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Saint Prophète Daniel
Prophète de l’espérance
VIme siècle
Fêté le 17 décembre - le 11 décembre dans l’Église orthodoxe
Je viens pour te l’annoncer, car tu es bien-aimé (Dan 9, 23)
L’auteur du livre
Le rédacteur final du livre de Daniel, récapitulant plusieurs auteurs différents, écrit en araméen vers 164, à l’époque des Maccabées (175 à 63), sous le nom de Daniel, un prophète qui aurait vécu quatre siècles auparavent. Captif à Babylone, il serait entré à la cour de Nabuchodonosor (Nébucadnetsar) où il exerça une grande influence après avoir gagné la confiance du roi. Le rédacteur inspiré du IIème siècle, tout en rapportant des récits du VIème siècle les imprègne fortement de la problématique de son temps : les persécutions subies par Israël sous Antiochus Épiphane (175-164). Daniel a vu des « choses », que l’auteur projette dans l’actualité dont il est témoin à l’époque des Maccabées.
Ce nom d’emprunt permet à l’auteur de s’appuyer sur l’histoire passée (le temps de l’exil) pour prendre le recul nécessaire et réfléchir sur le déroulement du dessein de Dieu dans l’histoire. Mais surtout pour encourager le peuple à garder l’espérance au sein de cette nouvelle épreuve nationale, sous les Maccabées.
Le livre de Daniel
Le livre se compose de deux parties et de quelques additions dont une version grecque comprenant la prière d’Azarias, l’hymne de louange des trois jeunes gens, l’histoire de Suzanne ainsi que celle de Bèl et du serpent, satire de l’idolâtrie.
La première partie (1-6)
Daniel interprète les songes et visions pour le roi (ch.2). Comme au sixième siècle, Israël écrasé par Antiochus Épiphane, se sent impuissant. Daniel le rassure : ne t’affole pas, c’est un colosse aux pieds d’argile. Le symbolisme de la pierre mystérieuse se détachant de la montagne pour écraser l’oppresseur signifie que Dieu suscitera un royaume qui ne sera jamais détruit et ne passera pas à un autre peuple (2,44-45). Évocation qui sera reprise par l’espérance messianique d’Israël.
Au chapitre 3, le récit des trois jeunes gens jetés dans la fournaise chantant l’admirable cantique au Dieu créateur annonce la défaite du mal (ajouté par le Daniel grec). Il a une portée symbolique qui préfigure la délivrance de la mort pour les martyrs, à l’époque maccabéenne. L’histoire de Daniel dans la fosse aux lions (ch 6) illustre comment Dieu sauve celui qui s’oppose au décret d’idolâtrie du roi par fidélité à la Loi divine, même si, dans un premier temps il subit rejet et péril de mort. Daniel et ses compagnons sortent triomphants des épreuves à la vue des païens qui glorifient leur Dieu qui les a sauvés. Message de réconfort pour le temps de persécution que connaissent les lecteurs du Livre de Daniel.
La deuxième partie (7-13)
Nous nous arrêtons au chapitre 7, chapitre clé où commence l’apocalypse de Daniel, le temps de la fin (11.40). (Apocalypse signifie levée du voile, genre littéraire biblique utilisé aussi par saint Jean pour aider le lecteur à percevoir le véritable sens de l’histoire qui demeure aux mains du Dieu victorieux du mal et de la mort. L’apocalypse – en un langage codé, à décrypter - se veut un message d’espérance pour temps de crise). Le sage qui écrit, englobant une large tranche d’histoire passée, en donne l’intelligence spirituelle à ceux qui présentement se débattent dans les épreuves imposées par Antiochus IV Épiphane. L’auteur met en scène des personnages historiques. Sous l’image de quatre bêtes (quatre, symbole d’universalité), les trois premières bêtes sont comparées à des carnassiers redoutables, tandis que la quatrième présente les traits d’un véritable monstre ne se soumettant à aucune loi, persécutant les saints. À travers cette symbolique, le rédacteur s’en prend à tous les pouvoirs totalitaires depuis Nabuchodonosor (604-562) jusqu’au roi régnant, Antiochus IV. Tout le drame onirique du chapitre 7 se trouve axé sur l’opposition entre l’animalité et l’humanité. Animalité qui attire le jugement divin. Dieu retire le règne à ceux qui se comportent comme des bêtes pour le donner à celui qui répond à sa vocation d’homme. Les quatre bêtes, symbolisant quatre royaumes successifs, sont opposés à l’apparition du Fils d’Homme parfois appelé Fils d’Humanité. (L’humanité se définissant par un comportement bienveillant, respectueux et compatissant). Il désigne un personnage symbolique identifié par la tradition chrétienne au Messie davidique, il appartient au genre humain.
Les visions de cette partie apocalyptique comportent des images et des symboles présentant une énigme à décrypter. C’est l’histoire d’Israël et de toute la terre toujours en danger face aux puissances idolâtres qui cherchent leur perte. Mais la justice du Seigneur finit par s’imposer dans le triomphe des justes et le jugement des coupables.
Le Fils de l’Homme
Celui que Daniel voit venir est comme un fils d’homme. Pourquoi comme dénotant une certaine approximation, une incertitude ? Serait-ce le drame du début de la Genèse revu et corrigé ? Celui qui vient ressemble à l’adam proposé par Dieu à la création avec mission de régner sur les bêtes et sur toute la terre. Il est digne d’être présenté au Seigneur qui l’attend depuis les origines et dont il reconnaît la majesté souveraine (13). Il reçoit la royauté sur tous les humains car il respecte toutes les cultures et saura y distinguer la touche divine. Son pouvoir et son autorité n’ont rien en commun avec celui des bêtes, il règnera, sans pressions, ni contraintes ni violences.
Les gens de tous peuples, nations et langues le serviront (14). Ils feront la découverte émerveillée de ce Visage d’Homme qui porte à l’adoration, à l’obéissance qui écoute, au service.
Au verset 18, cette royauté est déférée aux Saints des lieux Très Hauts que sont les juifs fidèles. Elle consiste essentiellement en la sollicitude pour le troupeau humain, spécialement pour les plus faibles. Dans la soumission et la confiance au Dieu Très Haut, ils auront comme seul moyen d’action l’être et la parole. Leur royauté n’aliènera personne, elle appellera à la justice, à la responsabilité personnelle créative et inventive, respectueuse de toutes les cultures. Ces Saints des lieux Très Hauts auront, d’une part, comme discipline le refus d’adorer de faux dieux, au risque de leur vie (3,19-21) et, d’autre part, une exigence de prière : se tenir devant le Seigneur, comme le Fils de l’homme. En sa présence, ils trouveront assurance et force, sagesse et intelligence des choses cachées (2,21-23).
L’avenir
La curiosité de Daniel comme la nôtre concernent le jour et l’heure de la Fin. Aucune réponse n’est donnée sur la manière dont Dieu accomplira définitivement sa Royauté dans notre monde. Seul le Père connaît le jour et l’heure, dira Jésus. Une certitude soutient le croyant : Dieu est à l’œuvre, même à travers les événements les plus néfastes de l’histoire.
Le livre se termine sur une promesse inouïe pour les martyrs, celle de la résurrection, l’entrée dans la vie éternelle pour ceux qui sont inscrits dans le Livre de Vie (12,1-4) et le jugement pour les ennemis de Dieu et les apostats (Dn 12,1-4 est l’un des grands textes du Premier Testament sur la résurrection). Daniel est le prophète de l’espérance du Royaume (2,44 ;3,33 ; 4,31). Son royaume est un royaume éternel (7,14) qui se réalisera pleinement en Jésus-Christ et par lui. Lui-même se nomme le Fils de l’Homme accomplissant ainsi les visions de Daniel et instaurant le Royaume des saints annoncé par le prophète.
Valère De Pryck et sœur Myriam, clarisse
Sources : La Bible de Jérusalem et la T.O.B.
Jean Burnier-Genton, Le rêve subversif d’un sage, Daniel 7, Labor et Fides, Le Monde de la Bible N° 7, mai 1993.
Cahiers d’Évangile n° 79, Le Livre de Daniel, Cerf, 1992.