Posté le 24.09.2006 par orthodoxie

Saints Cyrille et Méthode
Fêtés le 11 mai
Cyrille et Méthode naquirent dans l’actuelle Salonique (Thessalonique), centre important de la vie commerciale et politique de l’Empire byzantin.
Méthode, l’aîné de 7 fils, naquit vers 815. Constantin, connu sous son nom religieux Cyrille, vint au monde en 827. Leur père était haut fonctionnaire de l’administration impériale. Méthode obtint la charge d’archonte, c’est-à-dire préfet d’une des provinces, probablement la Bulgarie, où il apprit le slavon. Mais vers 840, il interrompit cette carrière et se retira à la Montagne Sainte dans un monastère au pied du Mont Olympe en Bythinie, où il devint higoumène .
Cyrille, polyglotte et grammairien, fit de brillantes études à Byzance. Il y reçut les ordres sacrés après avoir refusé une carrière politique prestigieuse. Il exerça la charge de bibliothécaire à la grande Eglise Sainte Sophie à Constantinople. Bientôt, il renonça à cette fonction pour se retirer dans un monastère au bord de la Mer Noire. Six mois plus tard, il accepta l’enseignement des disciplines philosophiques à l’Ecole Supérieure de Constantinople où il reçut le titre de philosophe, nom sous lequel il resta connu. Peu de temps après, il rejoignit son frère Méthode pour partager avec lui la vie monastique.
Dès 863, ils furent appelés par le Prince Ratislav de Grande Moravie afin d’enseigner la foi chrétienne aux habitants dans leur langue natale, les évêques allemands ne voulant célébrer le culte que soit en hébreu, en latin ou en grec, langues incompréhensibles pour le peuple. Cyrille et Méthode partirent et consacrèrent une bonne partie de leur vie à l’éducation chrétienne des populations de Moravie, au prix de grandes souffrances et de persécutions qui conduisirent Méthode en prison.
Cyrille mit au point l’alphabet qui porte son nom. Les livres liturgiques furent traduits en slavon ainsi que la Bible. Mais les évêques allemands faisant toujours obstruction, les deux frères furent mandés à Rome avec leurs disciples en vue de rencontrer le pape et de lui exposer le problème. En chemin, ils découvrirent à Korsun les reliques du pape St Clément qu’ils emportèrent à Rome. L’accueil fut chaleureux, le pape venant lui-même à leur rencontre, et le slavon fut approuvé comme langue liturgique.
De santé délicate, Cyrille mourut à Rome le 14 février 869, à l’âge de 42 ans, quelques jours après avoir fait sa profession monastique et avoir reçu le grand schème. Il fut enterré dans l’église Saint Clément. Récemment, le transfert de ses reliques a été demandé par son pays d’origine.
Méthode, invité à continuer le travail d’évangélisation commencé avec Cyrille poursuivit la tâche comme archevêque du diocèse de Pannonie (Hongrie). En 880, en butte à diverses oppositions et accusations, il fut convoqué ad limina apostolorum, où le pape Jean VIII le rétablit dans sa dignité. Il consacra les dernières années de sa vie à des traductions liturgiques en slavon. Il mourut le 6 avril 885 à Wyschrad, en Moravie.
A l’image du patriarche Abraham, Cyrille et Méthode furent invités à quitter leur pays et l’empire de Byzance pour les terres slaves, afin de porter l’Evangile à des peuples qui ne connaissaient pas la culture raffinée de Byzance. Désireux de leur devenir semblables, ils s’intégrèrent aux populations slaves et partagèrent leur sort. Ils eurent à cœur d’inculturer la Bible et la théologie fondée sur des concepts grecs dans une histoire et une pensée très différentes de leurs lieux de naissance. Avec la création de l’alphabet slavon, ils sont les modèles du véritable esprit missionnaire qui se fait tout à tous. La foi chrétienne dans la langue rendue accessible au peuple slave, Cyrille et Méthode eurent soin de faire approuver leurs textes liturgiques et d’autres par l’Eglise de Rome et le patriarcat de Constantinople qui les avait envoyés. Leur souci oecuménique est exemplaire en cette période où les discordances commençaient à se faire sentir.
Les deux frères sont également des précurseurs de l’ inculturation en introduisant l’Evangile dans des cultures autochtones, en même temps que ces cultures enrichissaient la vie de l’Eglise. De par la création de l’alphabet slave qui contribua fortement à leur développement, Cyrille et Méthode furent reconnus comme les pères du christianisme et de la culture en ces régions de l’Est de l’Europe.
Leur mission a jeté un pont spirituel entre l’Orient et l’Occident qui réveille en nous la grande nostalgie de l’union.
Valère De Pryck
Sources : Jean-Paul II, Lettre Encyclique : Slavorum Apostoli, 2 juin 1985
Internet : OCA (Orthodox Church of America) – Feasts and Saints: Life of Saints (site à recommander pour connaître l’Orthodoxie)
N.B. Les deux saints furent proclamés co-patrons de l’Europe par.Jean-Paul II en 1980.
Posté le 24.09.2006 par orthodoxie

Le Prophète Zacharie
Fêté le 8 février
Le prophète Zacharie (Dieu se souvient) n’est pas à confondre avec le grand prêtre Zacharie, père de Jean le Précurseur. Zacharie est contemporain du prophète Agée. Son œuvre prophétique se compose de deux parties. Par analogie avec le prophète du livre d’Isaïe 40-55, on le nomme deutéro-Zacharie. Les huit premiers chapitres en constituent la première partie, écrite depuis octobre 520 jusqu’en novembre 518. On peut admette que c’est un rapatrié de l’Exil qui a connu cette épreuve comme le peuple. La deuxième partie fut composée par une école de prophètes, aux environ de 330-300, au début de la période grecque. Mais l’avis des exégètes diverge sur ce point (e.a. la Catholic Encyclopedia on CD-ROM). Peu importe cette question, voyons plutôt le contenu de ce recueil.
Zacharie 1-8. Le prophète, petit-fils où fils d’Iddo (1,1 et Esd. 5,1) semble avoir rédigé lui-même l’essentiel de ce livret. Il se compose de huit visions dont le récit est entrecoupé d’oracles. A la différence des prophètes d’avant l’Exil, Dieu ne communique plus directement par sa parole. Il ne dirige plus la marche des événements. Il reste éloigné de la scène de l’histoire et intervient par l’intermédiaire d’un ange ou d’un cavalier qui réalise les intentions divines. Les épreuves de l’Exil et du temps présent ouvrent la question de l’absence de Dieu : est-il encore ou non présent à son peuple ? Peu à peu les anciens exilés évolueront vers une vision davantage spirituelle de leur histoire. Après un appel à la pénitence, le prophète déploie les huit visions qui s’étalent sur une nuit, depuis le crépuscule jusqu’à l’aurore. Ces visions expriment e.a. une promesse pour tout le peuple : le salut, le règne universel du Seigneur est à la porte. Il est déjà en route même si rien ne paraît encore à ses yeux. Vient ensuite l’acte prophétique de la couronne (6,9-15). Prophète de l’espérance, Zacharie engage à l’action. Après l’Exil, le Temple, signe de la Présence et condition de l’ère messianique est à reconstruire. Zorobabel, destinataire de la couronne est le prince qui doit l’inaugurer (6,9-14). Un second personnage lui est associé, le prêtre Josué sur qui se concentrera le rôle messianique après sa disparition prématurée. Le geste du prophète manifeste à la communauté que dans la personne de ses chefs le règne messianique est à la porte. L’Epître aux Hébreux proclamera son accomplissement en Jésus. Sa maison (du Christ), c’est nous, pourvu que nous gardions l’assurance et la joyeuse fierté de l’espérance (Hb 3,6).
En anecdote vient la question du jeûne posée à Zacharie. Sa réponse est double. Est-ce une pratique qui pourrait donner bonne conscience sans engager à l’action ? Puisque le temps messianique approche, ce sont des jours de fête qu’il faut célébrer et non plus des jours de jeûne. Sans oublier la solidarité sociale, garantie du bonheur pour tous (7,1-7 et 8, 18-19).
Le deutéro-Zacharie (9-14)
D’une composition complexe cette deuxième partie forme un ensemble cohérent dont le contenu témoigne d’une fermentation religieuse et intellectuelle, conséquence du vécu historique. Des années ont passé. Le Temple a été reconstruit et le culte restauré. Zacharie plonge dans l’avenir en décrivant le royaume messianique.
Ce message comporte deux parties. Dans la première, surgit la figure du roi messie, humble, pacifique qui rassemblera tous les déportés (9,9-11). Cette délivrance de tous les ennemis sera l’œuvre de Dieu seul (10,1-11,3). Le chapitre 11 décrit une action parabolique accomplie par le prophète pour dénoncer les violences des autorités politiques du moment, la figure du bon Berger du Royaume Messianique. Le prophète ne compte plus que sur la fidélité du Seigneur, le vrai Berger de son peuple. La deuxième partie (12-14) annonce la venue du salut pour le petit reste fidèle à travers une transformation spirituelle. Mais, fait étrange, dans un premier temps, Dieu – le Berger – sera rejeté à travers la mort d’un de ses envoyés. Le sacrifice du mystérieux transpercé (12,10) deviendra source de purification, de transformation des cœurs (13,9). Le peuple recevra un esprit nouveau. L’événement messianique est aux portes. Le Seigneur réduira ses ennemis; il rassemblera le peuple dans une alliance renouvelée à laquelle seront associées les nations qui le désirent. L’humble Roi Messie, le Berger, le Transpercé, autant de figures reprises par les évangélistes pour évoquer le Seigneur Jésus, spécialement dans sa Passion. (Mt 21,4-5 ; 26,31 ;27,9-10 ; Mc 17,24 ; Jn 12,15 et 19,37).
Valère De Pryck – Sr Myriam, clarisse – Malonne
Sources : TOB, l’Ancien Testament – Les Editions du Cerf, 1975, édition intégrale
Internet – Catholic Encyclopedia on CD-ROM – Zacharias
Cahiers EVANGILE n° 90 – Les Derniers Prophètes - Agée, Zacharie, Malachie et quelques autres – Editions du Cerf, 1994
Posté le 23.09.2006 par orthodoxie

Saint Ména
285 - 309
Fêté le 11 novembre et 10 décembre
Saint Ména est né en Egypte dans la ville de Nikiou (aujourd’hui Menouf) en basse Egypte, pas loin de Memphis. Ses parents étaient de vrais ascètes chrétiens. Sa mère, qui n’avait pas encore d’enfant, implorait, tout en pleurs, l’icône de la Vierge lui demandant d’intercéder pour que Dieu lui accorde un fils. Elle perçut une voix lui disant Amen, ce qui en copte se dit Mena. D’où le nom qu’elle donna à son fils.
A 14 ans, son père mourut. A 15 ans, Ména rejoignit l’armée où il reçut un haut rang à cause de la place que son père avait occupé dans le pays. Lorsque l’empereur Dioclétien édicta de nouvelles règles de persécution, Ména mit à exécution son projet caressé depuis longtemps de se retirer en ermite dans le désert.
Après cinq années d’absence, il quitta sa retraite et entra à Cotyée un jour de grande fête où le peuple était rassemblé dans l’amphithéâtre. Il s’avança dans l’arène criant ce verset du prophète : J’ai été découvert par ceux qui ne me cherchaient pas et j’ai été manifesté à ceux qui ne me réclamaient nullement. Le préfet fit amener l’inconnu, lui fit subir un long interrogatoire et après l’avoir torturé, il le fit décapiter.
Ses assassins essayèrent de brûler son corps pendant trois jours mais le corps ne se consuma pas. Sa sœur paya les soldats pour emmener son corps à Alexandrie. A la fin de la persécution, un ange apparut au patriarche de la ville et l’informa de mettre le corps du saint sur le dos d’un chameau, qui le conduirait au lieu de sa sépulture. A l’endroit désigné par le Seigneur, le chameau s’arrêta et le corps du saint y fut enterré. Ce lieu se situe au bout du lac Mariut, non loin d’Alexandrie. C’est à cet endroit que fut construit le monastère orthodoxe copte actuel.
Suite à un grand nombre de miracles, il fut considéré comme un grand thaumaturge par le peuple. Après la conquête arabe, la cité fut détruite. Ce n’est qu’au début de ce siècle que des fouilles la mirent à jour avec l’église.
Le Christ et l’Abbé Ména Baouit
Cette icône copte conservée au Louvre nous transporte quelques siècles après Saint Mena. Sur cette icône l’ Abba Ména y est appelé prieur du monastère, tandis que sur une autre on le voit représenté plus jeune, comme économe.
Le monastère de Baouit fut fondé vers 385. Il connut son apogée au VIme siècle et la décadence commença au VIIIme siècle suite aux lourdes taxes imposées aux non musulmans. Le monastère s’ensabla ensuite peu à peu pour disparaître au XIIme siècle. Les fouilles autorisées à la fin du XXme siècle permirent de sortir le monastère des sables à partir des années 1985. Cette peinture du Christ et de l’Apa Mena y fut découverte. Elle semblerait avoir été insérée dans la paroi d’une des chapelles ou églises mises à jour sur le site.
Composition de l’icône.
Le Christ et l’abbé Ména sont figurés en pied. Le Christ est un peu plus grand, revêtu d’une tunique et d’une ample écharpe couleur lie-de-vin qui retombe sur l’avant-bras gauche. Il tient un évangéliaire avec deux fermoirs. Nous pouvons contempler la beauté du visage du Christ. Remarquons une petite moustache et une courte barbe en contraste avec l’épaisse chevelure retombant sur les épaules. Il est auréolé d’un grand nimbe crucifère jaune cerné d’un bandeau ocre rouge. D’un geste protecteur il a passé son bras autour des épaules de l’abbé Ména. Lui aussi est habillé d’une tunique et d’une écharpe. L’abbé porte une tunique de dessous de couleur blanche. De la main droite il fait un signe de bénédiction et de la gauche il tient un rouleau. A l’arrière-fond ondulent des collines. Le visage des deux personnages se détache sur le fond rougeoyant du soleil couchant. Près du Christ nous lisons l’inscription Sauveur, et près de l’abbé Ména, débutant par le signe de la croix, Apa Ména Prieur, répétée sur le fond de la colline. Le tout exprime une grande douceur. L’emploi de fines hachures et de rehauts blancs accentue l’intensité spirituelle des visages.
Regards sur l’icône
La force de leur présence est intensifiée par leur position avancée
La relation intime entre les deux personnages est renforcée par le bras du Christ, Ami de l’homme, posé sur les épaules de Abba Ménas. Amitié par laquelle il partage et confie une mission dans un geste protecteur et fraternel, ce qui accentue ce sentiment d’humanité.
Chacun ne peut-il pas, en se laissant habiter par cette icône, découvrir en sa propre vie la proximité aimante de son Seigneur, le Frère et l’Ami, qui l’accompagne ?
Valère De Pryck
Sources : Marie-Hélène Rutschowscaya, Le Christ et l’Abbé Ména, Collection Solo (11), Louvre, 1998
Dr Mounir Shoucri, Le Pèlerinage de Saint Ménas, Monde Copte n° 4, 1978
Posté le 23.09.2006 par orthodoxie

Théodore le Studite
Moine Byzantin 759 – 826
Fêté le 11 novembre
1. Biographie
Théodore naquit en 759 à Constantinople d’une grande famille iconodoule, qui s’est rendue célèbre au service de l’empereur et de l’Eglise. Sous l’influence de son oncle Platon, higoumène du monastère des Symboloi sur le mont Olympe en Bythinie, toute la famille entre au monastère. Sur une propriété familiale, Photinos et ses trois fils, dont Théodore, fondent le monastère de Sakkoudion, dirigé par Platon. Théodore, ordonné prêtre en 787, remplace Platon, tombé malade en 794.
Il est emprisonné une première fois pour s’être opposé au mariage adultère de l’empereur Constantin VI, qui avait répudié sa femme et épousé sa maîtresse. Bien que béni par un prêtre et toléré par le patriarche Taraise pour sauvegarder la paix, les moines de Sakkoudion, opposés à ce mariage, sont dispersés.
En 797, Constantin VI est renversé et remplacé par sa mère, Irène. Les moines sont rappelés. Le monastère devenu trop petit, Théodore et Platon se rendent à Constantinople où l’impératrice Irène leur donne le monastère désaffecté de Stoudios qui devient un centre monastique important. De là, Théodore anime un nombre impressionnant de moines, un millier environ, qui suivent le même mode de vie, repartis dans de petits monastères. En 802, Irène est renversée à son tour, et Théodore connaît de nouveau la prison avant d’être envoyé en exil.
En 811, à la mort de l’empereur, le pape intervient pour restaurer la paix.
2. La Crise Iconoclaste
En 813, Léon V l’Arménien s’engage dans une nouvelle lutte destructrice des icônes. Avec le patriarche Nicéphore, Théodore défend le culte des images. Il organise une procession où ses centaines de moines promènent et vénèrent les images. En riposte, les moines du Stoudios sont dispersés et Théodore exilé. Il anime la résistance qui lui vaut non seulement de subir l’emprisonnement mais encore la flagellation.
En 820, Léon l’Arménien est assassiné pendant l’office de Noël. Théodore rentre à Constantinople accueilli en martyr avec son frère Joseph.
S’opposant encore une fois au nouvel empereur Michel le Bègue qui veut convoquer un concile contradictoire sur les images saintes, alors que la question avait été tranchée au concile de 787, Théodore se voit refuser l’accès au Studios. Il reconstitue sa communauté à Crescens (Constantinople) puis à Prinkipo où il meurt probablement en 826.
Œuvres
Elles consistent essentiellement en des catéchèses lues à l’office de Prime adressées aux moines en vue de leur enseigner l’esprit monastique. En cela consiste la diaconie (service) de l’higoumène. Il n’y manque jamais car il sait que les divisions dans une communauté proviennent d’un manque de formation à la vie spirituelle, monastique. Elles constituent aussi la guidance de ses moines pendant la dispersion. Théodore y implique toute sa personnalité, tout l’amour qu’il leur porte comme à des enfants bien aimés. Homme de sagesse, il les met en garde contre les excès ascétiques.
Sa spiritualité
Il est le réformateur de la vie cénobitique (vie en communauté sous la dépendance d’un supérieur). Dans la vie monastique le moine est soumis à l’higoumène, la vie commune est le vrai martyre. « Malheur à celui qui vit seul », dit-il. Il est plus facilement la proie du démon. Le combat contre celui-ci se fortifie en communauté. La vie cénobitique est la réalisation du Royaume de Dieu, la réintégration dans le Paradis. Le Christ lui-même n’a pas embrassé la vie érémitique (vie dans la solitude) mais notre vie de subordination. Il insiste sur la diaconie (non choisie) de chacun au sein de la communauté comme lieu de sanctification. La particularité du moine se trouve dans le renoncement, dans une vie de dépendance et d’obéissance qui le met au service des autres. Aux moines qui récriminent, parce qu’ils sont pauvres à cause du grand nombre, Théodore rappelle qu’ils n’ont jamais manqué du nécessaire.
L’imitation du Christ, fondement de sa spiritualité, constitue, selon lui, une mystique nuptiale : Ouvre au Christ les portes de ton cœur, fais-le entrer, tiens-toi près de lui, habite avec lui, soupe avec lui.
L’essentiel est de prendre conscience de la philanthropie du Christ à notre égard et d’être enflammé d’amour pour lui. Notre âme ressemble à une jeune fille conduite au lit nuptial.
Cette imitation est cependant personnelle, à chacun selon son état. De toute façon, le moine imitera la douceur, la patience et les vertus du Christ ; il recevra les épreuves comme participation à sa passion. Ainsi le moine devient-il image de celui qu’il imite.
La confession de foi en faveur des icônes est capitale dans sa vie. C’était sa béatitude. Beaucoup sont morts pour les avoir défendues. Vouloir les supprimer serait nier l’incarnation du Christ.
Il aurait voulu vivre dans un monastère mais toujours il en a été chassé, séparé de ses moines. S’il insiste sur la joie d’être persécuté pour le Christ, c’est que lui-même l’a connue.
Valère De Pryck
Sources : Les Pères dans la Foi, Théodore Stoudite, petites catéchèses, Migne, 1993
R.P. Julien Leroy o.s.b., Théologie de la Vie mystique, XX Saint Théodore Studite, Aubier 1961
R.P. Bénédictins de Paris, Vies des Saints et Bienheureux, Letouzey et Ané, 1941
Posté le 23.09.2006 par orthodoxie
[
FONT=Times][SIZE=14]Le Prophète Joël
Fêté le 19 octobre
Yo’el signifie en hébreu Yahvé est Dieu. Comme pour beaucoup de prophètes, nous avons peu ou pas du tout de renseignements biographiques. Sur la datation de ce livre, les hypothèses courent du 4me au 9me siècle avant J.C. Cette incertitude pourrait bien être significative pour la compréhension du message de Joël. Sa parole, contrairement aux autres prophètes, ne semble pas s’insérer dans la vie du peuple élu à une période déterminée. Il n’est nullement certain que le prophète décrive des situations actuelles vécues par le peuple ou un fait concret dont il aurait lui-même été témoin On a plutôt l’impression que les sauterelles, l’incendie, Tyr, Sidon, l’Egypte et autres fléaux évoqués par le prophètes expriment un message supra-temporel : sans cesse, Israël – et chacun d’entre nous – est confronté à l’épreuve du mal et du péché. Le prophète réfléchit, de manière qui lui est personnelle, au combat spirituel qui se livre au sein du peuple comme dans nos vies entre ce que l’on pourrait appeler le péché et la grâce. Et par quels chemins humains cette dernière atteint le cœur humain.
Contenu du Livre de Joël
A travers une série d’oracles de malheur mais aussi de salut pour le peuple, d’oracles contre les nations ennemies et un oracle plein d’espérance pour Juda, le message de Joël se déploie en deux grands thèmes liés l’un à l’autre. Celui du dépouillement total de l’homme et le thème du Jour du Seigneur.
Ce dernier revient comme un refrain en chacun des quatre chapitres du livre. Ce jour est plus qu’un simple jour, il contient toute l’énergie de l’Amour de Yahvé, de son Amour blessé par le péché, de sa miséricorde qui fait grâce. Energie radicalement autre que le prophète ne peut décrire qu’à travers le langage emprunté aux catastrophes naturelles ou à une guerre (1,2-4.6-7) dont l’assaut anéantit toute vie (1,8-12) et qui condamne tout ce qui s’oppose à Yahvé (2,1 sq).
Pour le peuple ce Jour est synonyme de dépouillement total, intérieur et extérieur. Pour le décrire, Joël puise dans le langage des prophètes : essaims de sauterelles auxquels rien ne résiste. Désastre national, économique et religieux. Tout est dévasté, supprimé, dévoré devenu un désert, plus de joie (1, 5-20) – armée dévastatrice, feu dans les villes…
L’ordonnance même du culte est anéantie : plus d’offrandes possibles au Temple. Le lien avec le Seigneur semble rompu.
Dans les deux premiers chapitre (1,1-2,17), le prophète pousse un cri d’alarme et un appel pressant à la conversion : appel à la prière –criez vers Yahvé (1,14) – au jeûne, à la pénitence (1,13-14 ; 2,15-17) Conversion encore extérieure, ritualiste à laquelle il substitue la nécessité d’un retournement plus intérieur du cœur humain : Déchirez vos cœurs et non vos vêtements ((2,12-14)! Invoquez le nom du Seigneur (3,15). (Textes repris dans la liturgie du carême.)
Les deux derniers chapitres (2,18-4,21) disent la réponse du Seigneur. En effet, l’homme dépouillé de tout ne peut plus que s’en remettre au Seigneur, lui qui seul, fait grâce. Peut-être aura-t-il du regret et laissera-t-il après lui une bénédiction ? (2,14) Qui peut supporter le Jour de l’Eternel (2,11) ? Le peuple dont le cœur est repentant. Pour lui, Yahvé sera un refuge, une forteresse (4,16). Au milieu d’Israël (2,27), il le combe de biens matériels et de la joie du cœur (2,21-26) sur toute chair il répandra son Esprit (3,1sq). Notre petit monde intérieur et extérieur sera chamboulé, nous deviendrons prophètes du Royaume où les nations (symboles de la résistance à Dieu) seront vaincues et la Vie restaurée en plénitude (4,1-21), la merveilleuse abondance que procure la présence créatrice de Dieu. Mais l’essentiel est la certitude donnée au peuple irrévocablement lié à son Dieu de connaître le Seigneur, intimement (2,27 ; 4,17).
Pour ceux dont le cœur ne se sera pas retourné vers Yahvé, son Jour sera Jour de jugement (4,1-15).
A cause du passage (3,1-5), Joël est appelé le Prophète de la Pentecôte. Pierre fera référence à cet oracle, annonçant sa réalisation pour tous les croyants dans l’événement de la Pentecôte (Actes des Apôtres 2,17-21)
L’Esprit Saint opère en eux le dépouillement qui conduit à la conversion et la communion avec le Seigneur.
Notons que l’Apocalypse achève ce que Joël annonce de façon voilée. Le terme grec apokaluptein veut dire précisément lever le voile sur le Jour du Seigneur et son jugement. L’apparition du Seigneur à la fin des temps lève le voile. S’il vient avec les anges et les saints, ce n’est pas pour un jugement de condamnation, mais pour un jugement de salut. . Il comblera de bénédictions ceux qui auront mis en Lui leur foi, leur amour et leur espérance. Ainsi, la fin du livre de Joël se réalisera en plénitude pour tous ceux qui adhéreront au Seigneur ressuscité. Jean lève le voile sur ce qui était encore symbolique chez Joël. Dans le combat contre les forces du Mal et de la Mort, Dieu sort vainqueur. L’ennemi (la Bête) est vaincu et la Jérusalem céleste et messianique s’instaure. Remarquons un certain écho entre les paroles de Joël et celles de Jean. Vous saurez que je suis au milieu d’Israël, moi (Joël 2,27) et Il aura sa demeure avec eux ; ils seront son peuple, et lui, Dieu-avec-eux sera leur Dieu (Ap. 21,3) ; Une source jaillira de la maison de Yahvé (Joël 4,18) et Je lui donnerai de la source de Vie, gratuitement (Ap. 21,6). L’annonce du Jour du Seigneur selon Joël trouve son accomplissement dans le double cri d’amour de l’Eglise pécheresse, repentie et sanctifiée : Mon retour est proche. Oh oui, viens Seigneur Jésus ! (Ap. 22,20)
Valère De Pryck
Sr Myriam – Clarisse –Malonne
Sources : T.O.B., A.T., Introduction au Livre de Joël
Maxey Al, The Minor Prophets , Internet
Rossier H., Le Livre du Prophète Joël, Internet[/SIZE][/FONT]
Posté le 23.09.2006 par orthodoxie

[FONT=Times]Les Quarante Martyrs de Sébaste
Fêtés le 9 mars dans les Eglises d’Orient
Le 10 mars dans l’Eglise Latine
Les Quarante Martyrs sont 40 soldats d’une légion romaine stationnée à Sébaste (actuellement SIVAS en Cappadoce, province de Turquie). Issus de différentes nations, ils étaient tous chrétiens et attachés à leur foi.
En 320, par haine de son beau-frère, l’empereur Constantin (306-337), Licinius, empereur des Romains de 307 à 324 décrète que tout chrétien, doit quitter sa foi et le Christ, sous peine de mort. Agricola, alors gouverneur de Cappadoce, montra les lettres impériales aux soldats, leur ordonnant de sacrifier aux idoles. Ceux-ci refusèrent et déclarèrent d’une voix ferme et unanime : Nous sommes chrétiens ! Agricola usa cependant de subterfuges leur promettant gratifications et promotions. Rien ne les fit céder. Ils raffermirent leur foi, disant : Inutile de chercher par des promesses à nous faire déserter la cause du Dieu vivant : nous dédaignons vos présents…nous refusons vos honneurs…Tout ce que vous nous présentez ne vient que d’un monde périssable que nous dédaignons…nous sommes prêts à subir tout ce qu’il vous plaira de nous infliger.
Sur ces paroles, Agricola ordonna de déshabiller ces quarante soldats de tous leurs vêtements et de les exposer au grand air sur un étang glacé. Nous étions en plein hiver. Le lac de Sébaste était si glacé que les chars pouvaient le traverser, tant la glace était épaisse. La malice d’Agricola était telle qu’il fit installer un bain d’eau tiède avec ordre d’y plonger régulièrement ceux qui succombaient à la glaciation pour les réchauffer (ce qui est terriblement douloureux).
Les 40 soldats rendirent grâce à Dieu du dépouillement de leurs vêtements, symbole du péché, pour les faire entrer en possession du paradis. Rien d’étonnant à ce que le serviteur ne subisse le même sort que son Maître.
Un seul ne put supporter la violence du froid et se réfugia dans les bains préparés pour ceux qui apostasieraient…pour y trouver la mort aussitôt à cause du contraste de la température.
Vers la troisième heure de la nuit, une grande clarté parut dans le ciel ; des anges descendirent avec trente-neuf couronnes qu’ils posèrent sur la tête des trente-neuf soldats demeurés sur l’étang. Le gardien, placé non loin de l’étang pour les surveiller, vit qu’il restait une couronne. Ses yeux s’ouvrirent à la lumière de la foi, il crut en Jésus-Christ, quitta ses vêtements et alla rejoindre les quarante martyrs en disant : Je suis chrétien.
Le jour venu, Agricola ordonna de retirer les soldats de l’étang et de leur briser les jambes pour leur donner le coup de mort. Les martyrs répétaient la parole du psalmiste : Nous avons passé par l’eau et par le feu, Seigneur, vous nous avez retirés pour nous procurer le rafraîchissement. (Ps.65, 12) Le gouverneur donna l’ordre de les réduire en cendres pour les jeter dans le fleuve, afin qu’il ne reste aucune trace des victimes. Le plus jeune des quarante respirait encore ; il se nommait Méliton. Les bourreaux ne le placèrent pas dans le chariot dans l’espoir qu’il changeât peut-être de résolution. Sa mère qui assistait au spectacle, le prit elle-même, le plaça sur le chariot, l’accompagna jusqu’au bûcher, le visage plein d’allégresse et l’encouragea de ses paroles : Mon fils, achève avec tes compagnons le cours de ton martyre.
Leurs ossements furent jetés dans l’eau et recueillis par les fidèles. Les parcelles des reliques furent partagées, selon un usage fort répandu au IVme siècle. Une bonne partie semble être restée à Sébaste.
La fête des 40 martyrs se situe pendant le carême pour nous encourager à mener à bien le combat spirituel qui est le nôtre. Le martyrologe a transmis les 40 noms de ces martyrs parmi lesquels se trouvait Valère. Que ce saint patron nous inspire !
Saints Martyrs de Sébaste, priez pour nous !!!
Valère De Pryck
Sources : R.P. Bénédictins de Paris, Vies des Saints et Bienheureux, Letouzey et Ané, 1941
Abbé L. Jaud, Vies des Saints pour tous les jours de l’année, Tours, Mame, 1950[/FONT]
Posté le 23.09.2006 par orthodoxie

ROMANOS LE MELODE
Hymnographe byzantin (493-555/565 ?)
Fêté le 1er octobre
Romanos le Mélode, le mélodieux, l’orateur de Dieu (theorhetôr), le plus célèbre des poètes et hymnographes byzantins, issu d’une famille juive, naquit à Emèse (Homs) en Syrie vers la fin du 5me siècle. D’abord diacre de l’Eglise de la Résurrection à Béryte (Beyrouth) il vint ensuite à Constantinople au temps de l’empereur Anastase Ier (mort en 518). Il se retira à l’Eglise de la Très Sainte Mère de Dieu dans le quartier de Cyr où il reçut le charisme de la poésie sacrée. Ni lecteur ni chanteur talentueux, il lisait si mal que tous se moquaient de lui et qu’un autre lecteur devait prendre sa place, cela le démoralisa. Une nuit, veille de Noël alors qu’il priait devant l’icône de la Mère de Dieu il s’endormit. Dans son sommeil il eut en vision la Très Sainte qui lui remit un rouleau de papier en disant : « Prends-le et mange-le ». Le saint obéit et avala le papier. Il se réveilla aussitôt et dans l’étonnement de ce qui lui était arrivé il glorifia Dieu, monta sur l’ambon et commença son hymne : he parthenos semeron ton hyperousion tiktei. (En ce jour, la Vierge met au monde Celui qui est au dessus de toute essence - le Dieu transcendant-). Toute cette nuit-là, il chanta d’une voix admirable son premier et fameux kontakion. (1)
Les biographes de l’antiquité ont cru pouvoir affirmer qu’il aurait composé plus de mille poésies, mais nous ne connaissons que 89 hymnes qui lui soient attribuées et qui nous sont parvenues. Ses poèmes, écrits sur des rouleaux ou kontakia étaient conservés dans la même église de Cyr après sa mort. Celle-ci a dû avoir lieu entre 555 et 565, après la série de séismes (de 542 à 557), évoquée dans une de ses dernières hymnes. Il fut enseveli dans son église du quartier de Cyr, où l’on célébrait sa fête encore au 10me siècle. Elle est fixée traditionnellement au 1er octobre, jour probable de sa mort, en même temps que celle de la Protection de la Très Sainte Mère De Dieu.
Nous ne pouvons pas affirmer avec certitude que Romanos ait été le créateur du « kontakion », mais il en a été le grand promoteur et le plus brillant représentant. Pour lui, cette forme de poésie servait de prédication à l’occasion des fêtes de Notre Seigneur et des saints. Théologien engagé, il sut rendre vivant grâce à son art poétique ces différentes célébrations. Génie très prolixe, il développa une incroyable variété de thèmes dans une même pièce : l’exhortation, la narration, le dialogue, la description et la prière sous forme d’exultation dans la louange, la pénitence et la supplication. En même temps il y introduisit un dialogue pathétique et dramatique.
Il pourrait être l’auteur de l’hymne marial Acathiste, composée peut-être entre 500 et 520, donc au cours de sa vie.
Ce fait est admis comme probable selon un certain nombre de critiques, dont les plus récents. En effet, tout plaide en faveur de Mélode, tant le contenu que le style, la beauté et la variété de la forme. Il est intéressant d’en dire quelques mots, comme l’icône ci-dessus montre Romanos en train de chanter l’Hymne Acathiste devant le Vierge qui étend son maphorion (2) au-dessus de ceux qui prient.
L’Acathiste à la Mère de Dieu
L’Hymne Acathiste se chante debout par respect pour le mystère de l’incarnation que le chantre médite. Dieu se manifeste en Marie. La première réaction devant cette révélation n’est pas le discours mais le chant. Marie chante son Magnificat : le jaillissement de son cœur devant la merveille. Le Mélode contemplant toute la beauté de l’incarnation entonne l’Hymne à la Mère de Dieu en cette nuit de Noël, en glorifiant Dieu. Saint Paul aussi, dans ses épîtres, proclame : « Béni soit le Père de Notre Seigneur Jésus Christ », de même tout l’Acathiste commence inlassablement par « Réjouis-toi ». Emerveillement de la foi. Ecoutons avec ferveur cette beauté chantée par Romanos le Mélode :
Réjouis-toi en qui resplendit la joie du salut
Réjouis-toi tu nous mènes à la confiance dans le silence
Réjouis-toi en qui nous accédons à la plénitude du Mystère de Dieu
Réjouis-toi tu conduis les croyants à l’intimité avec l’Epoux.
Réjouis-toi épouse inépousée.
(1) kontakion : prédication en vers dans des strophes sans rimes mais qui doivent répondre à des règles métriques très strictes
(2) maphorion : voile qui couvre la tête et drape le corps, porté par la Mère de Dieu et de nombreuses saintes
Valère De Pryck
Sources : Dictionnaire de Spiritualité, Beauchesne, Paris, 1981
Bibliotheca Sanctorum, Instituto Giovanni XXIII della Pontificia Università Lateranense
Kirchenlexicon, Vertrag Traugott Bautz – Herzberg
Dictionnaire de Théologie Catholique, Libr. Letouzay et Ané, 1937
CD – Hymne Acathiste à la Mère de Dieu – Foyer de Charité - Ottrott en Alsace
Posté le 23.09.2006 par orthodoxie

Saint Justin Martyr
(100-165)
Fêté le 1 juin
Saint Justin, appelé « le philosophe », est né à Naplouse, l’ancienne Sichem. Il appartenait à une famille grecque païenne et fut élevé par son père Priscus dans le polythéisme. Son instruction par les diverses philosophies qui avaient cours à l’époque fut assez exhaustive. Après avoir été disciple de Zénon, Aristote, et Pythagore, il fut séduit par les platoniciens. Mais ces philosophies ne comblaient pas sa recherche profonde. Un ardent désir de connaître Dieu et la vérité le tenaillait.
Il fut fort ému par le témoignage et l’héroïsme des chrétiens qui subirent le martyre. La paix rayonnante de leurs visages l’impressionna beaucoup.
Un jour, à l’occasion d’une promenade au bord de la mer, il rencontra un saint vieillard à qui il révéla son désir de rencontrer Dieu. Après avoir écouté son cheminement à travers les philosophies, ce vieillard lui répondit qu’aucune ne parviendrait à le combler, car, selon Saint Paul : « la sagesse du monde n’a pas connu Dieu ». (1 Cor.1, 21) Le vieillard lui conseilla vivement de lire avec grande attention les écrits des prophètes et les Evangiles. Ces lectures lui firent une forte impression et, un jour, à Ephèse, il se convertit et se fit baptiser. C’était vers 130.
Il se consacra alors à la propagation de la foi tout en restant philosophe. Ainsi il confronta les empereurs romains, le sénat et le peuple dans deux apologies. (Défenses de la foi). Il écrivit plusieurs ouvrages dont il ne subsiste que quelques vestiges.
Il parcourut ensuite l’Egypte et l’Asie, prêchant la doctrine du Christ et la présentant comme la seule, conforme à la raison.
Il finit par se fixer à Rome, cherchant à faire connaître la vérité à tous les philosophes. Là, il s’opposa à un certain Crescent, célèbre philosophe cynique, ennemi des chrétiens. A l’époque, être chrétien était passible de la peine de mort. Dans une discussion ouverte, Justin réduisit ce Crescent au silence. Se sentant humilié, Crescent dénonça, à ce qu’on croit, Justin auprès du préfet romain Rusticus. Celui-ci intima Justin et six autres chrétiens, ses compagnons et disciples, de sacrifier aux idoles, ce qui était obligatoire dans l’Empire Romain. S’ils refusaient, ils seraient condamnés sans merci. Tous refusèrent d’obéir à Rusticus et confessèrent leur foi en Jésus Christ. Les six compagnons du martyr corroborèrent les paroles de Justin disant : « Je ne désire souffrir que pour le nom de Jésus, mon Sauveur, devant le tribunal duquel je comparaîtrai avec confiance. Sachez que le monde entier doit comparaître devant Lui un jour ».
Au préfet qui lui demandait : « Tu crois donc aller au ciel ? » Sa réponse, sans la moindre ambiguïté fusa: « Non seulement je le crois, mais je le sais et j’en ai l’entière certitude ».
Le préfet décréta alors que Justin et ses compagnons soient battus de verges et décapités. Louant Dieu, tous eurent la tête tranchée, confiants d’aller droit au ciel.
Justin fut un confesseur de la foi. Il ne fut pas prêtre mais demeura philosophe. Il n’écrivit aucun traité sur la prière mais affirma avec conviction sa foi en Celui qu’il a rencontré par grâce.
Valère De Pryck
Sources : Paul Monceau, La vraie légende dorée, Editions Payot, Paris 1928
Sylvain J.G. SANCHEZ, Portrait de Justin Martyr, ©La Revue Réformée (Internet)
Posté le 23.09.2006 par orthodoxie

Nil de la Sor(n)a – 1433-1508
Fêté le 7 mai
Nil Sorskij de son vrai nom Nil Maikov propagea en Russie la grande tradition de l'hésychasme. Il était de Moscou et vécut à une période où se décida l’avenir de la Russie et de l’Eglise Orthodoxe. Contrairement à Joseph de Volokolamsk il ne s’engagea pas sur la voie politique et religieuse de « Moscou, troisième Rome », thème ambigu, il est vrai. Homme de prière, il se tint à l’écart de cette utopie. Il se fit moine au monastère Saint Cyrille du Lac-Blanc, fondé par Cyrille de Bielozersk. Pour son profit spirituel, il partit en pèlerinage jusqu'à Constantinople, de monastère en monastère et vécut même au Mont Athos où il apprit le grec et médita en profondeur les écrits des Pères sur la garde de l'intellect et la prière du coeur. Il aspira à découvrir le secret de la véritable vie en Christ par l’Esprit Saint, but de toute existence chrétienne. Il revint au Lac Blanc mais il fut écœuré par le bruit et l’agitation d’une communauté nombreuse aux préoccupations mondaines qu’il retrouva à son retour. Il se retira dans un bas-fond marécageux traversé par la rivière Sor(k)a et y fonda un skit* composé au maximum de douze compagnons. Il y construisit une église en bois dont l’intérieur était également simple et pauvre.
Toute la vie des moines du skit fut immergée dans l’invocation du Nom de Jésus tout en accomplissant les tâches nécessaires à leur subsistance. Il fut parfois invité à un synode où se traitait une affaire brûlante. Il sut y faire preuve de fermeté et de discrétion. Sa douceur inflexible lui donna une grande liberté intérieure qu’il manifesta en paroles ou par son silence.
Son témoignage spirituel
Humble et menant une vie ascétique, il rédigea un "typikon"* sur les modes de vie des moines, en particulier la suppression de leurs grandes propriétés, malgré l'opposition de saint Joseph de Volokolamsk. Un aspect essentiel de l’Evangile est le témoignage de la pauvreté. C’est pourquoi il s’opposa à l’enrichissement des monastères (par des donations pieuses e.a. et la possession de villages entiers) et fut, comme François d’Assise deux siècles plus tôt, un amant de la pauvreté dans le domaine de la vie monastique. Ce serait trahir l’essence de l’évangile que de céder à la tentation de l’enrichissement et de la puissance.
Certains voulurent faire subir aux hérétiques de l’époque les méthodes de l’Inquisition espagnole. Nil, au nom de Christ miséricordieux s’y opposa et réprouva toute cruauté.
Refusant d'entrer dans une querelle pénible, il fut désapprouvé au synode de Moscou en 1503 et les théories de Joseph concernant les possessions monastiques l’emportèrent. Il se retira dans l'hésycha, se réconcilia par la suite avec saint Joseph de Volokomansk et s'endormit en paix dans son skite de la Sora le 7 mai 1508. Alors que Joseph, canonisé 3 fois au XVIme siècle est oublié aujourd’hui, Nil, seulement inscrit dans le calendrier ecclésiastique officiel en 1903 apparaît de plus en plus rayonnant et lumineux.
Nil vécut dans un ermitage du Nord dans des relations de frère avec les moines. A travers les courants multiples de la tradition, il défendait la possibilité d’un certain choix en fonction du tempérament et du degré de compréhension spirituelle de chacun. Il ne voulut pas couler tout le monde dans le même moule. C’était sagesse, tout en voulant conduire chacun à la vie d’union mystique avec Jésus-Christ, don de l’Esprit, mais avec prudence et progressivement. Il n’y a pas de tension dans sa vision de la vie spirituelle. Erudit raffiné, il sut garder la mesure dans ce domaine. Ainsi il choisit la vie en skite, voie moyenne entre l’isolement de l’anachorète avec les tentations de la solitude et la vie en grande communauté.
Pour arriver à la prière pure, il faut écarter toute pensée étrangère à Dieu, les représentations sensibles et seulement répéter : « Seigneur, Jésus-Christ, aie pitié de moi, pécheur ». C’est « la garde du cœur. »
Pour servir ses frères il leur révèle le secret de sa vie spirituelle en se référant à l’expérience de Saint Syméon le Nouveau Théologien. Ceci par esprit d’humilité pour ne pas se mettre en évidence.
En résume, la vie spirituelle se déroule dans la paix, sans tension, mais avec l’accompagnement d’un père choisi librement comme conseiller. « Un seul est notre maître, Notre Seigneur Jésus-Christ », écrira-t-il. Lui-même n’a que des paroles de consolation et de tendresse. Il ne réprimande personne.
Les laïcs trouveront un guide sûr avec des conseils adaptables à leur situation.
• Skit : habitation monastique ou groupe d’habitations occupées par un ou quelques moines
• *Typicon : livre qui expose comment célébrer les différents offices
Valère De Pryck
Sources : Dictionnaire de Spiritualité, Beauchesne, Paris, 1981
Elisabeth BEHR-SIGEL, Prière et Sainteté dans l’Eglise Russe, Spiritualité Orientale n° 33, p. 82-97, Ed. Bellefontaine
Eglise orthodoxe française, site Internet
Posté le 23.09.2006 par orthodoxie

Saint Ignace Briantchaninov (1807 – 1867)
Evêque de Stavropol
Fêté le 30 avril
Très jeune, il lit les Pères du Désert ; la paix et le calme habitent alors son cœur. D'origine noble, doué d’une intelligence exceptionnelle, Ignace entre dans l’armée et y fait des études d’ingénieur, puis obtient la permission de l’empereur Nicolas Ier, son ami qui l’apprécie, de se retirer dans un monastère. Pour lui, le moine est une lumière pour ses frères dans le monde. Nommé évêque du Caucase et de la Mer Noire, il reste moine, vivant la simplicité et la charité évangéliques. Malgré ses nombreuses maladies, il est nommé supérieur de Monastère, restaure les bâtiments et rétablit la stricte discipline avec la digne célébration de la Liturgie. Un flot de nouveaux moines afflue qu’il guide doué de remarquables qualités spirituelles.
Il devient conseiller spirituel d’un grand nombre de fidèles et il entretient une volumineuse correspondance avec des personnes de toute la Russie qui cherchent conseil auprès de lui.
Il meurt le 30 avril 1867 après s’être retiré dans un monastère en 1861 atteint d’une nouvelle maladie. Pendant cette période il écrit ses oeuvres et guide spirituellement les moines.
Approches de la prière de Jésus selon l’Evêque Ignace Briantchaninov
On parvient à entrer dans la vie spirituelle par la victoire sur les passions qu’il faut commencer par reconnaître en soi. Il faut à tout prix s’abstenir de juger les autres.
L’attention doit accompagner la prière. Celui qui repousse toute forme de vagabondage mental (distractions) voit naître la cellule intérieure de son cœur. Un silence inhabituel commence à se faire en lui. La nuit convient particulièrement bien à la pratique de la Prière de Jésus grâce au silence et à l’obscurité.
Lorsqu’en pratiquant la Prière de Jésus, nous constatons en nous une agitation inhabituelle et un bouillonnement des passions, ne nous laissons pas vaincre à cause de cela par l’acédie (état de négligence intérieure, de découragement ou de perte de l’élan pour les choses spirituelles, d’où la recherche du « divertissement ») et la perplexité. Au contraire, reprenons courage et préparons-nous à l’effort spirituel, à l’invocation très attentive du Nom de Jésus, car en réalité nous avons réçu le signe évident que la prière de Jésus a commencé à produire ses effets. La Prière de Jésus agit par degrés successifs. Au début elle peut paraître aride, comme si on rentre dans des ténèbres impénétrables. On rencontre la dureté et l’insensibilité du cœur. Nous ne devons pas oublier que la vraie prière est un don de Dieu. Toute présomption sera marquée du sceau de l’exclusion. La lecture de la Bible est capitale.
Sources : Briantchaninov, Ignace (Saint), Approches de la prière de Jésus. Bellefontaine, 1983. Réflexions et conseils sur la prière du coeur par un grand spirituel et starets russe du XIXe siècle.
Valère De Pryck
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