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Saints Byzantins, Orthodoxes e.a.présentés par Valère De Pryck, laïc valere.depryck@scarlet.be
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20.09.2006
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Saint Jean Cassien

Posté le 23.09.2006 par orthodoxie

Jean Cassien
Fêté le 29 février en Orient
Le 23 juillet à Marseille avec octave

St Jean Cassien est né en Roumanie sur le bord de la Mer Noire vers 360. Très jeune il fréquente les monastères de la vallée de Roumanie où habite sa famille, puis il part vers un monastère à Bethléem. Il réside ensuite pendant plusieurs décennies en Egypte où, dans le désert de Skété et parmi les anachorètes de la Thébaïde, avec son ami Germain, il visite de nombreux abbés dont il recueille les enseignements. Cassien rejoint St Jean Chrysostome à Constantinople. Il y est ordonné diacre, il fait un long séjour à Rome où il aurait été élevé au sacerdoce. A Rome, il a pour ami le futur pape St Léon le Grand, puis il s’établit définitivement à Marseille où il mourra le 28 février 435. Il y fonde deux communautés monastiques, l’une pour hommes, l’Abbaye St Victor, une autre pour femmes. D’après certaines sources, cinq mille moines y auraient vécu selon sa discipline. Il est souvent appelé l’organisateur du monachisme en Occident. Saint Benoît et Saint Thomas d’Acquin l’ont lu et recommandé.
Cassien a écrit, en douze livres, un traité sur les Instituts Cénobitiques et les remèdes contre les huit vices, ainsi que vingt-quatre conférences (Collationes) qui relatent les souvenirs de son séjour en Egypte et ses entretiens avec les pères du désert.

Sa doctrine spirituelle
La fin à atteindre est le Royaume de Dieu, la vie éternelle. Le but à poursuivre : la pureté du cœur par les béatitudes, éviter tout mouvement des passions. Le coeur est ce sanctuaire intime qu’il faut protéger contre tous les vices. Par le silence des appétits sensibles, Cassien enseigne comment harmoniser la sensibilité. La vie éternelle consiste à contempler au moyen des Ecritures, afin de porter nos regards vers la demeure où nous habiterons éternellement. Dans sa prière, l’Esprit Saint enflamme son cœur. Dans sa contemplation il goûte une allégresse et une joie ineffables et un flot de lumières divines, inexprimables en paroles, l’inonde. Son âme est ravie, inondée des parfums célestes et transportée hors d’elle-même. C’est le paradis retrouvé, le choix de la vie à laquelle il aspire dès ici-bas.
Jean Cassien est un guide prudent et avisé. Une grande discrétion s’impose car tout excès vient du mauvais. Par conséquent la guidance d’un ancien est essentielle pour ne pas se fier à son propre jugement.

Commentaire du Notre Père
Jean Cassien est connu pour son commentaire du Notre Père. Nous épinglerons brièvement quelques points qu’il souligne.
Notre Père : mots d’une tendresse de piété toute particulière, regard sur Dieu seul, un grand feu d’amour. (En arabe l’exclamation est pleine d’admiration : « Oh, le Père ! ». En araméen, «Abba » signifie «papa » en langage enfantin)
Qui es aux cieux : nous rappelle qu’ici nous sommes en terre d’exil.
Ton nom : ta gloire est tout notre désir. Que nous méritions de connaître, de comprendre la grandeur de ta sainteté pour qu’elle éclate en notre vie toute spirituelle !
Ton règne : qu’il vienne dans l’âme des saints lorsque le diable étant chassé, la bonne odeur des vertus s’y répande ! Nous avons le regard fixé sur la venue du Royaume.
Ta volonté : comme les anges au ciel réalisent ta volonté, de même que tous les hommes soient sauvés par la connaissance de ton nom !
Notre pain : il s’agit du pain «epiousios » supersubstantiel. Il est «quotidien », nous en avons besoin «aujourd’hui » comme de la manne au désert. C’est le pain qui fortifie le cœur de l’homme intérieur.
Nos dettes : « comme nous avons déjà pardonné. » Notre propre indulgence contraint (le mot est de Cassien) Dieu au pardon. Nous demandons à Dieu d’être traités comme nous avons traité ceux qui ont des torts envers nous. C’est nous qui fixons la mesure du pardon au Père. « Un jugement sans miséricorde attend celui qui n’aura pas fait miséricorde. » (Jac. 2,13))
La tentation : La traduction actuelle pose un problème. La tentation est une épreuve salutaire, (Sir.34, 10 ; Jac.1, 12) mais Dieu lui-même ne tente personne. La tentation vient du mauvais, du diable, celui qui sépare. Etre induit en tentation serait donner notre assentiment au tentateur. Une meilleure traduction selon Jean Cassien serait : « Ne permets pas que tentés, nous soyons vaincus ».
Délivre-nous : c.-à-d. ne permets pas que nous soyons tentés par le diable au-delà de notre pouvoir, ménage-nous le moyen d’en sortir victorieux.

Toutes ces demandes parlent d’éternité et «ce serait bassesse d’âme de solliciter des biens transitoires et périssables. » (Jean Cassien.)
C’était la prière de Jésus dans la solitude de la montagne et lors de son agonie. Puisse-t-elle devenir la nôtre chaque jour !
Valère De Pryck
Sources :
Cassien J. Conférences, Editions du Cerf, 1958

Saint Prophète Elisée

Posté le 23.09.2006 par orthodoxie
PROPHETE ELISEE
Fêté le 14 juin

« Raconte-moi donc tout ce qu’Èlisha a fait de grand » (2R. 8,4)


Elisée, son nom signifie «Dieu est salut », appartient à la lignée des grands prophètes comme Moïse et Elie. Il était fils d’un riche cultivateur d’Abel-Mehola dans la vallée du Jourdain. De même que les disciples recevront l’Esprit de Jésus à la Pentecôte, de même Elisée reçoit l’esprit d’Elie avant qu’il ne s’élève dans son char de feu. Elisée lui demanda de lui léguer une double part de son esprit prophétique, dont le manteau est l’instrument et le symbole pour le service ici-bas. A partir de ce moment notre prophète ne possède plus rien que Dieu. Et il trouva en Dieu de quoi satisfaire à tous les besoins d’autrui. L’énergie de Dieu était avec lui. Ainsi il accomplit son ministère pendant environ 50 ans de 850 à 800 av. J.C.
Nous voyons le lien entre Elisée et Jésus. L’Esprit de Dieu était en lui «puissance » qui renversait les lois naturelles pour ceux qui croyaient au vrai Dieu. J’illustrerai par trois exemples ce qui constitue en quelque sorte un évangile en bref. Une lecture des chapitres 2 à 13 de 2 Rois est conseillée. A partir de là nous pouvons comprendre comment Jésus accomplissait les Ecritures.

1. Il rappela à la vie l’enfant de la Sunamite(2R. 4,8-37). Ce fils, promis jadis par Elisée à la Sunamite qui avait déjà vu mourir plusieurs de ses enfants (fausses couches ?) ce fils vint à mourir. Elle avait cependant supplié Elisée de ne pas lui promettre la naissance d’un fils. («Non, Monseigneur, ne trompe pas ta servante » répondit-elle à la promesse d’Elisée). Son mari déjà vieux, n’étant d’aucune aide à la mort de son fils, elle fonca à dos d’âne vers le prophète disant à tous ceux qui l’interpellèrent que «Tout va bien » afin de ne pas perdre de temps. Dans tout cela nous percevons sa foi, sa certitude, sa tranquillité d’âme. Avec Elisée elle ne faisait qu’un spirituellement. Ne lui avait-elle pas construit une chambre avec un lit, un siège et un chandelier dans sa maison ? Tout y était en harmonie avec la simplicité d’un homme de Dieu qui s’y tenait à part, comme un étranger au milieu des souillures de ce monde. Elle le connaissait parce qu’elle lui ressemblait. Elle se jetta aux pieds d’Elisée le suppliant de venir en personne donner vie à son enfant. Elisée essaya de la satisfaire en envoyant son serviteur Guéhazi poser son bâton sur l’enfant. Mais rien ne se produisit. Elle insista auprès d’Elisée, refusant de le quitter et le forçant pratiquement à la suivre. Ce qu’il fit. Seul avec l’enfant, il se coucha sur lui jusqu’à sept fois et le ramena à la vie. C’est charmant de lire toute la scène. Nous pressentons déjà Lazare que Jésus, Fils de Dieu, ressuscite, criant d’une voix forte «Lazare, viens dehors ! » (Jn. 11,43) C’est plus simple, mais Jésus est Fils de Dieu et a l’autorité tandis que Ezéchiel agit sur « la parole de l’Eternel ».

2. Il multiplia le vase d’huile vide d’une pauvre veuve pour lui permettre de s’acquitter de ses dettes.(2R. 4,1-7) Le prêteur sur gages allait venir après la mort de son mari pour prendre ses deux enfants et en faire ses esclaves. Elisée lui demanda : « Dis-moi ce que tu as dans la maison ». Après avoir cherché, elle trouva un pot d’huile vide. Elisée lui enjoingit d’aller emprunter tous les vases qu’elle trouverait dans le voisinage, des vases vides et pas trop peu. L’huile ne cessa de couler jusqu’à ce que le dernier vase soit rempli. Elle alla vendre cette huile pour s’acquitter de ses dettes et put vivre du reste bien des jours, elle et ses enfants. Nous voyons déjà la préfiguration du miracle de Cana et nous pouvons constater qu’en pareil cas il est convenable que ce que nous avons, si peu que ce soit, soit mis en usage, ici notamment le ou les vases vides. Et la générosité de Dieu abonde. « Il a rassasié de bien les affamés. »(Luc 1, 53) «Il rassasia l’âme avide, l’âme affamée, il la combla de biens »(Ps.109, 9) Une fois de plus Jésus réalisera plus tard ce qui était préfiguré ici. Les restes sont abondants. Notre Dieu est généreux et donne en surabondance.

3. Il multiplia vingt pains d’orge pour nourrir plus de cent personnes, ils mangèrent et en eurent de reste. (2R.4,42-44) Jésus plus tard nourrira cinq mille personnes avec cinq pains d’orge et deux poissons et il y eut des corbeilles de reste. Des deux côtés l’abondance, la surabondance divines.

Tout cela Elisée le réalisa «selon la parole de l’Eternel ». Jésus, lui, le réalisa par sa propre parole. Il dit «Faites-les asseoir » et sa parole réalisa des merveilles. Au lépreux il dit : « Je veux, sois net ». A Lazare : « Lazare, Dehors ! » Elisée devra envoyer le lépreux qu’il guérit faire sept immersions dans la piscine pour être sain.

La place me manque pour développer tout ce qu’Elisha a fait de grand. Il me faut cependant mentionner une intervention d’Elisée au niveau politico-militaire, mais avec combien de délicatesse. Aux vaincus il fit servir un grand festin avant de les renvoyer chez eux. (6,8-28)

Oui, Elisha préfigure le Seigneur Jésus dont le nom signifie «Sauveur ». Ces pages sont comme un mini évangile, une anticipation voilée encore comme le fut l’apparition des anges à Abraham et Sara au chêne de Mambré, anticipant la révélation plénière du mystère Trinitaire par Jésus. Nous pourrions ouvrir nos cœurs aux sources ci-dessous et à ce que L’Esprit Saint nous inspirera.

Valère De Pryck

Sources : -La Bible. 2 Rois ch.2 à ch.13.
-« Courtes méditations sur Elisée » par J.G. Bellett (34 p. sur Internet) Moteur de recherche
« Google » taper JG Bellett.
- Bible Ouverte « Elisée et la Sunamite : deçu …en bien ! Daniel Arnold - Internet

Saint Etienne

Posté le 23.09.2006 par orthodoxie
Saint Etienne
Diacre, protomartyr, mort vers 31
Fêté le 26 décembre

Son nom signifie «couronne ». Il est vénéré comme premier martyr du Christ : protomartyr. Il est toujours représenté sous les traits d’un jeune homme imberbe portant la dalmatique des diacres. Ce que l’on sait de ce premier diacre, de ce premier martyr est rapporté dans les Actes des Apôtres.

1. Les diacres.
Les juifs occidentalisés, c’est-à-dire les hellénistes convertis se plaignaient de ce que leurs veuves étaient négligées dans le service des aumônes. (Ac.6, 1) Sans accuser les apôtres de négligence, il apparut qu’un service devait être créé pour suppléer à ce manque. Les apôtres y pourvurent en créant des diacres auxquels ils imposaient les mains au cours d’une prière. Ceux-ci recevaient la grâce de servir. Les douze estimaient que leur fonction était de prier et d’enseigner, alors ils désignèrent Etienne rempli de foi et de l’Esprit Saint (Ac. VI, 5) ainsi que six autres disciples pour assurer le service des veuves. (Ac.6, 2-6) Le ministère d’Etienne s’exerça au milieu des juifs hellénistes qui ne purent lutter contre cet homme versé dans les Ecritures, ardent animateur et favorisé par le don des miracles. Il fut dénoncé par jalousie et conduit ainsi devant le sanhédrin. (Ac.6, 8-13)

2. Le martyre d’Etienne
Pour l’accuser ils cherchèrent des hommes qui disaient : « Nous l’avons entendu tenir des propos blasphématoires contre Moïse et contre Dieu » et «Nous lui avons entendu dire que Jésus, ce Nazaréen, doit détruire ce Lieu et changer les institutions qui nous viennent de Moïse ». (Ac. 6, 11 et 14) En réponse à cette accusation, Etienne commença un discours, vrai raccourci de l’histoire d’Israël depuis Abraham jusque Moïse, insistant toujours sur la bonté de Dieu et les manquements du peuple. (Ac.7) Par le sens qu’il donna à sa prédication, il mit en relief le caractère universel du plan divin. Il devint accusateur à l’égard de ceux qui l’avaient arrêté, les traitant de «nuques raidies, oreilles et cœurs incirconcis toujours en train de résister à l’Esprit Saint. »
Ses accusateurs frémirent de rage et grincèrent des dents contre Etienne. Rempli de l’Esprit saint, les yeux au ciel, Etienne vit la gloire de Dieu et Jésus debout à sa droite». C’en était trop. Ils se ruèrent sur lui, le trainèrent hors de la ville et le lapidèrent. Pendant qu’ils le lapidèrent, Etienne priait : « Seigneur Jésus, reçois mon esprit ! » Il s’agenouilla et cria d’une voix forte : « Seigneur, ne leur compte pas ce péché ! » (Ac.7, 59-60) Après cette parole, il s’endormit. Des hommes pieux l’ensevelirent. (Ac.8, 2)
Saul, le futur saint Paul, était présent et se félicitait de cette exécution «ne respirant toujours que menaces et meurtre à l’égard des disciples du Seigneur ». (Ac. 9, 1)
Dans les actes, saint Luc nous montre le parallélisme entre la mort d’Etienne et celle du Seigneur : faux témoins et paroles identiques. La mort d’Etienne fut semblable à celle de Jésus.



3. La vision d’Etienne
Quelle fut l’interprétation des Pères de l’Eglise concernant cette vision ? Tous dirent que cette vision n’avait rien de matériel, rien qui puisse parler à nos sens. Que vit alors Etienne ? Il vit «spirituellement » ce que le non-initié ne pouvait imaginer. Une certaine image divine est indicible. Que toute imagination s’abstienne ! La vision du trône et du siège partagé, debout à la droite de Dieu, signifie la similitude et l’égalité de la gloire.

4. Le culte de Saint Etienne.
Dans l’ambiance des persécutions qui règnait alors, on n’eut pas le temps de s’occuper beaucoup de sa sépulture. Celle-ci fut découverte en 415. Ses reliques furent transportées dans l’église de Sion à Jérusalem, ensuite dans la basilique, élevée en 439 environ, sur le lieu même de la lapidation. Après de multiples péripéties de dévastations, l’église Saint Etienne fut redécouverte en 1882 par un père dominicain. Une nouvelle église fut construite et consacrée le 13 mai 1900. Il est intéressant de signaler que septante communes françaises portent son nom et six diocèses français l’ont choisi comme patron.

Sources : Actes des Apôtres, 6 - 8,2
Dictionnaire de la Bible, Vol.II/Tome 2.
Vies des saints et des bienheureux selon l’ordre du calendrier avec l’historique des fêtes par les Bénédictins de Paris, Ed. Letouzey et Ané 1956, Vol.XII

Saint Maron

Posté le 23.09.2006 par orthodoxie
SAINT MARON
Fêté le 9 février

Le style de vie de certains saints des premiers siècles peut nous surprendre. En effet, à part quelques ermites, nous ne pouvons pas les imiter tels quels. Il y a cependant un point où nous pouvons les rejoindre : leur quête de l’âme, leur soif d’une nourriture qui ne passe pas. Avec eux nous pouvons nous sentir en exil, spiritualiser la matière et incarner l’esprit. Ils sont prophétiques et témoignent d’un autre ordre. Ceci dit, venons-en à saint Maron, dont la fête est célébrée le 9 février, date retenue aussi pour la Fête nationale du Liban. Saint Maron est d'ailleurs comparé au puissant Cèdre du Liban.

Eléments historiques et géograhiques.
Saint Maron vécut entre 350 et 410, année probable de sa mort à Quroch. Sa vie se déroula en Cyrrhestique, située en Syrie du Nord, au Nord-Est d’Antioche.
Le diocèse de Cyrrhestique avait à sa tête l’évêque Théodoret de Cyr (393-466), qui nous a laissé dans Historia Religiosa (440), des renseignements sur la vie et la spiritualite de saint Maron.

Spiritualité et style de vie.
Saint Maron adopta un style de vie monastique très original. Considéré comme le fondateur de l’anachorétisme (ermitage), il préconise même la vie en plein air (hypétrisme) quelle que soit la saison. Par ces choix, il contribua à évangéliser la montagne libanaise. Les moines y ont vécu « comme les étoiles lumineuses qui ont brillé aux extrémités de l’univers ».

Saint Maron élut domicile au sommet d’une montagne abrupte qui porte le nom de Nabo, par référence au dieu païen de ce nom dont le temple était érigé au sommet de cette montagne. Il y monta une petite tente et consacra le temple à Notre Seigneur. Suivant son exemple, beaucoup de disciples le rejoignirent et vouèrent une bonne partie de leur vie à la prière; d’autres s’installèrent sur le sommet des montagnes ou se cloîtrèrent dans des grottes pour communier avec le divin. Lui-même thaumaturge, beaucoup de guérisons des corps et des maladies de l’âme lui sont attribuées. Théodoret de Cyr écrit : « C’est lui qui a planté pour Dieu le jardin fleuri, aujourd’hui, dans la région de Cyrrhus ». Ces nombreuses fleurs sont le témoignage des bienfaits qu'il procura à la région.

Une seconde source de renseignements sur saint Maron provient de Saint Jean Chrysostome. Jean à la bouche d’Or devint patriarche de Constantinople en 397 mais, durant son exil en Arménie, il consacra sa 36ème épître - vers 405 - à saint Maron. Il dit à celui-ci sa profonde affection, son amour qui font que son ami est présent dans son cœur à tout moment. Saint Jean Chrysostome aimerait lui écrire et le rencontrer plus souvent, mais les difficultés de la route auxquelles les voyageurs sont soumis ne le permettent pas. Il lui enjoignit de se soigner, de donner des nouvelles de sa santé et surtout de prier pour lui.


Saint Maron eut une disciple féminine, nommée Domninia. Elle vivait à Cyr, près d’Antioche. Inspirée par saint Maron, elle choisit de l’imiter dans une vie en plein air. Vierge, elle appartient à une tradition de vierges consacrées. Au début du 3ème siècle Clément, disciple de St Pierre, décrit ces vierges comme vivant une vie divine et céleste. Domninia eut jusqu’à 250 disciples qui subvenaient à leurs besoins par le tissage de la laine et chantaient des hymnes, tout en menant une vie ascétique très sévère. Elle-même reçut le don des larmes et mourut en 460. Sa fête se célèbre le 1er mars. Née dans une famille aisée, elle avait convaincu celle-ci de consacrer ses biens aux pauvres et au service de Dieu. Tous ce qu'elle possédait fut mis à la disposition de Domninia pour assurer l'accueil de ceux qui venaient la voir.

L’Eglise maronite
Peu après la mort de saint Maron, des divisions eurent lieu au sein de l'Eglise primitive, engendrées notamment par des désaccords apparus aux conciles d’Ephèse et de Chalcédoine (451). Des Eglises-nations se constituèrent : copte, éthiopienne, arménienne, syriaque. D’une scission de cette dernière résulta l’Eglise maronite et le premier monastère maronite fut fondé en 452. Depuis le 12ème siècle, cette Eglise vit en communion avec Rome. Syriaque à l’origine et de structure monastique, elle put créer des diocèses à partir de 1736. Par ses particularités : clergé marié exerçant un métier, hiérarchie nommée par les fidèles et simplement confirmée par le pape, elle assure à l’intérieur de l’Eglise catholique un pluralisme et une diversité bienvenus. En outre, elle conserve aujourd’hui une grande responsabilité dans le dialogue islamo-chrétien.

Selon la tradition maronite, les reliques de saint Maron auraient été transférées au premier monastère que l'Eglise maronite édifia en 452. Au 6ème siècle son crâne fut ramené au Liban, au couvent de Kfarhaï. En 1130 la tête du saint fut transférée par un moine bénédictin, Michel, près de Foligno, en Italie. En 1194 l’évêque de Foligno fit installer la relique dans l’église de l’archevêché. Ce n'est qu'en 1998 qu'elle fut enfin restituée à son pays d'origine.

Ce que nous honorons, ce n’est pas une personne humaine et ses cendres. Nous honorons les vertus et les valeurs spirituelles que cette personne a incarnées. (Patriarche Sfeir, Cardinal du Liban).

Le pape Paul VI a canonisé deux disciples modernes de saint Maron : saint Charbel Makhlouf et le bienheureux Rafqua. A cette occasion, il déclara que ce type de sainteté est de grande valeur non seulement pour la gloire de Dieu mais encore pour la vitalité de l’Eglise.



Valère De Pryck



















de (d’après Guita G.Houranni- Présidente de Mari

(cfr.Collège N.D. de Jamhour)

Saint Grégoire Palamas

Posté le 23.09.2006 par orthodoxie
Saint Grégoire Palamas
Docteur de l’Expérience
Fêté le 14 novembre

Né à Constantinople en 1296. Son père mourut lorsqu’il avait 7 ans. C’est l’empereur qui prit en charge son éducation car son père était sénateur et faisait partie de son entourage. Il mit fin à ses études universitaires impériales où il se préparait à une carrière à la cour et opta pour la vie monastique à l’âge de vingt ans. Il prit la route du Mont Athos – la «Sainte Montagne ». Avec l’hésychaste Nicodème comme guide spirituel, il vivait «dans les veilles, la vigilance spirituelle et la prière ininterrompue » pendant cinq jours de la semaine dans la solitude, puis il regagna la communauté les samedis et dimanches pour participer à la Divine Liturgie et aux échanges avec les frères. A la mort de Nicodème il intégra la communauté cénobitique de la Grande Lavra où il eut saint Grégoire le Sinaïte comme maître. A l’âge de trente ans il fut ordonné prêtre.
A 38 ans il fut impliqué dans la controverse sur le « filioque » que les latins avaient ajouté au Credo de Nicée – Constantinople. L’orthodoxie a toujours considéré – et cela sur base de l’Evangile – que le Saint Esprit procède du Père seul. (L’Esprit de vérité, qui procède du Père. Jn. 15,26) Cette ajoute était pour Grégoire une impossibilité absolue d’union entre les églises séparées, dont une (la latine) n’avait pas le droit de modifier seule le contenu de la foi.
Il est spécialement connu pour le «palamisme », c’est-à-dire la défense de l’hésychasme (Prière dans le calme, le repos, la douceur, la paix, le silence et la solitude). L’hésychasme était attaqué par le moine Calabrais Barlaam qui s’en prenait à la Prière de Jésus et à la façon de prier des moines. Les conciles orthodoxes de l’époque et celui de 1351 donnèrent enfin raison à Grégoire Palmamas contre Barlaam.
Il est impossible de décrire en peu de mots une histoire si complexe. Excommunié, puis réhabilité, il devint évêque de Thessalonique en 1347 et il put se consacrer à sa mission épiscopale, non sans de grandes difficultés dues aux changements de régime politique. Dans un premier temps il s’en prend aux nouveaux riches dans une défense pour les pauvres. « Tout notre renom provient de ce que nous nous portons tort les uns aux autres et de ce que nous insultons les pauvres…. Notre apparente paix à nous les puissants, augmente encore la violence que nous imposons aux pauvres en imposant des impôts plus lourds encore à ceux qui travaillent de leurs mains. Ils crient vengeance et ne peuvent plus supporter l’esprit impitoyable et inhumain des percepteurs… »
Il prêcha, visita les monastères et écrivit. Il mourut en 1359. Bientôt on parla de miracles et il est vénéré dans sa ville épiscopale et au Mont Athos. Il fut canonisé neuf ans après sa mort par son ami, le patriarche œcuménique Philothée et reste le saint le plus vénéré à Thessalonique après Saint Démétrius, patron de la ville.


Docteur de l’expérience, docteur de l’orthodoxie. Sa vision spirituelle.

Bienheureux les cœurs purs, oui, ils verront Dieu. (Mt. 5,8)

Il est et demeure fondamentalement le théologien de l’hésychasme. L’hésychaste qui a renoncé aux passions, les ayant combattues, «s’élève vers la vérité par la puissance ineffable de l’Esprit, il entend les paroles ineffables et voit l’invisible ». (Lettre à Xénée)
Il est le moine qui a médité et contemplé la Lumière du Thabor. Il a expérimenté cette lumière et vécu la déification. En ce sens sa mystique est celle de demain pour beaucoup. Il a été saisi par cette lumière, y a demeuré et comme il dit lui-même après cette extase : «Soudain j’eus à nouveau l’expérience du temps. Je m’étais attardé déjà trop. Je devais me dépêcher de descendre à la Lavra pour ne pas rater mon contact avec mes frères ». Grégoire Palamas, visionnaire mais aussi frère parmi ses frères. Cette grâce, tout chrétien qui s’est purifié, comme il le dit dans la lettre à Xénée, peut la vivre et dire d’expérience : «Ce n’est plus moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi ». Chaque chrétien, par la grâce des sacrements devient visionnaire dans son cœur purifié et non plus «de l’extérieur » comme les apôtres au Thabor. Dieu seul, et celui qui en a fait l’expérience par un don de sa grâce connaît cette lumière.

Valère De Pryck

Meyendorff J., Introduction à l’étude de Grégoire Palamas, Patristica Sorbonensia, Seuil
Lossky V., Vision de Dieu, Delachaux § Niestlé

Saint Prophète Osée

Posté le 23.09.2006 par orthodoxie
Osee
Je te fiancerai à moi pour toujours. (2,21)
Fêté le 17 octobre

Osée couvre la période depuis 750 – 720 av. J.C. Cent ans après Elie avec la même ambiance du culte des idoles.
Au départ Osée raconte son histoire personnelle, l’échec de son mariage avec une prostituée : Gomer, adepte d’un temple de Baal où l’union sexuelle avec une femme attachée au temple était un des rites. Cela s’appelait la «prostitution sacrée ». Gomer a donné trois enfants à Osée (1,2-9) sans abandonner ses pratiques idolâtres. Osée l’a vraiment aimée et Gomer lui avait promis fidélité. Mais son vice invétéré l’a emporté. Entre colère et tendresse, Osée espérait toujours la voir revenir. Un immense pas est franchi, il n’est plus question de la lapider.

Osée n’écrit pas pour raconter l’histoire de son couple. En fait Gomer ressemble à l’histoire du peuple d’Israël. Gomer fut tirée de la prostitution par Osée qui lui promit fidélité, Israël fut tiré de l’esclavage d’Egypte pour entrer dans l’Alliance avec le Dieu d’amour. Mais une fois sorti d’Egypte Israël entra en contact avec les Cananéens qui pratiquaient le culte de Baal avec les ivresses, fêtes joyeuses et la prostitution sacrée. Osée connaissait tout cela. Puis Israël se disait que deux dieux valaient mieux qu’un seul, on ne sait jamais ! Voilà Israël revenu à l’idolâtrie, aux pratiques divinatoires et aux prostitutions. (Os. 4,12)

Osée se devait de s’élever contre ces pratiques. Ce qui lui est propre c’est d’avoir comparé ses propres difficultés avec les reniements de l’Alliance par Israël. Son histoire pouvait être lue comme une parabole. D’où la vie d’Osée devint prophétique. Les mots qu’il emploie pour désigner l’infidélité de sa femme Gomer conviennent parfaitement aux infidélités d’Israël : prostitution, débauche, adultère, souillure, trahison.

Nous abandonnons maintenant l’histoire privée d’Osée pour ne plus considérer que le Seigneur en face d’Israël. Le livre d’Osée est d’abord un acte d’accusation. Menaces de châtiments, demande de comptes vont alterner avec des appels au repentir, remise des compteurs à zéro avec déclarations d’amour comme jamais entendues auparavant dans la Bible. Le Seigneur va mettre des obstacles sur le chemin d’Israël pour qu’il réfléchisse et revienne à ses premiers amours. Le Seigneur qui est le Fidèle sait bien que la réponse d’Israël est comme la rosée du matin : elle ne dure pas. Comment s’y prendre alors pour reconquérir l’infidèle ? Le menacer du pire avec comme seul but d’influencer le coupable et le ramener à de meilleurs sentiments. Le corriger pour le guérir par des médications salvifiques.

Le Seigneur est un éternel amoureux de son peuple. Il revient sur ses menaces. « Je ne donnerai pas cours à l’ardeur de ma colère et je ne reviendrai pas détruire Ephraïm ; car je suis Dieu et non pas homme, au milieu de toi je suis saint ». Ici sainteté et amour sont associés. (11,8-9) Ensuite Dieu va reconquérir son peuple. Il parle de retrouvailles, de l’élan du début «Quand Israël était enfant, je l’aimai ».(11,1) « Je les menais avec de douces attaches, avec des liens d’amour ; j’étais pour eux comme celui qui élève un nourrisson tout contre sa joue, je me penchais sur lui et lui donnais à manger. (11,4) Quels accents maternels en ce Dieu ! Et maintenant : « C’est moi qui vais la séduire, je la conduirai au désert et je parlerai à son cœur…et là elle répondra comme au temps de sa jeunesse. » Parler au cœur, c’est inviter au nom d’un grand amour à un geste de renoncement difficile. Cela ne peut se faire que dans le désert, lieu de passage de l’esclavage (d’Egypte) vers la terre promise. Puis vient la promesse de Dieu répétée trois fois : « Je te fiancerai à moi pour toujours ». Quelle demande en mariage ! A cette époque le fiancé promettait une dot. Celle du Seigneur est formidable : justice et droit, amour et tendresse, fidélité. L’initiative vient du Seigneur qui connaît bien les faiblesses de la fiancée, qui connaîtra le Seigneur ». « Connaître » avait le sens de l’intimité conjugale et de la reconnaissance. Le langage a changé et le Seigneur parle de «guérir de l’apostasie, aimer avec générosité, détourner sa colère, il sera comme la rosée qui cette fois donnera vie, il fleurira comme le lis, enfoncera ses racines comme la forêt du Liban, ses rejetons s’étendront, splendeur comme celle de l’olivier, parfum comme celui du Liban, le vin du Liban. » Audace surprenante d’Osée pour dire que Dieu se comporte envers son peuple comme un mari envers son épouse tendrement aimée, non pas d’une affection superficielle mais d’une volonté profonde, ferme dans un cœur à cœur délicat et généreux.
Avec Osée un grand pas a été fait. Le Dieu de puissance, El, le guerrier, devient l’amoureux qui pardonne !
Quand Dieu donne, il donne avec surabondance. Oui, Jésus «accomplira les écritures ». A Cana, le meilleur vin ; la femme adultère, il la remet debout ; à chacun il redonne sa chance septante fois sept fois car «Vois, je t’ai gravé sur la paume de mes mains, moi, jamais je ne t’oublierai. »(Is. 49,16) C’est signé dans son sang, ne l’oublions pas. Et il sera lui-même l’époux au festin des noces. (Mt.22, 2sq.)
Pour toujours.
Valère De Pryck
Sources : Livre d’Osée.
Amos et Osée – Sainteté de justice, sainteté d’amour – Louis Monloubou – Ed. Fleurus 1964
A la découverte du Dieu inattendu – Marie-Noëlle Thabut – Desclée de Brouwer 2002

Saint Prophète Ezéchiel

Posté le 23.09.2006 par orthodoxie
Le Saint Prophète Ezéchiel
Fêté le 23 juillet
Prophète de la Sainteté et de la Gloire de Dieu

Ezéchiel signifie "Dieu fort". Il fut emmené en captivité lors de la prise de Jérusalem par Nabuchodonosor en 597. Il s'installa à Tell-Abib près du fleuve Kebar et sa maison devint un pôle d'attraction pour les juifs exilés.
Fils du prêtre Buzi et prêtre lui-même, il épousa une très belle femme qu'il perdit d'ailleurs assez vite. En tant que membre de la classe sacerdotale, son amour et sa préoccupation première vont vers le Temple.
Une question l'habite dans sa situation d'exilé: pas de temple à Babylone, donc la présence de Dieu…Où est Dieu? Il est établi prophète et visionnaire par la Seigneur pour interpréter l'histoire d'Israël et son avenir à la lumière de la présence de la sainteté de Dieu au milieu de son peuple.
Le livre d'Ezéchiel est un livre étrange et mystérieux qui, à première lecture, rebute le lecteur. Il faut en dépasser l'aspect rébarbatif pour en tirer une riche et substantielle moelle. Ezéchiel a peut-être quelque chose à nous dire aujourd'hui encore.
Dans les premiers chapitres, le prophète est obsédé par une vision: le char qui emporte son Dieu, la Gloire de Dieu, loin de Jérusalem. Cette Gloire, c'est-à-dire le rayonnement de sa Présence, quitte le Temple souillé par des rites impurs et semble se trouver parmi les exilés (11,23 et 1,1ss: c'est le même char de la Gloire de Dieu qu'Ezéchiel contemple en exil et à Jérusalem (11, 22). Cette absence devient en lui soif ardente: où demeure le Dieu transcendant, tout Autre? Avec l'exil, Ezéchiel est réduit au silence. Dans ce silence, ses paroles prophétiques résonneront comme un appel à la conversion. Yahvé le constitue guetteur pour avertir le peuple de son péché. (3, 17; 33, 7) Le prophète a charge d'âmes dont il devra répondre devant Yahvé, de même que chacun est responsable de la parole entendue de la bouche d'Ezéchiel. Son expérience est celle de la sainteté, de la transcendance de Dieu. L'une de ses expressions favorites est la suivante: Vous saurez que je suis Yahvé (6, 7.10.14; 7,4.9.27; 23,49; 24,27; etc). La sainteté est le plus profond de l'être de Yahvé, ce qui fait qu'Il est Autre. Mais son Être mystérieux, ineffable, sublime, transcendant, Il le manifeste non pas seulement dans le sanctuaire de Jérusalem, mais également dans l'histoire profane faite de péché, de fidélité. La Sainteté de Dieu agit, se fait découvrir (cfr.le chap.20). Le reconnaîtrait-on?
Devant cette sainteté, Ezéchiel dénonce l'idolâtrie, les péchés, la prostitution du peuple. Il le fait d'une façon originale: en mimant par des gestes symboliques ce qui va advenir au peuple. A la demande de ce dernier: Ne nous expliqueras-tu pas ce que tu veux dire (37, 18), il en livre le sens. Un exemple parmi d'autres: Un an avant la prise de Jérusalem, Ezéchiel perdit son épouse, la joie de ses yeux. Le Seigneur lui interdit de prendre le deuil pour signifier au peuple qu'il allait perdre de la même manière ce qu'il avait de plus cher, et devant les malheurs s'abattant si brutalement sur lui, il n'aurait pas le temps de se lamenter.
Les oracles prophétiques pleuvent contre Israël et les nations. La colère de Dieu gronde, elle extermine sans pitié par l'intermédiaire de puissants voisins.
Cependant ce n'est pas ce qui plaît à Dieu, l'Unique, le Saint. Il appelle Israël à la conversion du cœur. Toute la doctrine d'Ezéchiel est centrée sur le renouvellement intérieur et la responsabilité personnelle face au péché. C'est l'amour même du Dieu saint qui se charge de purifier le petit reste : Je les purifierai, et ils seront mon peuple et je serai leur Dieu (37,23). Nous percevons ici déjà le thème de la grâce gratuite développé dans les épîtres de Saint Paul (Eph 2, 5-10).
Dans la vision finale du livre apocalyptique, dont le genre littéraire nous paraît peu compréhensible, c'est le prophète Ezéchiel qui parle en ces chapitres 40 à 48 donnant les mensurations du nouveau Temple, le plan détaillé de sa reconstruction et de celle de la nation, il faut y lire en filigrane le sens qu'a Ezéchiel de la transcendance divine, son respect de la liturgie, son amour de la vie sacerdotale et l'alliance d'Israël avec son Dieu. C'est la sainteté et la gloire de Dieu qui est en cause. Quel bonheur de voir la Gloire de Yahvé s'installer à nouveau en cet espace très saint, le Temple, au milieu des enfants d'Israël, à jamais (43,7).
Ezéchiel entrevoit alors la vie idéale du peuple de Dieu. Les yeux ouverts, il scrute inlassablement l'avenir dans lequel il pénètre sous la guidance d'un mystérieux arpenteur: au cœur d'une Jérusalem idéalisée, s'élève un nouveau sanctuaire (40,5; 43,3; 48,35). Tel un pasteur, Dieu fera paître son troupeau dans de bons pâturages (34,23). Un esprit nouveau animera le petit reste d'Israël (18,31), ainsi le rêve de Dieu se réalisera à nouveau, comme au temps de la Genèse où l'esprit (ruah) anima toute la création. Une source, qui devient une eau profonde, sort du sanctuaire, en surabondance (47, 5), manifestation de l'action divine, de Sa Présence vivifiante. Elle fertilise à nouveau la terre, les eaux redeviennent saines, le poisson abonde, les arbres portent à nouveau leurs fruits. La source du Temple revivifiante fait écho au rêve de Yahvé au jardin d'Eden. Quant au nom donné à la Jérusalem nouvelle, Yahvé sham, c'est-à-dire Yahvé est là, c'est tout le mystère de l'Emmanuel (Dieu-avec-nous) qui se respire déjà.
J'habiterai pour toujours (43,7). Le prophète a accompli sa mission. Ezéchiel ne savait pas encore que sa prophétie serait pleinement accomplie par l'oint du Seigneur. Le Christ Jésus a habité parmi nous (Jn 1, 14). Nous n'adorons plus sur la montagne sainte ou dans le Temple. Selon saint Paul nous sommes la maison de Dieu, son temple saint (Eph 2, 19), prédestinés à être, pour Lui, des fils adoptifs, par le Christ (Eph, 1,5). Le rêve de Dieu se réalise en Jésus: l'intimité avec l'homme se fait plénière. Et c'est sa Présence en notre cœur qui exhale sur nos lèvres son Abba, Père.
Valère De Pryck

Sources: L. Monloubou, Un Prêtre devient Prophète: Ezéchiel, Lectio Divina, Cerf 1972
Ecole Biblique de Jérusalem, La Sainte Bible, Cerf, 1956

Saint Archange Gabriel

Posté le 23.09.2006 par orthodoxie
Archange Gabriel
Fêté le 26 mars

Prélude
L’ésotérisme s’est emparé de la thématique des Anges, comme de l’Apocalypse d’ailleurs, dans une incompréhension totale par rapport au donné révélé de la Bible. Beaucoup de personnes se disent en communication avec les anges et l’imagination bat son plein. Les angelots représentant cupidon ou autres amours, repris de l’antiquité païenne sur les peintures à partir de la Renaissance, n’ont rien à voir avec notre thème. Nous nous en tiendrons à l’Ecriture et aux auteurs spirituels éprouvés pour parler du messager divin, l’Archange Gabriel, l’ange de l’annonciation.

Comment parler des anges ?
Saint Paul déjà mettait les Colossiens en garde : «Que personne n’aille vous frustrer du corps du Christ en se complaisant dans des dévotions, dans un culte des anges » (Col.2, 18). Nous devons toujours les évoquer dans leur rapport avec Dieu dont ils sont les messagers, pour ouvrir notre regard sur son mystère et nous attacher à la Tête (Col.2, 19) c.-à-d. le Christ. Jésus lui-même mentionne les anges en parlant des petits enfants : «Leurs anges aux cieux voient constamment la face de mon Père » (Mt.18, 10). Chacun de nous a donc son ange gardien, son protecteur, son messager de Dieu particulier, qui nous met en relation directe avec lui.
Les anges interviennent constamment dans l’Ecriture : ils conduisent à la source intérieure, au puits (Gn.21,17-19). L'ange barre la route qu'il ne faut pas prendre (Nb. 22, 28-32). Il se bat avec nous contre les oppresseurs (Jg.6, 12-16,24). L’ange promet une naissance à la femme de Manoah (Jg.13, 3-5). Il nous accompagne aussi pour nous initier à l’art d’aimer et de vivre (Jg.13,18). Chez Tobie, il est l’ange conseiller dans le mariage. Chacun de nous a son ange : «Il a pour toi donné ordre à ses anges de te garder en toutes tes voies » (Ps.91, 11-12).
Dans le N.T., les anges annoncent la nativité aux bergers (Lc.2, 7-12), un ange explique le mystère de la conception à Joseph (Mt.1, 20-21), un autre est présent à l’agonie (Lc.22, 43), un autre encore délie les liens de Pierre dans les Actes (Ac. 12, 7-11), un ou des ange(s) annonce(nt) la résurrection (Jn.20, 12), etc. Dans tous les cas, l’ange apporte un message de la part de Dieu. Il est une expression de sa présence.

L’archange Gabriel, l’ange de l’annonciation à Marie.

L’archange Gabriel est l’ange des heureuses nouvelles. Dans la Bible, il intervient nommément à trois moments : la première fois dans l’Ancien Testament pour interpréter les songes et les visions du prophète Daniel en rapport avec l’annonce du messie, ensuite deux fois dans l’Evangile de saint Luc pour l’annonciation de la naissance de Jean-Baptiste à Zacharie et enfin à Nazareth pour l’annonciation de la naissance de Jésus à la Vierge Marie.

1°) Apparition de l’Archange Gabriel « Dieu est mon fort » au prophète Daniel (Dn. 8, 16-17). Lorsque le prophète fait allusion à la venue du Messie, Gabriel explique à Daniel la vision (8,16) et la prophétie (9, 21-22). Au-delà des événements et dates plutôt symboliques, ce qui importe c’est l’assurance de l’approche du Messie. Dans ce cas, Gabriel joue le rôle d’interprète, il « donne l’intelligence » du projet de salut du Seigneur.

2°) Annonce de la naissance de Jean-Baptiste (Lc. 1, 11-19). L’archange Gabriel se nomme à la fin du dialogue, et devant le scepticisme de Zacharie qui demande un signe, il réduit celui-ci au silence. Après la naissance de Jean-Baptiste, à la demande du nom à donner à l’enfant, Zacharie écrivit «Jean ». Alors sa langue se délia pour entonner son hymne de louange, le «Benedictus ». Malgré le doute de son interlocuteur, Gabriel annonce la bonne nouvelle de la visite libératrice de Dieu à son peuple.

3°) L’annonciation (Lc. 1, 26–38). A l’annonce du message de l’ange, Marie, elle aussi demande comment cela se fera. Mais à la différence de Zacharie, elle croit en la réponse de l’ange qui lui donne en même temps un signe : Elisabeth en est à son sixième mois. Elle veut coopérer activement au salut annoncé. Au plan très concret déjà, elle comprend le besoin d’aide d’Elisabeth et s’en va aussitôt aider sa cousine jusqu’à l’accouchement. De la rencontre dans la foi et la joie des deux femmes, naît le chant prophétique de Marie, le Magnificat.
En exil, au temple ou à Nazareth, Gabriel apporte une heureuse annonce : Dieu, le Fort, le Sauveur d’Israël se rend présent au milieu de son peuple pour le libérer. A Marie, à chacun(e), il révèle de la part du Seigneur, le bonheur qu’Il a de « nous combler de grâce ». De Sa part, il nous interroge : « Qu’en est-il de ta foi ? » (cfr.Zacharie).
Dans ces trois situations, Gabriel intervient pour apporter une heureuse nouvelle concernant le Messie. Puis, il « nous quitte » (Lc 1,38).
Les anges annoncent également la résurrection du Christ, sa présence avec nous en Galilée, sur les routes du monde, au milieu de nous, jusqu’à la fin. « Et moi, je suis avec vous jusqu’à la fin des temps » (Mt. 28,20).
Cependant, comme le Christ sur terre, ces mêmes anges continuent à veiller sur nos vies, spécialement, comme nous le disions plus haut par notre ange gardien qui «nous explique ce que notre cœur pressent confusément » (A. Grün).

Valère De Pryck et sœur Myriam, clarisse
Sources :
- Giudici Maria-Pia, Qui sont les anges, Nouvelle Cité, Paris, 1985
- Grün Anselme, Chacun cherche son ange, Albin Michel, 2000
- Vocabulaire de Théologie Biblique, Anges, Ed. du Cerf, 1981
- Danielou J.,Les anges et leur mission, Ed. de Chevetogne, 1953


Mais l’ange lui dit :
« Rassure-toi, Marie ;
Car tu as trouvé grâce auprès de Dieu.
Voici que tu concevras et enfanteras un fils,
Et tu lui donneras le nom de Jésus.
(Lc 1,30-31)

Saint Prophète Moïse

Posté le 22.09.2006 par orthodoxie
MOÏSE
Serviteur de Dieu
Fêté le 4 septembre

Au 16me siècle, Joseph, fils du patriarche Jacob était descendu en Egypte. (Ex. 1) Moïse vécut au début du 13me siècle avant Jésus Christ. Là, les Israélites qui s’étaient multipliés fortement, étaient exploités pour satisfaire les besoins démesurés du Pharaon dans la construction des villes-entrepôts. Ils lui servaient de main d’œuvre gratuite. Moïse naquit à un moment où le Pharaon avait ordonné de tuer tous les enfants mâles par peur qu’en devenant nombreux ils s’allient à des ennemis et déstabilisent le régime. Frappée par l’ordre de tuer tous les enfants mâles, la mère de Moïse le posa dans un berceau, le confia à sa fille qui le déposa sur le Nil et suivit sa descente du fleuve. La fille du Pharaon se baignant l’aperçut et fut prise d’émotion pour cet enfant. Son instinct maternel se réveilla, (elle ne pouvait pas avoir d’enfant) elle ordonna à une de ses servantes d’aller le chercher. La sœur de Moïse se présenta alors pour offrir à la princesse une nourrice pour élever l’enfant (« qui nourrira l’enfant pour toi ») et le lui remettre plus tard. Ce qu’elle accepta. Ainsi l’enfant fut confié à nouveau à sa vraie mère. Ce fut un peu le Noël des Israëlites en Egypte. Ce terme est pris dans son sens chrétien, parce que Moïse est la figure et le type du Christ. D’où l’importance de sa nativité. Le Christ réalisera ceci en plénitude. Il accomplira les écritures commencées ici de manière voilée. Pour réaliser son plan Dieu temporise et quand les temps sont mûrs il envoie un enfant et non un libérateur tout prêt. Il devra grandir et mûrir lentement. (Ainsi Moïse, ainsi le Christ)
Remis à la princesse d’Egypte, il devint prince à la cour du Pharaon. Visitant un jour ses frères Israélites qui travaillaient dur, il vit un Egyptien qui frappait un Hébreu. Pris de colère, il le tua. (Ex. 2, 11-14) Il dut s’enfuir dans le désert pour échapper à la colère du Pharaon.

Sa vocation. L’apparition de Dieu dans le Buisson ardent.

Dans le désert il paissait les troupeaux de son beau-père Jéthro, dont il avait épousé la fille Çippora. Dieu s’y adressa à lui sous la forme d’un buisson ardent. «N’approche pas d’ici. Retire tes sandales… »(Ex. 3,5) La sainteté de Yahvé demande que Moïse se présente humblement devant lui.
Le feu est un élément divin inaccessible qui manifeste la présence. Le buisson de plus est inaccessible par ses épines. Il reçut alors la mission de délivrer ses frères de l’oppression. Des objections de Moïse, Dieu fit table rase. Aaron, son frère, parlerait pour lui et il aurait des signes à accomplir pour convaincre les Hébreux. Des signes e.a. pour prouver qu’ils ne sont pas victimes de leur imagination. Ensuite Dieu se tut. Le silence se fit. Le but à atteindre était clair et Moïse allait s’atteler à le réaliser inexorablement.

Oasis verdoyante de Cadès

Les différents rédacteurs de l’épisode de la sortie d’Egypte et de la traversée de la Mer Rouge rédigèrent leurs récits longtemps après les événements. Ils n’ont pas voulu écrire une histoire «événementielle » mais une histoire «kérygmatique », voulant signifier par là que c’est «Yahvé qui entraîna Israël hors d’Egypte, de la maison de servitude ».
Imaginez 40 ans dans le désert. C’est impensable. Mais après deux ans ils atteignirent l’oasis de Cadès qui s’étendait sur 20 km de long avec de nombreux puits d’eau qui leur permirent de subsister, nourris par la manne et les cailles. Il faut relire tout l’Exode et le Deutéronome pour voir toutes les difficultés et révoltes du peuple auxquelles Moïse fut confronté.



« Je suis celui qui est ». « Je suis celui que je suis ».

Pour se présenter avec pareille mission devant les Hébreux, Moïse devait pouvoir leur dire qui l’envoyait. C’est par ces termes indéfinissables de ce Dieu mystère qu’il se présenterait. Pour appuyer tout cela, Moïse aurait trois signes : Son bâton de pasteur (Ex .4,1-5), la métamorphose de la main (Ex. 4,6-7) et la transformation de l’eau du Nil en sang. (Ex. 4,8-9).

Aides

Petit à petit Moïse se sentit débordé par ce peuple rebelle et s’en pleignit au Seigneur. Celui-ci lui adjoignit 70 anciens à qui Moïse donna une partie de son Esprit. Son beau-père Jéthro le lui avait d’ailleurs déjà suggéré. A cette occasion, Eldad et Médad, qui n’étaient pas parmi les 70 reçurent aussi une partie de cet Esprit, manifestant ainsi que l’Esprit n’est pas lié aux règles, pas emprisonné. Il est libre. Le peuple tout entier est finalement prophétique. Nous apercevons déjà le Christ qui donne l’Esprit dans le baptême et tous deviennent prophétiques.

« Fais-moi voir ta gloire, je te prie ». – « Je ferai passer devant toi toute ma beauté et je prononcerai devant toi le nom du Seigneur ».

Si le nom du Seigneur est prononcé sur une personne, elle appartient à Yahvé, devient sien et elle entre en relation intime avec lui. Moïse devint, d’une façon unique dans l’Ancien Testament, l’intime du Seigneur. Il lui parla face à face, comme un ami parle avec son ami. Ce privilège ne sera pas accordé à son successeur Josué, qui devait passer par le prêtre Eléazar pour recevoir les messages de Yahvé.
Moïse demanda de voir la gloire du Seigneur. Le poids de la Gloire est tellement puissant que l’homme ne peut la voir sans mourir. Mais Moïse aura le privilège de voir cette Gloire de dos dans le creux du rocher. Le Seigneur couvrira Moïse de sa main jusqu’à ce qu’Il soit passé, Il prononcera son nom sur Moïse et il pourra Le voir qui s’éloigne. Moïse aura vu un Dieu proche mais en même temps un Dieu qui s’éloigne et qui sera toujours à chercher, à désirer. Sur la montagne, il a contemplé cette Gloire, ayant attendu le Seigneur longtemps. Nous, après le quart d’heure académique, nous serions déjà descendus. Moïse y resta quarante jours. Puissions nous recevoir ce don de la contemplation et du désir du cœur.

Moïse, grand intercesseur.

Moïse fut le grand intercesseur auprès de Dieu. C’est lui qui demanda pardon pour les péchés du peuple. Lui qui fit revenir Yahvé sur sa décision de supprimer ce peuple. « Et le Seigneur fit selon la parole de Moïse ». Lui seul entra dans la Tente pour parler face à face, s’exposer en silence à la présence de Dieu pour le contempler sans paroles, et demeurer dans l’intimité. Soit qu’il pria les bras levés au ciel, soit qu’il pria prosterné. (Nb. 17,10). Il en sortit irradié de la Gloire du Seigneur à un point tel qu’il dut se couvrir le visage devant les Hébreux.
« Qui regarde vers lui resplendira ». (Ps.34, 6) «Goûtez et voyez comme le Seigneur est bon ». (Ps.34, 4) Par ce psaume, l’expérience de Moïse est proposée à toute la communauté. Celui qui prendra le temps, au-delà de notre quart d’heure académique, sortira de cette rencontre avec le Seigneur irradié par une lumière intérieure.




L’ultime regard

Dieu ordonna à Moïse, âgé de 120 ans, de gravir la montagne pour contempler une sorte de spectacle paradisiaque : la Terre promise «vers » laquelle il avait conduit tout ce peuple. Moïse n’y entrera pas. Atroce sentence parce qu’il n’avait pas défendu les droits et la sainteté de Yahvé lors de la rébellion du peuple à Mériba. Incompréhensible pour cet ami intime de Yahvé. Terrible tragédie. « Monte pour contempler, monte pour mourir. » Toute sa vie Moïse avait monté spirituellement. Le Sinaï, sommet de sa vie ; maintenant le mont Nebo. Comment comprendre, si ce n’est que «contempler » c’est d’une certaine façon «posséder » et «se l’approprier ». Maintenant rassasié de toute son histoire et du paysage de la Terre Promise, Moïse clôt les yeux et s’endort dans un baiser de Dieu.

Tout ce que Moïse fut et fit, Jésus le réalisera en plénitude, car «Il accomplit les Ecritures ».
Moïse, personnage central de la Torah ; Jésus du Nouveau Testament. Moïse échappa à la mort ; Jésus aux bébés tués par Hérode. Moïse quitta la gloire et son titre de prince d’Egypte, Jésus quitte la gloire divine pour s’incarner. Moïse se tint à l’écart auprès de Jethro pendant 40 ans, Jésus passa des années à Nazareth et 40 jours au désert. Le sang de l’agneau protégeait les Hébreux de l’ange exterminateur, le sang de Jésus sur la croix nous protège et libère du péché.

Valère De Pryck

Sources
Moshe Pearlman ; Dans les pas de Moïse , Ed. Arthaud
Michaud R., Moïse, Histoire et Théologie , Ed. du Cerf – lire la Bible/49
Schökel Luis Alonso S.J. et Gutiérrez Guillermo S.J., La Mission de Moïse, Méditations bibliques, Desclée

Sainte Mère Marie Skobtsov

Posté le 22.09.2006 par orthodoxie

Sainte Mère Marie Skobtsov
Fêtée le 31 mars (mort) et 20 juillet (canonisation)
Riga 1891 - Ravensbrück 1945


Sa vie

Mère Marie, née Elisabeth Pilenko, naquit à Riga en 1891, à la fin de la monarchie russe, dans une famille issue de la noblesse cosaque. Instruite et cultivée, elle fut une habituée des salons littéraires de Saint Pétersbourg et la première femme autorisée à suivre des cours à l’Académie théologique de cette ville. Membre actif du parti socialiste-révolutionnaire, elle devint maire de la ville d’Anapa sur la Mer Noire juste après la révolution bolchevique et fut menacée de mort par les bolcheviques comme par les « Blancs » (antirévolutionnaires).
Sa vie sentimentale a été assez chaotique. A l’âge de 19 ans elle se maria une première fois avec Dimitri Kouzmine-Karavaïev pour lui donner une discipline de travail et le sauver. Elle divorça, et son mari émigré en France devint jésuite. Elle eut ensuite une liaison avec un inconnu pour nous. Son premier enfant, Gaïana, naquit de cette union, en 1913. En 1918 elle se remaria et eut deux enfants, Iouri et Anastasia. Elle doit son nom Skobtsov à son second mari, dont elle se sépara amicalement en 1926, année où sa fille Anastasia meurt. En 1936, Gaïana meurt aussi. Par la suite, Mère Marie trouva tout son sens dans le second commandement de l’évangile, l’amour du prochain. Son fils Iouri, devenu devenu sous-diacre, souhaitait recevoir la prêtrise. Déporté au camp de Dora (Buchenwald), il y mourut le 6 février 1944. Il sera canonisé avec sa mère. Avec l’accord de son ex-mari et de son évêque, elle revêtit la robe monastique en 1932.

Sa spiritualité

« Le sacrement du frère » devint le leitmotiv de sa vie, se référant au discours eschatologique de Jésus sur le Jugement dernier où il affirme s’identifier à chaque malheureux.
Sa vie peut paraître n’avoir été qu’un long scandale et sa canonisation par le patriarcat œcuménique de Constantinople, en 2004, pourraient en avoir surpris plus d’un. Mais près de la croix du Christ, n’y eut-il pas le bon larron entré avec lui au ciel, après s’être repenti ? Lors de sa prise d’habit, le Métropolite Euloge lui imposa le nom et le patronage de Marie l’Egyptienne, qui fit pénitence le reste de sa vie au désert. Mgr Euloge, quant à lui, enjoignit à Mère Marie d’aller vivre « le monachisme dans la cité, dans le désert des cœurs humains ». Marie n’ayant rien perdu de sa sensibilité révolutionnaire, son monachisme allait être d’un style tout à fait nouveau, incarné dans l’Evangile. Elle se reconnaissait peu dans la vieille forme traditionnelle du monachisme orthodoxe qui avait tendance à se refermer sur la beauté de la liturgie. Elle rêvait d’un monachisme évangélique et prophétique. Dans les circonstances d’alors, il s’agissait d’un monachisme créatif intégré dans la cité, auquel elle adapta les vœux monastiques. En 1923, avec l’émigration, après des errances à travers différents pays de l’Est et à Constantinople, elle arriva à Paris où elle fonda, au 77 rue de Lourmel, un centre d’accueil et un foyer pour personnes sans domicile fixe. C’était cela « le monachisme dans la cité, dans le désert des cœurs humains ». Elle y accueillit, corps et âme, des immigrés russes affamés, des prostituées, des alcooliques, des sans-abri, des pauvres, etc.…qu’elle consola en les berçant dans leur détresse. En pleine guerre mondiale, elle donna refuge aux Juifs persécutés en France. C’est ainsi que la Gestapo l’arrêta en février 1943. Elle fut déportée au camp de concentration de Ravensbrück où elle mourut, épuisée, en remplaçant – pense-t-on, une autre détenue le vendredi saint pour être brûlée dans les chambres à gaz, le samedi saint. Elle a suivi son Maître jusqu’au Golgotha.
Ainsi Mère Marie a bien sa place dans la grande tradition orthodoxe, celle de l’amour du prochain vécu et souffert jusqu’à la folie en Christ. La vieille tradition orthodoxe a réalisé le premier commandement de l’amour de Dieu, tout en accueillant beaucoup de pauvres dans l’hôpital et l’hôtellerie adjacents aux monastères. En ces temps troublés, Dieu envoya Mère Marie vivre le second commandement de l’amour du prochain, celui que le Christ vécut tout au long de l’évangile, n’ignorant pas le premier. La spiritualité de Mère Marie était celle d’une Eglise dans le monde, sécularisée, d’un culte qui se réalise à travers la vie sociale qu’elle transforme en offrande. Elle évitait toute structure paralysante du passé, quelle que soit sa valeur, pour répondre aux « signes des temps » et allers Celui qui vient. Comme le Seigneur Jésus, elle s’est donnée sans limites pour soulager la souffrance.
Mère Marie était aussi poète, iconographe et artiste. Elle a, soit peinte, soit dessinée, au camp de Ravensbrück, une icône représentant le Christ déjà crucifié dans les bras de Marie. Nous pouvons y lire tout le sens de sa vie spirituelle.
Valère De Pryck

Sources
Mère Marie Skobtsov, Le Sacrement du Frère, Cerf/Le Sel de la Terre, 2001
Paul Ladouceur, Le Désert dans la Cité – Vers de Nouvelles formes de monachisme (encore inédit)
Lumière du Thabor n° 18, juin 2004, L’Originalité de la sainteté, Réflexions sur Sainte Marie Skobtsov
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