qui possède une maison à Jérusalem où se réunissent les disciples (Ac 12,12). C’est là que Pierre, libéré de prison par un ange, fut accueilli. La tradition chrétienne reprendra le témoignage de Papias de Hiérapolis (évêque de 110-130), ami de Polycarpe. Papias cite des propos attribués à Jean le Presbytre (disciple des apôtres) présentant Marc comme « l’interprète de Pierre », de qui il tenait ses informations. Il serait l’un des premiers convertis de l’apôtre et n’aurait pas connu Jésus. Le témoignage de Justin, martyr vers 165, évoque le deuxième Évangile comme étant les « Mémoires de Pierre ». Marc ayant accompagné d’autres apôtres, son Évangile ne saurait être étranger à la prédication apostolique tout entière. Il fut aussi le disciple de saint Paul qu’il accompagna en Grèce et en Asie Mineure. A partir du quatrième siècle, la tradition affirme que Marc fonda l’Église d’Alexandrie. Le concile de Rome, tenu sous Gélase, confirme le martyre de Marc en 67 à Bucoles, près d’Alexandrie, où son corps était encore vénéré au VIII siècle. En 815, des marchands vénitiens auraient emporté ses ossements à Venise.
Dans les Actes, il est question de Jean surnommé Marc (Ac 12,12), cousin de Barnabé. Il revint à Antioche de Syrie avec Barnabé et Paul (12,25). Lorsque ceux-ci firent voile pour Chypre, ils emmenèrent avec eux Jean-Marc comme auxiliaire (13,5). A Pergé en Pamphilie, Jean (Marc donc) se sépara d’eux et retourna à Jérusalem (13,13). Après un différend entre Paul et Barnabé, ce dernier s’embarqua à nouveau pour Chypre et prit Marc avec lui (15,39).
Paul mentionne Marc dans sa deuxième épître à Timothée (4, 11). Dans ses recommandations à Philémon, il lui envoie les salutations de Marc, son collaborateur (24).
Pierre, dans sa première épître (5,14), envoie lui aussi les salutations de Marc, son fils (spirituel).
Selon le Nouveau Testament, il semblerait qu’un certain Jean Marc, habitant Jérusalem, aurait accompagné Barnabé, Paul et Pierre dans leurs missions. Riche de son expérience personnelle auprès des Apôtres, il ancre dans sa mémoire la prédication pétrinienne.
On admet communément que Marc aurait composé son Evangile après la mort de Pierre (en 64), entre 65 et 68, à Rome, pour une communauté pagano-chrétienne éprouvée par les persécutions de Néron (54-68). Pour certains exégètes, l’écrit se situerait après la destruction du Temple.
L’Evangile selon Saint Marc : vue d’ensemble
Marc cherche à fixer les paroles et les actions de Jésus, l’homme de Nazareth peu évoquées dans les épîtres. La proclamation de la Bonne Nouvelle est au cœur de son message. Il rassemble les documents écrits et les traditions orales qui circulent dans les communautés pour les présenter en un tout cohérent, une bonne nouvelle (Évangile). Elle s’adresse au lecteur qui, en des temps troublés par les persécutions, doit prendre une décision de foi et s’engager sans compromis derrière « Jésus, Christ, Fils de Dieu » (1,1).
Après la confirmation du Fils bien-aimé au baptême et la victoire de Jésus sur Satan au désert (1,1-13), la première partie de l’Evangile (1,14-8,26) pose la question de l’identité de Jésus : Qui est cet homme ? Étonnement de la foule (1,27), contestation des adversaires (2,1ss). Les disciples eux-mêmes lors de la tempête apaisée buttent à la question : Qui donc est celui-là ? (4,41).
Ce n’est que dans la deuxième partie (8,27-16,8) que la véritable identité de Jésus sera progressivement révélée. Pierre, malgré sa confession de foi, refuse de suivre un Christ souffrant (8,32). C’est un soldat païen qui confessera la divinité de Jésus après qu’il ait expiré :Vraiment, cet homme était fils de Dieu (15,39). Quant aux disciples, ils auront encore un chemin de foi à parcourir après la Résurrection.
Les femmes venues au tombeau ne dirent rien à personne car elles avaient peur (15, 8). Marc termine sa Bonne Nouvelle sur cette réalité troublante. La finale canonique (16,9-20), conforme aux récits des trois autres évangélistes, a été ajoutée par un autre narrateur. Le Seigneur apparaît aux disciples et leur reproche leur incrédulité. Il les réconforte et les envoie avec la force de sa parole et de son action prêcher dans le monde entier.
Quelques grands thèmes
Jésus, Christ et Fils de Dieu. Noms donnés au début et à la fin de l’Evangile (1,1 et 15,39). Pierre confesse qu’Il est le messie attendu : Tu es le Christ (8,29). Les démons proclament sa filiation divine à plusieurs reprises (1,24 ; 5,7).
La voix qui retentit lors du Baptême et de la Transfiguration est celle du Père proclamant : Tu es mon Fils (1,11 et 9,7). Il est le fils bien-aimé envoyé à la vigne (12,6).
Marc est le seul à exprimer la proximité unique de Jésus avec le Père en mettant dans sa bouche le terme si familier d’Abba (Papa, en araméen). Absence de distance, familiarité filiale la plus intime au cœur du Christ et cela au moment même où il sue sang et eau au jardin de Gethsémani (14,36).
Fils de l’Homme.
Titre de majesté que Marc utilise 12 fois dont 9 lors de l’abaissement du Christ, dans la passion et la mort. Il l’applique spécialement au messie souffrant.
Le secret messianique
Jésus impose le silence sur son identité : aux démons (1,24-25 ;3,12) ; aux miraculés (un lépreux, la fille de Jaïre, le sourd-bègue (1,44 ;5,43 ;7,36). Pourquoi imposer le secret (aussitôt violé !) sinon pour éviter toute interprétation ambiguë concernant sa mission de Salut ?
Jésus accomplit les Écritures. Le temps est accompli (1,15). Non pas le temps chronologique, mais le moment favorable (kairos - καιρος en grec et non kronos – χρονος - , le temps astronomique). C’est le temps de la réjouissance (mot par lequel l’ange Gabriel salua Marie à l’annonciation : kaire, réjouis-toi), car Jésus inaugure dans notre aujourd’hui le Règne de Dieu. Il sera définitif lors du retour du Fils de l’Homme avec puissance et gloire sur les nuées (13,26).
Puisse cette brève introduction nous inviter à relire l’Évangile de Marc, pour laisser retentir en nous la question du Christ : « Pour vous, qui suis-je ? »
Valère De Pryck et sœur Myriam, clarisse
Sources : Caroline Runacher, Saint Marc, La Bible tout simplement, Les Éditions de l’Atelier, Paris, 2001.
RR.PP. Bénédictins de Paris, Vies des Saints et Bienheureux, Letouzay et Ané, Paris, 1948.
Wikipedia (Internet), Marc (Évangéliste). [/SIZE]
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