Sainte Mère Marie Skobtsov
Posté le 22.09.2006 par orthodoxie

Sainte Mère Marie Skobtsov
Fêtée le 31 mars (mort) et 20 juillet (canonisation)
Riga 1891 - Ravensbrück 1945
Sa vie
Mère Marie, née Elisabeth Pilenko, naquit à Riga en 1891, à la fin de la monarchie russe, dans une famille issue de la noblesse cosaque. Instruite et cultivée, elle fut une habituée des salons littéraires de Saint Pétersbourg et la première femme autorisée à suivre des cours à l’Académie théologique de cette ville. Membre actif du parti socialiste-révolutionnaire, elle devint maire de la ville d’Anapa sur la Mer Noire juste après la révolution bolchevique et fut menacée de mort par les bolcheviques comme par les « Blancs » (antirévolutionnaires).
Sa vie sentimentale a été assez chaotique. A l’âge de 19 ans elle se maria une première fois avec Dimitri Kouzmine-Karavaïev pour lui donner une discipline de travail et le sauver. Elle divorça, et son mari émigré en France devint jésuite. Elle eut ensuite une liaison avec un inconnu pour nous. Son premier enfant, Gaïana, naquit de cette union, en 1913. En 1918 elle se remaria et eut deux enfants, Iouri et Anastasia. Elle doit son nom Skobtsov à son second mari, dont elle se sépara amicalement en 1926, année où sa fille Anastasia meurt. En 1936, Gaïana meurt aussi. Par la suite, Mère Marie trouva tout son sens dans le second commandement de l’évangile, l’amour du prochain. Son fils Iouri, devenu devenu sous-diacre, souhaitait recevoir la prêtrise. Déporté au camp de Dora (Buchenwald), il y mourut le 6 février 1944. Il sera canonisé avec sa mère. Avec l’accord de son ex-mari et de son évêque, elle revêtit la robe monastique en 1932.
Sa spiritualité
« Le sacrement du frère » devint le leitmotiv de sa vie, se référant au discours eschatologique de Jésus sur le Jugement dernier où il affirme s’identifier à chaque malheureux.
Sa vie peut paraître n’avoir été qu’un long scandale et sa canonisation par le patriarcat œcuménique de Constantinople, en 2004, pourraient en avoir surpris plus d’un. Mais près de la croix du Christ, n’y eut-il pas le bon larron entré avec lui au ciel, après s’être repenti ? Lors de sa prise d’habit, le Métropolite Euloge lui imposa le nom et le patronage de Marie l’Egyptienne, qui fit pénitence le reste de sa vie au désert. Mgr Euloge, quant à lui, enjoignit à Mère Marie d’aller vivre « le monachisme dans la cité, dans le désert des cœurs humains ». Marie n’ayant rien perdu de sa sensibilité révolutionnaire, son monachisme allait être d’un style tout à fait nouveau, incarné dans l’Evangile. Elle se reconnaissait peu dans la vieille forme traditionnelle du monachisme orthodoxe qui avait tendance à se refermer sur la beauté de la liturgie. Elle rêvait d’un monachisme évangélique et prophétique. Dans les circonstances d’alors, il s’agissait d’un monachisme créatif intégré dans la cité, auquel elle adapta les vœux monastiques. En 1923, avec l’émigration, après des errances à travers différents pays de l’Est et à Constantinople, elle arriva à Paris où elle fonda, au 77 rue de Lourmel, un centre d’accueil et un foyer pour personnes sans domicile fixe. C’était cela « le monachisme dans la cité, dans le désert des cœurs humains ». Elle y accueillit, corps et âme, des immigrés russes affamés, des prostituées, des alcooliques, des sans-abri, des pauvres, etc.…qu’elle consola en les berçant dans leur détresse. En pleine guerre mondiale, elle donna refuge aux Juifs persécutés en France. C’est ainsi que la Gestapo l’arrêta en février 1943. Elle fut déportée au camp de concentration de Ravensbrück où elle mourut, épuisée, en remplaçant – pense-t-on, une autre détenue le vendredi saint pour être brûlée dans les chambres à gaz, le samedi saint. Elle a suivi son Maître jusqu’au Golgotha.
Ainsi Mère Marie a bien sa place dans la grande tradition orthodoxe, celle de l’amour du prochain vécu et souffert jusqu’à la folie en Christ. La vieille tradition orthodoxe a réalisé le premier commandement de l’amour de Dieu, tout en accueillant beaucoup de pauvres dans l’hôpital et l’hôtellerie adjacents aux monastères. En ces temps troublés, Dieu envoya Mère Marie vivre le second commandement de l’amour du prochain, celui que le Christ vécut tout au long de l’évangile, n’ignorant pas le premier. La spiritualité de Mère Marie était celle d’une Eglise dans le monde, sécularisée, d’un culte qui se réalise à travers la vie sociale qu’elle transforme en offrande. Elle évitait toute structure paralysante du passé, quelle que soit sa valeur, pour répondre aux « signes des temps » et allers Celui qui vient. Comme le Seigneur Jésus, elle s’est donnée sans limites pour soulager la souffrance.
Mère Marie était aussi poète, iconographe et artiste. Elle a, soit peinte, soit dessinée, au camp de Ravensbrück, une icône représentant le Christ déjà crucifié dans les bras de Marie. Nous pouvons y lire tout le sens de sa vie spirituelle.
Valère De Pryck
Sources
Mère Marie Skobtsov, Le Sacrement du Frère, Cerf/Le Sel de la Terre, 2001
Paul Ladouceur, Le Désert dans la Cité – Vers de Nouvelles formes de monachisme (encore inédit)
Lumière du Thabor n° 18, juin 2004, L’Originalité de la sainteté, Réflexions sur Sainte Marie Skobtsov
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