Saint Jean Cassien
Posté le 23.09.2006 par orthodoxie

Jean Cassien
Fêté le 29 février en Orient
Le 23 juillet à Marseille avec octave
St Jean Cassien est né en Roumanie sur le bord de la Mer Noire vers 360. Très jeune il fréquente les monastères de la vallée de Roumanie où habite sa famille, puis il part vers un monastère à Bethléem. Il réside ensuite pendant plusieurs décennies en Egypte où, dans le désert de Skété et parmi les anachorètes de la Thébaïde, avec son ami Germain, il visite de nombreux abbés dont il recueille les enseignements. Cassien rejoint St Jean Chrysostome à Constantinople. Il y est ordonné diacre, il fait un long séjour à Rome où il aurait été élevé au sacerdoce. A Rome, il a pour ami le futur pape St Léon le Grand, puis il s’établit définitivement à Marseille où il mourra le 28 février 435. Il y fonde deux communautés monastiques, l’une pour hommes, l’Abbaye St Victor, une autre pour femmes. D’après certaines sources, cinq mille moines y auraient vécu selon sa discipline. Il est souvent appelé l’organisateur du monachisme en Occident. Saint Benoît et Saint Thomas d’Acquin l’ont lu et recommandé.
Cassien a écrit, en douze livres, un traité sur les Instituts Cénobitiques et les remèdes contre les huit vices, ainsi que vingt-quatre conférences (Collationes) qui relatent les souvenirs de son séjour en Egypte et ses entretiens avec les pères du désert.
Sa doctrine spirituelle
La fin à atteindre est le Royaume de Dieu, la vie éternelle. Le but à poursuivre : la pureté du cœur par les béatitudes, éviter tout mouvement des passions. Le coeur est ce sanctuaire intime qu’il faut protéger contre tous les vices. Par le silence des appétits sensibles, Cassien enseigne comment harmoniser la sensibilité. La vie éternelle consiste à contempler au moyen des Ecritures, afin de porter nos regards vers la demeure où nous habiterons éternellement. Dans sa prière, l’Esprit Saint enflamme son cœur. Dans sa contemplation il goûte une allégresse et une joie ineffables et un flot de lumières divines, inexprimables en paroles, l’inonde. Son âme est ravie, inondée des parfums célestes et transportée hors d’elle-même. C’est le paradis retrouvé, le choix de la vie à laquelle il aspire dès ici-bas.
Jean Cassien est un guide prudent et avisé. Une grande discrétion s’impose car tout excès vient du mauvais. Par conséquent la guidance d’un ancien est essentielle pour ne pas se fier à son propre jugement.
Commentaire du Notre Père
Jean Cassien est connu pour son commentaire du Notre Père. Nous épinglerons brièvement quelques points qu’il souligne.
Notre Père : mots d’une tendresse de piété toute particulière, regard sur Dieu seul, un grand feu d’amour. (En arabe l’exclamation est pleine d’admiration : « Oh, le Père ! ». En araméen, «Abba » signifie «papa » en langage enfantin)
Qui es aux cieux : nous rappelle qu’ici nous sommes en terre d’exil.
Ton nom : ta gloire est tout notre désir. Que nous méritions de connaître, de comprendre la grandeur de ta sainteté pour qu’elle éclate en notre vie toute spirituelle !
Ton règne : qu’il vienne dans l’âme des saints lorsque le diable étant chassé, la bonne odeur des vertus s’y répande ! Nous avons le regard fixé sur la venue du Royaume.
Ta volonté : comme les anges au ciel réalisent ta volonté, de même que tous les hommes soient sauvés par la connaissance de ton nom !
Notre pain : il s’agit du pain «epiousios » supersubstantiel. Il est «quotidien », nous en avons besoin «aujourd’hui » comme de la manne au désert. C’est le pain qui fortifie le cœur de l’homme intérieur.
Nos dettes : « comme nous avons déjà pardonné. » Notre propre indulgence contraint (le mot est de Cassien) Dieu au pardon. Nous demandons à Dieu d’être traités comme nous avons traité ceux qui ont des torts envers nous. C’est nous qui fixons la mesure du pardon au Père. « Un jugement sans miséricorde attend celui qui n’aura pas fait miséricorde. » (Jac. 2,13))
La tentation : La traduction actuelle pose un problème. La tentation est une épreuve salutaire, (Sir.34, 10 ; Jac.1, 12) mais Dieu lui-même ne tente personne. La tentation vient du mauvais, du diable, celui qui sépare. Etre induit en tentation serait donner notre assentiment au tentateur. Une meilleure traduction selon Jean Cassien serait : « Ne permets pas que tentés, nous soyons vaincus ».
Délivre-nous : c.-à-d. ne permets pas que nous soyons tentés par le diable au-delà de notre pouvoir, ménage-nous le moyen d’en sortir victorieux.
Toutes ces demandes parlent d’éternité et «ce serait bassesse d’âme de solliciter des biens transitoires et périssables. » (Jean Cassien.)
C’était la prière de Jésus dans la solitude de la montagne et lors de son agonie. Puisse-t-elle devenir la nôtre chaque jour !
Valère De Pryck
Sources :
Cassien J. Conférences, Editions du Cerf, 1958
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