Saint Nil de la Sora
Posté le 23.09.2006 par orthodoxie

Nil de la Sor(n)a – 1433-1508
Fêté le 7 mai
Nil Sorskij de son vrai nom Nil Maikov propagea en Russie la grande tradition de l'hésychasme. Il était de Moscou et vécut à une période où se décida l’avenir de la Russie et de l’Eglise Orthodoxe. Contrairement à Joseph de Volokolamsk il ne s’engagea pas sur la voie politique et religieuse de « Moscou, troisième Rome », thème ambigu, il est vrai. Homme de prière, il se tint à l’écart de cette utopie. Il se fit moine au monastère Saint Cyrille du Lac-Blanc, fondé par Cyrille de Bielozersk. Pour son profit spirituel, il partit en pèlerinage jusqu'à Constantinople, de monastère en monastère et vécut même au Mont Athos où il apprit le grec et médita en profondeur les écrits des Pères sur la garde de l'intellect et la prière du coeur. Il aspira à découvrir le secret de la véritable vie en Christ par l’Esprit Saint, but de toute existence chrétienne. Il revint au Lac Blanc mais il fut écœuré par le bruit et l’agitation d’une communauté nombreuse aux préoccupations mondaines qu’il retrouva à son retour. Il se retira dans un bas-fond marécageux traversé par la rivière Sor(k)a et y fonda un skit* composé au maximum de douze compagnons. Il y construisit une église en bois dont l’intérieur était également simple et pauvre.
Toute la vie des moines du skit fut immergée dans l’invocation du Nom de Jésus tout en accomplissant les tâches nécessaires à leur subsistance. Il fut parfois invité à un synode où se traitait une affaire brûlante. Il sut y faire preuve de fermeté et de discrétion. Sa douceur inflexible lui donna une grande liberté intérieure qu’il manifesta en paroles ou par son silence.
Son témoignage spirituel
Humble et menant une vie ascétique, il rédigea un "typikon"* sur les modes de vie des moines, en particulier la suppression de leurs grandes propriétés, malgré l'opposition de saint Joseph de Volokolamsk. Un aspect essentiel de l’Evangile est le témoignage de la pauvreté. C’est pourquoi il s’opposa à l’enrichissement des monastères (par des donations pieuses e.a. et la possession de villages entiers) et fut, comme François d’Assise deux siècles plus tôt, un amant de la pauvreté dans le domaine de la vie monastique. Ce serait trahir l’essence de l’évangile que de céder à la tentation de l’enrichissement et de la puissance.
Certains voulurent faire subir aux hérétiques de l’époque les méthodes de l’Inquisition espagnole. Nil, au nom de Christ miséricordieux s’y opposa et réprouva toute cruauté.
Refusant d'entrer dans une querelle pénible, il fut désapprouvé au synode de Moscou en 1503 et les théories de Joseph concernant les possessions monastiques l’emportèrent. Il se retira dans l'hésycha, se réconcilia par la suite avec saint Joseph de Volokomansk et s'endormit en paix dans son skite de la Sora le 7 mai 1508. Alors que Joseph, canonisé 3 fois au XVIme siècle est oublié aujourd’hui, Nil, seulement inscrit dans le calendrier ecclésiastique officiel en 1903 apparaît de plus en plus rayonnant et lumineux.
Nil vécut dans un ermitage du Nord dans des relations de frère avec les moines. A travers les courants multiples de la tradition, il défendait la possibilité d’un certain choix en fonction du tempérament et du degré de compréhension spirituelle de chacun. Il ne voulut pas couler tout le monde dans le même moule. C’était sagesse, tout en voulant conduire chacun à la vie d’union mystique avec Jésus-Christ, don de l’Esprit, mais avec prudence et progressivement. Il n’y a pas de tension dans sa vision de la vie spirituelle. Erudit raffiné, il sut garder la mesure dans ce domaine. Ainsi il choisit la vie en skite, voie moyenne entre l’isolement de l’anachorète avec les tentations de la solitude et la vie en grande communauté.
Pour arriver à la prière pure, il faut écarter toute pensée étrangère à Dieu, les représentations sensibles et seulement répéter : « Seigneur, Jésus-Christ, aie pitié de moi, pécheur ». C’est « la garde du cœur. »
Pour servir ses frères il leur révèle le secret de sa vie spirituelle en se référant à l’expérience de Saint Syméon le Nouveau Théologien. Ceci par esprit d’humilité pour ne pas se mettre en évidence.
En résume, la vie spirituelle se déroule dans la paix, sans tension, mais avec l’accompagnement d’un père choisi librement comme conseiller. « Un seul est notre maître, Notre Seigneur Jésus-Christ », écrira-t-il. Lui-même n’a que des paroles de consolation et de tendresse. Il ne réprimande personne.
Les laïcs trouveront un guide sûr avec des conseils adaptables à leur situation.
• Skit : habitation monastique ou groupe d’habitations occupées par un ou quelques moines
• *Typicon : livre qui expose comment célébrer les différents offices
Valère De Pryck
Sources : Dictionnaire de Spiritualité, Beauchesne, Paris, 1981
Elisabeth BEHR-SIGEL, Prière et Sainteté dans l’Eglise Russe, Spiritualité Orientale n° 33, p. 82-97, Ed. Bellefontaine
Eglise orthodoxe française, site Internet
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