Saint Jean, Chrysostome (fêté le 30 janvier)
Posté le 23.11.2006 par orthodoxie

Saint Jean Chrysostome
Fêté le 30 janvier
Quelle soirée émouvante que celle de ce 27 janvier 438. Un bateau, escorté par une centaine de vaisseaux illuminés de torches, entrait dans le port de la Corne d’Or, près de Constantinople. Il ramenait Saint Jean Chrysostome de Comane, sa terre d’exil où il était mort d’épuisement. L’empereur Théodose en personne, avec toute sa suite, étaient présents pour accueillir le saint et implorer son pardon pour le tort que lui avaient causé ses parents, Arcadius et l’impératrice Eudoxie. Qui était ce Jean ?
Jean Chrysostome est né vers 349, à Antioche. Sa mère, Anthousa, restée veuve à vingt ans, se consacra à l’éducation chrétienne de Jean. A Antioche, il assista aux cours du plus célèbre des professeurs : Libanius. Dès 367, il étudia les sciences sacrées et fut baptisé pendant la nuit pascale de cette année par Saint Mélèce. Vers 370 il fut ordonné lecteur. Son ami Basile fut ordonné prêtre, croyant que Jean l’était aussi, mais celui-ci s’était enfui. En 372, il se retira au désert auprès d’un ancien, puis solitaire dans une grotte. Il dormait peu, apprenait les Ecritures par cœur. Sa santé fragile ne résista pas, il revint à Antioche en 378. En 381, Mélèce l’ordonna diacre et en 386, Flavien, son successeur, lui conféra le sacerdoce. Sa mission consista surtout en la prédication de la Parole. Il prêchait, parfois durant deux heures. Pas de demi- mesures chez lui, ni de compromission, il était entier, mais cependant plein de tendresse pour la population d’Antioche vivant dans le désordre moral. Il dénonçait tous les excès tant politiques, économiques que religieux. Aux femmes qui se paraient de belles parures, il n’hésitait pas à dire : « Pour que tu puisses te parer d’une seule et unique perle, des milliers de gens pauvres devront avoir faim ».
Lors de la mort de l’évêque de Constantinople Nectaire, l’empereur Arcadius imposa Jean comme successeur. L’évêque Théophile d’Alexandrie, ulcéré parce qu’évincé, ne pouvant sacrer son propre candidat, dut obtempérer à contre cœur et sacrer Jean. Plus tard, il prendra une terrible revanche en le faisant envoyer en exil.
Jean s’attaqua aussitôt aux désordres de la cour impériale et de l’église. Son zèle lui valut de violentes oppositions. Son âme était trop noble pour pactiser avec toutes les intrigues impériales et ecclésiales.
L’évêque Théophile allait prendre sa revanche. Il réunit un synode de 35 évêques pour juger Jean, qui refusa de se présenter. Même déposé et envoyé en exil, le peuple lui resta fidèle et une émeute éclata. L’impératrice fit une fausse couche, ce qu’elle interpréta comme une désapprobation divine du traitement infligé à Jean. Elle rappela celui-ci qui fut accueilli en triomphe. Théophile et les siens se hâtèrent de quitter les lieux.
A Constantinople, les intrigues reprirent. Lors de l’érection d’une statue en l’honneur d’Eudoxie, le peuple se livra à des divertissements païens et licencieux, contre lesquels Jean prononça une violente homélie. Il compara Eudoxie à Hérodiade adultère voulant la tête de Jean-Baptiste. Elle s’irrita et voulut en finir avec lui. Avec l’appui des évêques opposés à Jean, l’empereur lui interdit l’exercice de sa fonction épiscopale. La nuit pascale suivante, privé de lieu de culte, il baptisa 3000 catéchumènes dans les thermes de Constance. La célébration se termina dans la répression et le sang, et Jean fut mis en résidence surveillée. Théophile en profita pour réunir des évêques d’Egypte qui étaient sous sa juridiction pour venir à Constantinople et faire déposer Jean sous un ensemble de faux témoignages et accusations. Envoyé en exil à Cucuse, de nombreux sympathisants venaient le voir auxquels il lui arrivait de prêcher. Davantage irrités, les évêques accusateurs obtinrent qu’il fût finalement exilé à l’extrémité orientale de la Mer Noire, afin de ne pouvoir revenir. Dans son exil à Pytyonte, il fut maltraité jusqu’à l’épuisement. Affaibli, la troupe impériale ne connut pas de pitié et Jean s’effondra devant la chapelle de Basiliscus, qui lui était apparu en songe disant au Seigneur: Prépare une place pour mon frère Jean, car il arrive. Revêtu des vêtements blancs des mourants et après avoir reçu les sacrements, il mourut à Comane, le 14 septembre 407, en disant : « Gloire à Dieu pour tout ».
Le pape Innocent désapprouva la condamnation et l’exil de Jean prononcés par un synode illicite. Malgré ses rappels à l’ordre et le refus de Théophile d’Alexandrie d’y donner suite, il ne resta plus au pape d’autre moyen de pression que de rompre la communion ecclésiale avec lui. Cette première séparation de l’Occident et de l’Orient, qui, bien que non définitive à ce moment, allait s’aggraver jusqu’à la rupture de 1054.
L’impératrice était morte dans une nouvelle fausse couche en 404 et l’empereur peu après. Plusieurs évêques accusateurs moururent bientôt dans des souffrances terribles. Le peuple, resté fidèle à son évêque Jean, réclama son retour et le 27 janvier 438, Jean fut réhabilité.
Œuvres et pratique pastorale.
Prédicateur très apprécié de la Parole, on le surnommait « Chrysostome », c’est-à-dire « bouche d’or ».
Jean est le Père grec dont l’œuvre écrite est la plus abondante. Dans son œuvre exégétique, il a le souci de trouver des applications pour la vie de tous les jours. On a pu dire qu’il vivait en symbiose avec Saint Paul. Son travail doctrinal développe davantage l’apophatisme, la connaissance négative de Dieu. Il y développe également une théologie claire du mystère trinitaire à la portée de tous.
Dans le domaine de la vie monastique, il insiste sur la philanthropie divine : II n’est point d’amant du corps qui brûle pour son amante d’un désir égal à celui de Dieu pour le salut de nos âmes. Il conseille à ses fidèles de faire un séjour auprès des moines pour être stimulés à une vie fervente, et considére la demeure chrétienne comme un petit monastère.
Ses nombreuses lettres (236) traitent du sens de la souffrance, de la foi en la Providence, de la patience, etc.
Jean n’est pas un doctrinaire mais un pasteur. Il s’en tient à la tradition dogmatique de l’Eglise et mène une vie vouée à l’ascèse et à la prière.
Le sacrement de l’eucharistie où il exprime toute sa tendresse pour le Christ, devient le corps du Christ dans les pauvres, ses frères. C’est ainsi qu’il s’en prend aux propriétaires terriens, aux spéculateurs, à ceux qui exploitent la misère de leurs semblables. Les évêques, invitant à leur table luxueuse gens de la Cour et coreligionnaires ne furent pas épargnés. Il paya cher sa franchise et son honnêteté.
A Antioche, Jean s’exprime souvent de manière négative à l’égard des femmes et du mariage. Mais le contact avec elles à Constantinople le fit évoluer. Aujourd’hui encore, il est parmi ceux qui parlent admirablement de l’union de l’homme et de la femme. « Au sujet du mariage, il est en mesure d’en parler en termes de tendresse, en expliquant à sa communauté, avec de belles comparaisons, de quelle manière, dans l’acte sexuel, homme et femme deviennent une seule chair, à la façon dont un or précieux se fond dans un or précieux ou comme la myrrhe se dissout dans l’huile d’olive. Quand la femme reçoit de son mari l’élément précieux et fécond, elle le nourrit, l’assimile à sa propre substance et enfante un enfant qui est le pont qui réunit les trois en une seule chair. » (R. Brändle, Jean Chrysostome, p.109-110).
Dans les églises orthodoxes, la Liturgie selon Saint Jean Chrysostome se célèbre chaque dimanche.
Valère De Pryck
Sources : Archimandrite Placide Deseille, Saint Jean Chrysostome, Extrait de Témoignages et Pensée Orthodoxes, Internet
Rudolf Brändle, Jean Chrysostome, Cerf-Histoire, Paris, 2003
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