Posté le 15.10.2007 par orthodoxie

[SIZE=14]L’Apôtre André
Phanar – Istanbul
Saint André, apôtre
Patron de l’Ecosse et de la Russie
Fêté le 30 novembre
André vient du grec Andreas qui signifie « viril, beau, courageux ». Seuls les évangiles synoptiques en font mention à quelques reprises, sa ns satisfaire vraiment notre curiosité…
Saint Marc inaugure la prédication de Jésus par l’appel des deux premiers disciples : Simon et André, son frère, alors qu’ils étaient en train de jeter leurs filets à la mer (Mc. 1, 16-18). Ils habitent à Capharnaüm, où Jésus, sortant de la synagogue, s’en vient guérir la belle mère de Simon dans leur maison (Mc. 1, 29). Selon Marc, André est l’un des quatre qui avec Pierre, Jacques et Jean, questionnent Jésus sur la destruction du Temple (Mc.13, 3-4).
Saint Matthieu reprend le récit de Marc. Jésus appelle Pierre et André ensemble au moment où ils sont en train de jeter leurs filets dans la mer. Ils le suivent sans tarder (Mt. 4, 18-20). Saint Luc mentionne André parmi les douze que Jésus choisit parmi les disciples après avoir prié dans la montagne. Pour lui, pas d’ordre chronologique dans l’appel. (Lc 6, 12-16). Ce qui importe, c’est leur mission. Luc les appelle : Apôtres ; « envoyés » pour porter la bonne nouvelle à tous.
Saint Jean nous donne davantage de détails sur la naissance de sa vocation. Disciple de Jean Baptiste, il serait le premier appelé (« protoclite », selon le nom grec dont l’honore l’Eglise Byzantine). Au passage de Jésus, le Baptiste le désigne comme « L’Agneau de Dieu ». Aussitôt, à l’écoute de cette annonce, André et un autre disciple, probablement Jean, suivent Jésus. Par une question, ce dernier éveille leur désir profond : « Rabbi, où demeures-tu » ? Jésus alors les invite à demeurer auprès de lui : « Venez et voyez ». Rencontre, communion sur lesquelles l’évangéliste garde le silence. Dans son enthousiasme d’avoir trouvé le Messie, André s’empresse dès le lendemain de partager son expérience à son frère Simon qu’il amène à Jésus. Comme Philippe, André et Simon sont originaires de Bethsaïde en Galilée au nord du lac de Tibériade (Jn. 1, 40-42). Lors de la multiplication des pains (Jn. 6, 8-9), la foi de l’apôtre est mise à l’épreuve. Cependant, il fait confiance et présente au Seigneur l’offrande du pauvre, d’un enfant muni de cinq pains d’orge et de deux poissons. Avec Philippe il servira de médiateur entre les Grecs qui veulent voir Jésus et le Seigneur (Jn. 12,20-22). Déjà le voilà rempli de zèle missionnaire, comme au lendemain de la Pentecôte. C’est cet aspect de la personnalité d’André, l’un des quatre colonnes de la première communauté, que l’évangéliste met en avant dans les récits le concernant.
En dehors des récits évangéliques, nous n’avons plus de traces écrites de l’apostolat de saint André. Après la Pentecôte, chacun des apôtres partit évangéliser une partie du monde connu. Selon des sources difficiles à vérifier, André serait parti vers la Mer Noire, l’Asie Mineure, la Thrace, la Macédoine et plus au nord notamment l’Ukraine, la Roumanie, la Bulgarie, parcourant également la Turquie, la Géorgie et la Russie. Il serait remonté le long du Dniepr, de Kiev jusque Novgorod. Sur le chemin de retour, en Turquie, il convertit les habitants de la petite ville de Byzance. Il y fonda une Eglise dédiée à la Mère de Dieu et y établit Stachys, l’un des septante disciples, comme évêque après lui. Grâce à André et Pierre, les deux frères, un lien s’établit entre l’Eglise de Rome et celle de Byzance, appelée Constantinople par la suite, et Istanbul aujourd’hui. Selon la tradition, il arriva ensuite à Patras, en Achaïe, où il fut martyrisé sous l’empereur Néron en 60. Le proconsul du lieu, Egée, refusa d’entendre la bonne nouvelle de l’Evangile et ordonna de le fixer par des cordes à une croix, afin que sa mort fût plus lente. Il y demeura attaché pendant trois jours, annonçant l’évangile du haut de sa croix. Puis, il pria ainsi : « Accueille-moi, mon Maître, ô Christ, que j’ai aimé, que j’ai connu, que je désire voir….Reçois mon âme, Seigneur Jésus-Christ ».
En 1462, le pape Pie II reçut d’Orient le crâne du saint. Il fut placé dans la Basilique Saint Pierre avec son frère. En septembre 1964, le pape Paul VI créait la surprise en restituant à l'église de Patras, en Grèce, le chef de saint André. Geste d'amitié et de fraternité à l'égard de l'Église orthodoxe grecque et de son patriarche. (Interface n° e-87 Septembre 2002- J.Siat et P .Fransen)
La liste des patriarches de Constantinople cite l’apôtre André comme fondateur de l’Eglise de Constantinople en 38, suivi par l’apôtre Stachys. L’actuel patriarche Bartholomée est le 270me successeur de saint André.
En Angleterre, environ sept cents églises sont mises sous le patronage de saint André. En France, il vient de suite après les saints Pierre et Paul. C’est dire l’impact qu’il a eu aussi en Occident malgré l’absence de documents écrits.
La croix de saint André.
Lors de sa visite auprès du patriarche Bartholomée en 2006, Benoît XVI déclara : « Une tradition successive, comme nous l’avons mentionné, raconte la mort d’André à Patras, où il subit lui aussi le supplice de la crucifixion. Cependant, au moment suprême, de manière semblable à son frère Pierre, il demanda à être placé sur une croix différente de celle de Jésus. Dans son cas, il s’agit d’une croix décussée, c’est-à-dire dont le croisement transversal est incliné, qui fut donc appelée « croix de saint André ».
Valère De Pryck et sœur Myriam, clarisse
Sources : Vie des saints et bienheureux – RR PP Bénédictins de Paris – Letouzey et Ané – Paris – 1954
Catholicisme – Hier - Aujourd’hui- Demain – Letouzey et Ané – Paris - 1948
Posté le 21.09.2007 par orthodoxie
Cimabue
Saint François d’Assise
1181-1208
Fêté le 4 octobre
François naquit à Assise fin 1181. Pierre Bernardone, son père, était marchand drapier. Voyageant beaucoup en France pour ses affaires, il aimait ce pays et voulait appeler son fils François, qui avait déjà reçu le nom de Giovanni lors de son baptême, en son absence. Il rêvait de le voir lui succéder à la tête de son florissant commerce de draps. Sa mère, dame Pica, chrétienne fervente, l’éduquait selon les coutumes religieuses de son temps. Cependant elle laissait François participer aux fêtes païennes d’Assise où beuveries et grivoiseries étaient d’usage. Très vite, de par son tempérament de meneur et une excellente bourse, François devint le gai luron en tête de la bande de festoyeurs et très prisé par eux : le prince de la fête ! Celano, son biographe, relatant cette période de sa jeunesse insouciante, dira – selon les expressions propres aux hagiographes – qu’il « vivait dans le péché ».
François raconte lui-même la première étape de son évolution intérieure :
«Quand j'étais encore dans les péchés, la vue des lépreux m'était insupportable; mais le Seigneur lui-même me conduisit parmi eux et je les soignai de tout mon cœur. Et quand je les quittai, ce qui m'avait semblé amer s'était changé pour moi en douceur pour l'esprit et pour le corps. Ensuite j'attendis peu, et je dis adieu au monde ».
Blessé et emprisonné lors d’une guerre contre Perouse, il tomba malade. Après sa libération, en prière devant le Crucifix de la chapelle délabrée de Saint Damien, il entendit une voix lui dire : « François, va et répare ma maison qui tombe en ruines ». Cette Parole du Christ en croix le toucha au cœur. Ce fut le début d’une transformation radicale. Prenant l’appel du Christ à la lettre, François, rêvant de gloire et de chevalerie, restaura trois chapelles : Saint Damien, Saint Pierre et Notre Dames des Anges (la Portioncule). Pour subvenir aux frais de ces restaurations, il vendit quelques morceaux de drap appartenant à son père. En colère, Pierre Bernardone enferma François dans la cave de la maison. Sur la place publique d’Assise, devant l’évêque qui devait le juger pour cette dilapidation de biens paternels, il se dépouilla de ses vêtements et se mit sous la protection du prélat, disant à son père: « Même mes habits, je vous les rends ! Jusqu’ici je vous ai appelé père ; désormais je puis dire avec assurance : Notre Père qui es aux cieux.
A la Portioncule, lors de la lecture de l’Evangile de la mission (Mathieu, 10,9) il comprit l’invitation du Christ à une vie radicale de pauvreté. Il quitta son habit pour une tunique simple avec une corde comme ceinture. Bientôt d’autres jeunes le rejoignirent. A la tête d’une petite communauté, pérégrinant à travers quelques villes, François et ses frères finirent par s’installer à la Portioncule.
A la même époque, vivait à Assise une jeune noble, Claire Favarone. A l’écoute des sermons de François, elle perçut à son tour l’appel du Seigneur. Âgée de 18 ans, elle s’enfuit du palais, la nuit des Rameaux 1212, pour rejoindre François et fonder l’Ordre des Pauvres Dames, connu actuellement sous le nom de Clarisses. Tous deux partagèrent le même idéal de pauvreté absolue : ne rien posséder ni personnellement, ni en communauté, pour vivre comme seule règle, l’Evangile du Christ pauvre.
François priait souvent avec ses frères dans des ermitages. Celano, son biographe, l’appelle « la prière faite homme ». Prière plus de louange que de demande : « A toi puissions-nous offrir toute louange, toute gloire, toute reconnaissance, tout honneur et tout bien ».
Dès qu’il réunit autour de lui une douzaine de frères, il alla trouver le pape Honorius III pour faire approuver sa règle définitive.
Le 14 septembre 1224, comme François se retirait sur le Mont Alverne pour le carême, et pour contempler en amoureux la Passion du Christ il reçut les stigmates dans son corps de la Passion de Notre Seigneur.
En mars 1225, son ophtalmie empira, aucun traitement médical ne put y porter remède. Ramené à la Portioncule à sa demande, il y mourut le 4 octobre 1226. Le 16 juillet 1228, le pape Grégoire IX le canonisa.
Sa spiritualité.
Vivre l’Evangile, rien que l’Evangile, le seul livre qu’il connaisse. Il contemple longuement et dans les larmes la passion de Notre Seigneur. Il veut suivre le Christ pauvre et humble, Source de sa joie et de sa paix, non sans grandes souffrances. Il goûtera abandon et désarroi au moment où les frères devenus très nombreux mirent en question une vie de pauvreté absolue. Durant ces moments de détresse, Claire, envoya frère Ange pour le soutenir, elle ne voulait pas que l’amertume, comme un ver rongeur, mette son âme en danger. Avec son aide, et dans la prière, François, petit à petit, retrouva la paix.
Un jour que Frère Léon désespérait d’arriver à la pureté du cœur, François lui répondit: « Ne te préoccupe pas tant de la pureté de ton âme. Tourne ton regard vers Dieu, admire-le, réjouis-toi de ce qu’il est et rends-lui grâces à cause de lui-même ». Se laisser éblouir par le Seigneur sans se retourner sur soi-même et toute amertume et tristesse disparaîtront.
François, homme réconcilié, vit en harmonie avec la nature : les oiseaux, le loup de Gubbio, le feu, … La mort naturelle, cette rencontre, dans la joie, avec le Seigneur bien-aimé, ne l’effraie pas. Vers la fin de sa vie, il écrira le Cantique du Soleil, chant de louange et d’admiration à l’égard de son Créateur. Chaque créature est signe de la beauté et de la bonté de Celui qui l’a créée.
« Loué sois-tu, mon Seigneur, pour notre sœur la mort corporelle … Que ma sœur la mort soit la bienvenue ». Habité de cette attente joyeuse, il alla vers le Père.
Sources : Eloi Leclerc, Sagesse d’un Pauvre, Desclée de Brouwer, 2007
Julien Green, Frère François, Seuil, 1983
Valère De Pryck et sœur Myriam, clarisse
Posté le 09.08.2007 par orthodoxie
Saint NICOLAS DE FLUE
1417- 1487
Patron de la Suisse
Fêté le 25 septembre
Nicolas voit le jour en mars 1417 dans le hameau de Flueli, près de Sachseln, au bord du lac de Sarnen, au pays d’Obwald. Son éducation se fit à la maison à travers des entretiens en famille et avec les voisins qui lui inculquèrent l’amour de la patrie. Apprécié par le peuple, il devint juge et conseiller cantonal. Mission accomplie avec un grand sens de la justice reçu comme un don divin, et avec beaucoup de charité.
Dès sa jeunesse, il se montra un jeune homme chaste, bon et vertueux, cherchant à vivre en paix avec tous. Souvent il se retira dans la solitude des champs pour s’entretenir avec Dieu. De son mariage à trente ans, avec Dorothée Wyss, âgée de 16 ans naquirent 5 garçons et 5 filles. Avec amour, Dorothée accompagna Nicolas dans sa quête spirituelle, et le soutint dans sa vocation très particulière.
Appelé à participer aux guerres (il fut appelé trois fois sous les armes) comme tout citoyen suisse, il veilla à causer le moins de dommage possible à l’ennemi.
Toujours, il fut un ascète. Mais le plus étonnant pour nous fut la suite de sa destinée. A l’âge de cinquante ans, après la naissance de son dixième enfant, âgé seulement de treize semaines et avec le consentement de son épouse, d’une grandeur de foi inébranlable, il quitta sa famille, laissant au fils aîné, qui y consent avec ses frères et ses sœurs, le soin de subvenir à tous les besoins. Il se retira dans un endroit proche, connu seulement de sa femme, le Ranft, pour y méditer la passion du Seigneur. Il lui permit ainsi qu’à ses enfants de venir le voir de temps en temps pour recevoir ses conseils bienfaisants. Son départ causa certes une grande souffrance, mais la famille resta unie.
Lorsque les habitants du village, divisés sur son choix de vie, virent sa détermination, ils lui construisirent un ermitage au Ranft, où il s’adonna à un jeûne très strict. Peu après, on y adjoignit une chapelle de sorte qu’il put quotidiennement assister à la messe. Ne sachant ni lire ni écrire, Dieu lui parla en songes et par des visions (l’étoile, le rocher, l’huile sainte, le lys, etc.). Le seul livre qu’il eut pour nourrir sa contemplation fut une grande icône appelée « Traité de la Roue » où sont représentés les aspects importants du Mystère du Christ, l’Annonciation, la Nativité, le baiser de Judas et la Croix jusqu’à l’Eucharistie. Placée dans la chapelle du Ranft, elle se trouve aujourd’hui dans l’église de Sachseln.
Sa réputation de sainteté se répandit, aussi l’évêque de Constance envoya son auxiliaire, Mgr Thomas, rendre visite à l’ermite et s’enquérir discrètement sur l’authenticité de sa démarche spirituelle. Sur ordre de l’évêque, il lui fut demandé d’interrompre son jeûne et de manger trois morceaux de pain. Après avoir avalé le premier morceau, il fut pris de douleurs à l’estomac. L’évêque interrompit l’épreuve, convaincu de l’obéissance à l’Eglise, et de l’humilité de Nicolas, lesquelles sont signes de l’authenticité de toute vie mystique.
Le soir du 21 décembre 1481, les députés des cantons helvétiques se trouvèrent sur pied de guerre. Toutes les négociations avaient échoué. Dans la nuit, le curé de Stans, prêtre pieux et vénérable, vint trouver Nicolas dans son Ranft. Le lendemain matin, il parvint à rassembler tous les délégués leur apportant un message non divulgué de Bruder Klaus, capable de dissoudre les rancœurs accumulées et d’éviter la guerre civile. Une heure plus tard, tout fut réglé, les cloches purent sonner et un nouveau pacte, le « Covenant de Stans », fut signé. Ce fut la première charte constitutionnelle de la Suisse, dont frère Nicolas devint le fondateur au moyen de la paix. Par la suite, à différentes reprises, on fit appel à lui pour conserver cette dernière entre les nations. On ne peut qu’être étonné par l’influence sociale qu’exerça cet ermite ayant renoncé au monde. Veilleur, mystique il s’expose aux mystères divins pour en rayonner, comme Moïse descendant de la montagne. Beaucoup cherchèrent auprès de lui conseil et guidance pour leur vie. Il n’était pas homme de science mais homme de prière, cœur brûlant qui attire et conduit vers son Maître et Seigneur.
Dieu avait prédit à Nicolas qu’il mourrait à septante ans. Le 21 mars 1487, après une longue et douloureuse maladie, il demanda le saint viatique que le curé de Stans lui apporta. Après avoir communié et rendu grâces, il prit les mains de sa femme et de ses enfants et s’endormit.
Déclaré bienheureux en 1672, Pie XII le canonisa en 1947. Tous les Suisses vénèrent en lui le père de la patrie. Son épouse, femme d’une foi ferme et inébranlable, est également proposée pour rejoindre le calendrier des saints.
Voici une de ses prières favorites : « O Seigneur, enlevez tout ce qui m'éloigne de vous ! — O Seigneur, faites-moi don de ce qui mène à vous ! — O Seigneur, enlevez-moi à moi-même et donnez-moi tout à fait à vous !» Puissions-nous la faire nôtre afin que nous devenions peu à peu transparence du Seigneur auprès de nos frères et sœurs.
Sources : Philippe Baud, Nicolas de Flue, Cerf, 1993
Philippe Baud, Prier 15 jours avec Nicolas de Flue, Nouvelle Cité, 2002
O. Knecht, curé, Fribourg, 1946 (Internet)[/SIZE][/FONT][/FONT]
Posté le 24.06.2007 par orthodoxie
ORIGENE
185-254
Origène est né à Alexandrie en 185. Il est l’aîné de 7 enfants. Son père, Léonide, professeur de littérature, apprend la Bible à son fils qui se montre très intéressé. En 201, l'empereur Septime Sévère déclenche une persécution. Léonide est emprisonné parce que chrétien. Origène, qui a 16 ans à ce moment, est empêché de le rejoindre en prison car sa mère cache ses vêtements. Il écrit alors une lettre à son père pour le soutenir dans sa foi. Celui-ci meurt martyr et Origène en sera marqué pour la vie. Il devient ensuite le soutien moral et matériel de sa mère et de ses sept frères, grâce e.a. à une riche chrétienne qui lui permet de continuer ses études tout en reprenant l’école de son père.
Fort apprécié par son évêque, il forme les catéchumènes, ce qui signifiait à l’époque les préparer aussi au martyre. De plus en plus, il s’attache à la Parole de Dieu et souhaite donner son sang pour le Christ.
En 217, il part pour Césarée de Philippe, où, bien qu’encore laïc, il s’adonne à la prédication. Vu son succès, son évêque d’Alexandrie, Démétrios, le rappelle pour l’envoyer à nouveau muni d’une lettre, combattre les marcionistes (ceux-ci séparaient le Dieu juste de l’A.T. du Dieu bon de Jésus-Christ. Or, Origène refuse ces deux Dieux). Passant par la Palestine, l’évêque de Césarée l’ordonne prêtre, afin de donner plus de poids à son enseignement. Ayant reçu un rapport falsifié de sa mission, Démétrios, avec quelques évêques égyptiens, le déclare déchu de son sacerdoce. Cette blessure le marquera pour la vie, mais il ne veut point cultiver des sentiments de haine dans son cœur.
S’étant retiré à Césarée de Palestine, il commence la rédaction de ses œuvres tout en prêchant à Athènes et dans tout l’empire romain.
En 235, sous la persécution de Maxime, il écrit son « Exhortation au martyre » où il livre le fond de son âme ardente.
En 249, l’empereur Dèce déclenche une nouvelle persécution. Origène, emprisonné et torturé, reste fidèle à son Dieu. Mais, ne mourant pas dans les tortures, il n’est pas déclaré saint comme tant d’autres. A la mort de Dèce, en 251, Origène sort de prison. Il s’éteint en 254 des suites de sa captivité.
Après sa mort
Homme d’Eglise, Origène se veut soumis à elle. Mais que s’est-il passé pour que trois cents ans après sa mort, en 553, le Ve Concile de Constantinople le déclare hérétique ?
En le sortant du contexte de son époque et en présentant ses hypothèses de travail de théologien comme des dogmes, toute son oeuvre fut faussée. Dès lors, ce qui fut condamné injustement se nomme « l’origénisme ». Or, celui-ci ne reflète ni l’exégète, ni son message spirituel, ni le croyant amoureux du Christ et fils fidèle de l’Eglise. La question qui se pose est comment l’Eglise en est arrivée là sous le couvert de l’infaillibilité d’un Concile œcuménique. Ce problème mériterait d’être précisé et clarifié. D'ailleurs,aucun théologien actuel ne considère Origène comme un hérétique. Henri de Lubac regrettait de ne pas avoir été pape pendant un quart d'heure pour le déclarer saint. Il fut admiré par les grands de son temps, tant en Orient qu’en Occident. Mais il se fit que des moines déformèrent ses hypothèses de travail en certitudes. Des oppositions entre évêques s’en suivirent et certains moines descendirent même à Alexandrie muni de bâtons. En fin de compte, il perdit tous ses défenseurs et sortit défiguré de telles querelles théologiques.
En fait, la condamnation portait davantage sur la doctrine évagrienne, mais les conséquences en furent dramatiques pour Origène au point qu'en Orient, ses œuvres originales en grec furent détruites. Heureusement les traductions latines établies par Jérôme et Rufin survécurent en Occident. Il tomba cependant dans l’oubli jusqu’à la deuxième moitié du vingtième siècle où les théologiens le redécouvrirent. De plus, il a été admirablement réhabilité par Benoît XVI dans son allocution du mercredi 25 avril 2007 sur Origène. Quel patriarcat osera aller plus loin ? Comment l’Orient le perçoit-il aujourd’hui ?
Son œuvre
Grâce à plusieurs sténographes mis à sa disposition par un converti, Origène mène à bien toute son œuvre écrite.
Elle est immense. Son but : expliquer l’Ecriture Sainte, y trouver une nourriture spirituelle qu’en bon pasteur il veut comprendre et transmettre dans ses nombreuses homélies.
Premier grand exégète de l’Histoire de l’Eglise, « ses Hexaples » sont une œuvre de critique textuelle. Il y met en parallèle les six traductions de la Bible disponibles à son époque pour tenter de trouver le texte le plus proche de l’original. Il est le père de l’ «exégèse allégorique » qui consiste à mettre en lumière des réalités spirituelles cachées sous le sens littéral. C’est en toute humilité qu’il se soumet à l’Esprit Saint, seul véritable exégète et inspirateur des Ecritures. Il veut se laisser imprégner de la Parole par une contemplation nourrie d’un grand désir, d’une quête jamais satisfaite.
Dans une œuvre magistrale de théologie, son traité « Des Principes », il offre aux chrétiens en recherche intellectuelle des réponses en accord avec la Bible. Malheureusement, pour ce penseur pourtant orthodoxe, précurseur de la foi de Nicée, les « peut-être » qui traversent sa réflexion furent transformés par ses disciples en : « il a dit que ».
En ce qui concerne la Mariologie, pas encore développée à l’époque d’Origène, Jésus est né d’une femme. Vierge, elle l’est demeurée par la suite. Selon l’historien Socrate, dans un texte aujourd’hui perdu, Origène appelle Marie "la Theotokos", Mère de Dieu.
Origène veut connaître Dieu, le Christ. Sa connaissance n’est pas purement intellectuelle, car sa vision tend vers une mystique qui débouche sur l’amour et l’union. Origène expérimente le Christ comme deux amis qui se connaissent et qui communient dans un même amour. Cette mystique trouve sa source chez Saint Jean et se développera tant en Orient qu’en Occident. Tant la naissance que la croissance du Christ dans l’âme et le mariage mystique sont des thèmes chers à Origène puisés dans l’interprétation du Cantique des Cantiques. S’il fallait résumer en un seul mot l’influence d’Origène, le mot « intériorité » conviendrait parfaitement. Origène nous apprend à « habiter notre cœur », « car il est là, le Verbe de Dieu, et son œuvre actuelle est d’écouter la terre de chacune de nos âmes et d’ouvrir la source » (Hom. Gen. 13,4).
Valère De Pryck et sœur Myriam, clarisse
Sources : CD. Frère Luc, Un Cours sur les Pères de l’Eglise, en vente au prix de 45€ à l’Abbaye de Cîteaux – F 21700 Saint Nicolas les Cîteaux (franco de port pour l’Europe). (monastère.citeaux@wanadoo.fr)
Sœur Gabrielle Peters o.s.b. Lire les Pères de l’Eglise. Cours de Patrologie, Desclée De Brouwer, 1981[/FONT][/SIZE]
Posté le 05.05.2007 par orthodoxie

Noé, Elie et Hénoch
Un patriarche antédiluvien : le patriarche Hénoch
Fêté le 10 juin
Marche en ma présence
Avec le patriarche Hénoch, nous remontons à un moment du temps qui échappe à nos échelles habituelles. Les Ecritures ne nous livrent que quelques brèves références le concernant. Il existe bien dans la littérature juive un Livre apocryphe d’Hénoch auquel l’épître de Jude 14-18 fait allusion, mais je m’en tiendrai aux livres canoniques. Il est vain d’essayer de faire une biographie détaillée du personnage ; les indications bibliques nous permettent d’esquisser le sens spirituel de la présence d’Hénoch aux premières pages de l’Ecriture. Il est le septième patriarche depuis Adam, arrière-grand-père de Noé, époque où la perversion avait atteint un tel degré sur terre que Dieu décida de laver à grande eau cette « pollution » du mal (cfr. Le déluge et l’arche de Noé).
Hénoch, le croyant. Le livre de la Genèse en parle ainsi : « Hénoch marcha avec Dieu, puis il disparut, car Dieu l’enleva » (Gn. 5, 24). Nous pouvons en déduire qu’Hénoch fut un de ces personnages bibliques qui, à la manière d’Abraham, marchèrent avec Dieu : « marche en ma présence et sois parfait » (Gn. 17,1). « Marcher avec Dieu » trouve sa source, son dynamisme, sa « perfection » dans la foi-confiance et dans la fidélité en un Dieu, lui aussi fidèle à son alliance avec l’homme. Marcher implique l’idée d’élan, de continuité, de persévérance. Celui qui marche avec un ami, le connaît (Am. 3,3), un échange s’établit. Situé ainsi au début de la Bible, n’ébauche-t-il une réponse de l’homme en écho à l’inquiétude de Dieu après la chute : « Adam, où es-tu ? » (Gn. 3,9). Cette perfection du patriarche se retrouve dans le nombre d’années que la Genèse lui accorde : 365 ans, un nombre parfait.
Puis Hénoch « disparut, Dieu l’enleva ». A propos des autres patriarches, il est dit : « il mourut ». Ce n’est pas le cas pour Hénoch. A la différence d’Adam et des autres, Moïse (auteur présumé du Pentateuque) insiste par deux fois sur le fait qu’il « marchait avec Dieu ». Adam, lui, s’était caché par crainte tandis que Dieu le cherchait. Ici existe une relation d’origine, d’avant le péché, pourrait-on dire. En une telle communion harmonieuse avec son Dieu, l’homme ne pouvait mourir. N’est-ce point cela que l’auteur suggère ? Les autres patriarches vécurent sans cette grâce particulière qui les unissait de manière privilégiée à Dieu : ils moururent, comme chaque être humain, des suites de la faute. En sa personne, Hénoch porte l’espérance : sa vie de relation à Dieu n’est pas marquée du poids de la malédiction que représente la mort, vivre avec Dieu, en sa présence, conduit à la vie, non à la mort, à la vie qui rompt la chaine menant vers la mort. La fin de sa vie s’apparente à celle du prophète Elie, emporté sur un char de feu.
L’Epître aux Hébreux nous dit que c’est par la foi qu’il fut enlevé, de sorte qu’il ne vit pas la mort et qu’on ne le trouva plus (Hb. 11, 5). Récompense unique pour sa foi, (adhérence, adhésion selon la traduction de Chouraqui) accordée seulement à Elie et refusée à Moïse, qui mourut cependant « dans un baiser de Dieu ». Hénoch est le juste, exempt des affres de la mort, élu par Dieu pour contempler les mystères divins dans la terre promise (est-ce nécessairement un lieu matériel d’avant la chute ?).
Le livre de l’Ecclésiastique lui rend hommage en ces termes : Personne sur terre ne fut créé l’égal d’Hénoch, c’est lui qui fut enlevé de terre. (Si. 49,14 et 19,16).
Un autre élément mérite d’être relevé : Hénoch, après la naissance de Mathusalem, engendra des fils et des filles (Gn. 5,22). Nous pouvons en conclure qu’il eut une vie conjugale et familiale très riche, féconde, bénie de Dieu. L’auteur de la Genèse ne précise pas leurs noms, comme pour les autres patriarches antédiluviens qui tous « engendrèrent des fils et des filles ». Une manière de dire qu’ils sont à l’origine de l’humanité répandue sur la terre. N’imaginons pas Hénoch comme un mystique, mais plutôt comme un homme ordinaire qui, dans les tâches familiales, confronté à un monde vivant dans le péché auquel il dut résister lui aussi, prenait du temps pour s’entretenir avec Dieu et vivre selon son désir.
Le premier nom de Dieu dans l’A.T. est El Shaddaï, c.-à-d. Le Montagnard. C’est celui qu’invoquait Hénoch. Hénoch était-il un nomade que Dieu accompagnait dans ses pérégrinations à travers les montagnes ? Par sa fidélité de croyant Hénoch plaisait à Dieu (autre traduction de marchait avec Dieu), il lui fut agréable parce qu’il marchait en sa présence.
Hénoch, le prophète. Il « prophétisa » à l’intention de ceux de sa génération, dit Jude 14-15. Le Seigneur viendra juger ce peuple tombé dans toutes sortes d’impiétés. Certains Pères de l’Eglise ont voulu voir Hénoch et Elie dans les deux témoins dont parle l’Apocalypse, qui reviendront avant la fin des temps, avant le jugement final. Tous ne s’accordent pas sur cette interprétation. Selon d’autres, Elie serait accompagné par Moïse (Ap. 11, 3).
Dans la généalogie de Jésus, saint Luc mentionne Hénoch (Lc. 3, 37). A travers cette lignée d’ancêtres à la vie souvent tumultueuse et pécheresse émerge la figure de ce juste Hénoch, (comme plus tard celle de Job), image lointaine, annonciatrice du Saint de Dieu, Jésus Christ.
Il est temps de conclure. Quel message tirer de cette brève évocation d’Hénoch dans la Bible ? Il nous invite à être présents à la présence du Seigneur dans notre vie. « Trois cents cinquante cinq ans, il marcha avec Dieu », c.-à-d. toute une existence pleine de cette amitié vécue au jour le jour ! Présence à Dieu qui se réalise maintenant en plénitude dans l’incarnation du Verbe de Dieu, le Christ Jésus. En Lui, le Père fait de nous des fils adoptifs, pour être saints et immaculés en sa présence (Eph. 1,4). Saint Paul s’écriera : Ce n’est plus moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi (Gal. 2,20). Présence infiniment comblante et libératrice ! Demeurez en moi, comme moi je demeure en vous (Jn 15,4).
Que ce saint patriarche nous aide à vivre en cette présence jusqu’à la fin.
Ainsi notre joie sera parfaite et nous entrerons déjà dans la Vie qui ne finit pas.
Valère De Pryck et sœur Myriam, clarisse
Sources : Dictionnaire de Spiritualité, Beauchesne, Paris, 1981
André-Marie Gérard, Dictionnaire de la Bible, Paris, Robert Laffont, Coll. Bouquins, 1989
Timothy J. Cole, Enoch, a man who marched with God, St. Petersburg, Florida
Posté le 13.04.2007 par orthodoxie

Icône de Saint Hilaire et de Saint Athanase)
Saint Hilaire de Poitiers
315-367
Fêté le 13 janvier
Il naquit en Poitou, vers 315, de parents païens qui lui donnèrent une bonne formation littéraire et philosophique à Bordeaux. Marié, il eut une fille nommée Abra. Tourmenté par la question du sens de la vie et l’idée de la mort, sa conversion à la foi chrétienne se fit après mûre réflexion. Dans la Bible, il découvrit le nom de Dieu: « Je suis celui qui suis », cette révélation l’enthousiasma. Ensuite dans l’Evangile de Jean, il poursuivit sa recherche par la lecture du Prologue et fut saisi par les mystères de l’Incarnation et de la Résurrection, qui le rassasièrent. Hilaire se fit baptiser. Peu avant 356, à la mort de l’évêque de Poitiers, après avoir été ordonné prêtre, il fut appelé à lui succéder par acclamation du clergé et du peuple. On le sait remarquable théologien ; quant à sa famille, elle se fit un refuge pour les miséreux de Poitiers. Il rencontra saint Athanase d’Alexandrie, héraut du concile de Nicée (325), alors en exil en Gaule à la suite de l'hérésie arienne. Celle-ci avait divisé l’Orient en refusant le dogme de Nicée qui proclamait le Fils comme étant de la même substance que le Père, « consubstantiel » (homoousios, en grec) au Père. L’empereur arien Constance qui avait condamné Athanase à l’exil, vint en Occident pour imposer sa condamnation. Hilaire, ayant pris connaissance des thèses du Concile de Nicée, se rangea du côté de l’évêque et devint défenseur du dogme de la « consubstantialité ». Il réunit un concile à Paris où les évêques se séparèrent des schismatiques. Sommé par la suite de se rendre au synode de Béziers pour y condamner Athanase, il refusa. A son tour il fut condamné à l’exil en Asie Mineure (356) où il se familiarisa avec la théologie de l’Orient. A l’occasion de nombreux contacts avec les évêques, il y découvrit les ravages causés par l’arianisme. Il faut dire que peu d’évêques occidentaux avaient été présents au concile de Nicée, car le problème arien ne se posait pas encore dans nos régions. Hilaire fut le premier occidental à en prendre vraiment conscience. En exil, il écrivit son œuvre maîtresse, le De Trinitate, un monument théologique jamais vu encore en Occident, où avec un infini respect, il aborda à l’aide des paroles malhabiles, comme il dit lui-même, le mystère du Dieu vivant.
Pacifique de nature, il essaya de concilier les points de vue, mais ayant devant lui des adversaires intraitables qui ne respectaient pas les personnes, il échoua. Il assista au synode de Séleucie sans pouvoir y faire entendre raison. Il n’eut pas davantage de succès auprès de l’empereur. Finalement, il fut renvoyé en Occident par les ariens eux-mêmes qui le jugèrent trop « perturbateur » dans leur milieu.
De retour en Gaule, il mit toutes ses forces en œuvre pour obtenir l’excommunication des évêques ariens d’Arles et de Périgueux, tout en maintenant en place les évêques qui reconnurent leurs erreurs, ce qui fut le salut de la Gaule. Ainsi, le zèle ardent d’Hilaire vint à bout de l’hérésie arienne en Occident.
A Poitiers, il rencontra Martin qui lui décrivit les dégâts causés par l’arianisme en Italie. Pour enrayer l’hérésie, il réunit les évêques italiens à Milan, mais sans succès. Déçu, il rentra chez lui. Il rédigea un pamphlet « Contre Maxence » pour dénoncer les interventions de l’empereur Valentinien et de ses prédécesseurs dans le domaine religieux. Ensuite, il se retira dans la méditation et la prière.
Dans sa retraite, il écrivit des commentaires sur les psaumes pour en montrer le sens spirituel, le but du chemin de l’homme sur terre. Il essaya aussi de composer quelques hymnes, émerveillé qu’il fût, par la beauté de celles-ci en Orient. Hélas, il n’y réussit pas trop bien.
Toute sa vie, il demeura un homme simple. Evêque, il possédait l’esprit de décision allié aux qualités de fermeté et de douceur. Il intervint comme modérateur dans les conflits, essayant de ménager la susceptibilité de ses interlocuteurs, tout en leur inspirant confiance et respect.
Certains de ses exposés se terminent en prière. Ce fut là, sans doute, le résultat de ses contacts avec l’Orient. Avec Athanase, il a créé des ponts entre l’Orient et l’Occident et nous pouvons, à juste titre, le considérer comme un passeur entre les communautés qui allaient se déchirer davantage encore dans les siècles à venir. Puisse son intercession influencer le cœur et la pensée de tous ceux qui, des deux côtés, œuvrent aujourd’hui à l’union, en priant l’Esprit Saint.
Valère De Pryck
Sources : A.G. Hamman, Les Pères de l’Eglise, Desclée De Brouwer, 1977.
F. Luc Brésard, CD - Pères de l’Eglise, Cours de Patrologie, Abbaye de Citeaux, 21700 Saint-Nicolas-lès-Citeaux, monastère@citeaux-abbaye.com
Posté le 13.04.2007 par orthodoxie
[SIZE=14]Saint Hilaire d’Arles
401-449
Fêté le 5 mai
Né en 401 d’une famille d’origine grecque, il étudia l’éloquence et les belles lettres et occupa un poste important dans l’administration impériale.
Attiré par le monde, Hilaire reste réticent aux exhortations d’Honorat d’Arles, son parent, pour l’en détourner, mais bientôt il changea d’avis et le rejoignit au monastère de Lérins, qu’il avait fondé vers 400-410.
Lorsque Honorat devint évêque d’Arles en 428, Hilaire vint l’assister, mais bientôt l’amour de la solitude lui fit reprendre la route vers l’île monastique de Lérins.
En 430, il revint auprès d’Honorat arrivé à la fin de sa vie. Lors de son décès, le 16 janvier 430, il prononça l’éloge funèbre où il eut cette parole restée célèbre : Si l’on voulait représenter la charité sous une figure humaine, il faudrait faire le portrait d’Honorat. Hilaire ne s’attarda pas à Arles de peur d’être élu pour succéder sur le siège vacant. Malheur lui en prit, il fut arrêté par le gouverneur Castus sur le chemin du retour à Lérins et ramené en ville. Le clergé et la foule, d’un cœur unanime, procédèrent à son élection. Il protesta et demanda un signe évident qui lui montrerait que c’était bien là la volonté de Dieu. Une colombe blanche vint se poser sur sa tête (cfr.le baptême du Christ dans le Jourdain) et ne s’envola qu’après qu’il eut donné son assentiment. Alors âgé de 29 ans, il reçut 25 évêchés sous sa juridiction. En tant que Métropolite de Provence, il convoqua et présida plusieurs conciles. Il se révéla un pasteur d’une activité exceptionnelle. Il fonda une communauté religieuse au milieu de la ville. Tout en étant évêque, il demeura un travailleur manuel inépuisable. Dans son désir de sauver les captifs, il n’hésita pas à vendre les vases sacrés, n’utilisant que des patènes et des calices en verre pour célébrer.
Il ne fut pas un évêque commode. Apostrophant les gens du haut de sa chaire, l’église fut désertée, il fut forcé d’adapter son langage pour faire entendre la parole de Dieu. Maître en art oratoire, il ne mâcha pas ses mots pour les puissants et les riches de ce monde, tout en manifestant sa tendresse pour les pécheurs.
Durant toute sa charge, il lutta contre le pélagianisme (hérésie du moine Pélage. L’homme pouvait seul, sans l’aide de la grâce, atteindre la perfection, la sainteté. Il fut condamné au Concile d’Ephèse en 431).
Son activisme le rendit suspect auprès de certains collègues, compromis avec le siècle, et auprès du Saint Siège, soucieux d’affirmer son autorité. Certains excès de quelques moines de Lérins avaient rendu le pape Léon très réservé à l’égard d’Hilaire. Ainsi, il remplaça un évêque malade pas encore décédé, ce qui créa des problèmes, lorsque celui-ci recouvrit la santé. Son ardeur missionnaire ne plut guère au Saint Siège. L’évêque d’Arles était le primat des Gaules et Hilaire s’est servi, sans doute un peu trop, de ce pouvoir, en nommant les évêques qu’il avait formés, à des sièges à peine vacants ou qu’il rendait vacants. De plus, il déposa, l’évêque de Besançon, Chélidoine, qui n’était pas sous sa juridiction, pour le simple motif qu’il aurait épousé une veuve avant son entrée dans l’Eglise et qu’il aurait décrété des exécutions (ce qu’interdisaient le Saint Siège et les statuts canoniques). Chélidoine se rendit à Rome pour protester contre sa déposition et obtint gain de cause auprès du pape Léon le Grand. Hilaire l’y suivit à son tour, (Il ne prêta pas attention à la rigueur de l’hiver, ni aux bruits stridents et fracassants des Alpes ; il ne s’effraya pas des dards transparents de la croûte de glace qu’il fallait dégager au fur et à mesure, ni des aiguilles qui pendaient d’en haut, pareilles à des glaces pointées, redoutablement durcies en glaces mortelles {par la violence du froid} comme semblables à une dextre brandie…il ne craignit pas d’entreprendre et d’achever le voyage à pied - , voilà qu’impavide, sans cheval ni bête de somme {ni manteau} toute difficulté surmontée, il se hâte de rentrer dans la ville de Rome. (Vita, 21). Hélas, il fut déjugé par un pape méfiant à l’égard de ce moine ascète et trop ambitieux selon lui. Léon lui retira la primauté de son siège épiscopal des Gaules et obtint un rescrit de l’empereur Valentin III contre Hilaire le jugeant devenu trop indépendant dans les élections épiscopales.
Hilaire obéit et se retira dans la solitude pour prier et s’adonner entièrement à la prédication, continuant à jouir de la même estime auprès de ses fidèles. Tombé malade, consumé par son zèle et ses austérités, il mourut le 5 mai 449. (En s’abstenant de nourriture, en s’acharnant au travail, en effectuant ses voyages à pied, il s’affaiblit, se fatigua, s’épuisa à tel point qu’il accomplit tout juste le cycle de sa quarante-huitième année. (Vita 24). Même après sa mort, le pape Léon le Grand n’eut aucune indulgence à l’égard d’Hilaire : deux personnalités fortes s’étaient affrontées.
La « Vita » écrite par Honorat de Marseille présente Hilaire comme évêque et saint. Evêque, il le fut en accomplissant sa mission de prédicateur de la foi et de bâtisseur d’églises. Chef spirituel de la cité, il exerça une grande influence sur le pouvoir politique de l’époque.
Hilaire devint saint dans son imitation du Christ, il donna tous ses biens aux pauvres, vivant dans la pauvreté et la vertu. En de nombreuses circonstances, il agit comme le Christ, il guérit des malades, il pratiqua l’exorcisme en demandant de ne pas publier son nom. (Jésus t’ordonne, dit-il à un homme entravé par un esprit malin qu’il guérit, de ne faire aucune mention de ce nom-là (celui d’Hilaire). (Vita 16).
Lors de ses funérailles, une foule de fidèles, mais également de juifs furent présents, pleurant un père si bon pour tous.
Valère De Pryck
Sources : Honorat de Marseille, La Vie d’Hilaire d’Arles, Sources Chrétiennes n° 404, Editions du Cerf, 1995.
Wikipedia, Saint Hilaire d’Arles, Internet.[/SIZE]
Posté le 22.03.2007 par Valère De Pryck

Grégoire le Sinaïte
(1255 –1346)
Fêté le 6 avril
Grégoire est né en Asie Mineure, non loin de Clazomène, près de Smyrne, dans un petit village dénommé Kukula. Ses parents, riches et, de plus, vertueux, firent instruire leur fils dans la philosophie grecque et dans les vérités des saintes Écritures.
Les Turcs qui ravageaient l’Asie Mineure sous le règne d’Andronic Paléologue s’emparèrent du village de Grégoire et il fut emmené en captivité à Laodicée. Les chrétiens de Laodicée, sensibles au sort de leurs frères, payèrent une rançon aux Turcs et les captifs furent libérés. Grégoire gagna Chypre puis le Sinaï, d’où il ramena son surnom. La jalousie s'installant entre les moines du monastère de Sainte Catherine, il préféra le quitter plutôt que de briser l'unité. Après un pèlerinage en Terre Sainte, il découvrit une grotte pour se retirer dans l'île de Crète. Il préféra finalement le Mont-Athos au monastère de Philotheou où il put pratiquer l'hésychia et la prière contemplative. Il y rencontra un pieux ermite, Arsène, qui l’initia à la vie monastique. Il passa par plusieurs autres endroits pour fonder finalement le centre du Mont Parorée. À nouveau inquiété par les Turcs, il dut s’enfuir, mais protégé par le tsar bulgare Jean Alexandre, il put y revenir et y mourir le 27 novembre 1346. Un de ses disciples du Mont Athos, Calliste, futur patriarche de Constantinople, devint son biographe
Ses œuvres et sa spiritualité
Ses écrits sont peu nombreux. On trouve sous sa plume des « pensées diverses », mais pas vraiment un traité. Sa doctrine se trouve dans les Cent trente-sept chapitres ou méditations spirituelles. Il enseigna comment redécouvrir l’ « énergie » baptismale et percevoir la lumière divine. Il a surtout impressionné par sa vie et ses exemples. À la fin du 13me siècle, suite à une période de relâchement, un renouveau de la prière hésychaste fut nécessaire. Le formalisme des exercices l’avait emporté. Il montra la finalité à poursuivre : l’union à Dieu et l’illumination intérieure par la contemplation. La prière du cœur y occupe la place centrale. Il détaille les effets de cette prière : la chaleur, la joie…. Mais il y souligne également de façon claire le caractère relatif de cette technique de prière. Il s’inspire de Jean Climaque et de Syméon le Nouveau Théologien qui avaient déjà développé ces notions au XIème siècle. Ce qui est nouveau chez lui, c’est l’insistance sur l’invocation du Nom de Jésus. Invocation qui, pour les hésychastes, devient l’expression de l’union affective de l’âme au Christ. Il distingue deux formes de prières. La première, surtout utilisée par les débutants consiste à psalmodier. Les progressants n’ont pas besoin de psaumes mais de silence, de prière continue et de contemplation pour accéder à l’hésychia, « prière spontanée du cœur qu’il faut laisser jusqu’à ce qu’elle t’abandonne d’elle-même. Alors reviens à la psalmodie dans la solitude, récite le Trisagion* et la prière du Seigneur ». Grégoire adapte ses conseils à la vie de chaque moine depuis le débutant jusqu’à celui qui est avancé dans la vie spirituelle. Pas de précipitation mais de la persévérance, conseille-t-il. Dans le domaine de la nourriture, pas d’ascèse excessive, loin de là. Pas de recherche raffinée mais, surprise, deux verres de vin et trois verres d’eau, tout en usant sobrement de ce que donne la Providence. Irénée Hausherr a présenté Grégoire comme le « missionnaire de la mystique hésychaste nouvelle ».
Quelques pensées
Le commandement qui les embrasse tous : le souvenir de Dieu : « Souviens-toi du Seigneur ton Dieu en tout temps » (Deut. 8,18). Le chrétien est « enseigné de Dieu » (Jn. 6,45). Il retrouve le Christ reçu par le baptême dans l’Esprit : « Ne savez-vous pas que l’Esprit habite en vos cœurs ? (I Cor. 6, 15). Grégoire met en garde contre certaines formes, figures, impressions de choses saintes, en un mot des phantasmes qui pourraient leurrer les débutants. Il faut s’efforcer de n’avoir en notre cœur que l’opération de la prière qui réchauffe, réjouit et consume l’âme d’un amour indicible pour Dieu et pour les hommes. Chez certains, cela se manifestera comme une lumière d’aurore, chez d’autres comme une exultation mêlée de tremblement, ou encore sous la forme de la joie, ou d’un mélange de joie et de crainte, parfois avec des larmes, etc. Le priant reconnaît les signes de la grâce de l’Esprit à ceci : les larmes, la contrition, l’humilité, la tempérance, le silence, la patience, la retraite et tout ce qui apporte un sentiment de plénitude et de certitude indubitable.
Grégoire le Sinaïte écrit pour des moines du XIVème siècle. À leur suite, religieux ou laïcs aujourd’hui, nous devons adapter à notre vie dans les cités, ce qu’il y a de meilleur chez lui, c’est-à-dire la recherche de l’union au Christ. « Si des pensées étrangères te perturbent, fustige-les par l’invocation du Nom du Christ».
*Trisagion ou Trisaghion (n.m.) : (du grec, " trois fois saint ") Hymne liturgique où le mot grec agios revient trois fois : Saint Dieu, Saint Fort, Saint Immortel, aie pitié de nous ; l’hymne est proprement considérée comme trinitaire
Valère De Pryck
Sources : Jean Gouillard, Petite Philocalie de la Prière du Cœur, Grégoire le Sinaïte, p. 176 – 197, Editions du Seuil, 1979
J.C. Lattès, Grégoire le Sinaïte, De l’hésychia et des deux modes de la prière Philocalie des Pères Neptiques, Tome II, pages 416 s.
Posté le 17.02.2007 par orthodoxie

Jean Climaque
(580-‡entre 650 et 680)
Fêté le 30 mars
I Sa Vie
Nous sommes au sud de la Palestine, dans la presqu’île du Sinaï. L’auteur de sa vie ignore de quel pays vient Jean Climaque, mais il note qu’il a reçu une bonne formation intellectuelle. Novice à 16 ans, il reçoit la tonsure monastique au monastère du Mont Sinaï. A 35 ans, après la mort de son père spirituel, il se retire dans une grotte à l’écart d’un groupe d’anachorètes. Il y fera son expérience spirituelle. Durant cette période, il ne reste pas sans se déplacer un peu. Il se rend en Egypte visiter des moines et un monastère de pénitents qui fera grande impression sur lui.
Il devient un éminent père spirituel, souvent consulté. Des moines envieux montent une cabale contre lui, mais il a raison d’eux par son silence et sa grande patience. Après 40 ans de vie érémitique, il est choisi comme higoumène du Monastère du Sinaï. C’est à ce moment qu’il écrit sa célèbre Échelle Sainte. Cette œuvre comporte 30 chapitres, suivis d’une « Lettre au Pasteur » destinée aux supérieurs et pères spirituels. Il reçoit le nom de « Jean Climaque » qui signifie « Jean de l’Échelle » (klimakis = échelle).
II Son œuvre
Son œuvre est importante car elle se situe à une époque où le cœur du monachisme va se déplacer vers l’Athos suite aux invasions barbares. Il y fait la synthèse de l’enseignement des Pères du Désert d’Egypte et de Gaza, ainsi que de Cassien qu’il cite et de plusieurs autres Pères. Sa doctrine est solide, unie à un grand don de discernement.
III La Doctrine
L’Échelle Sainte suit le développement habituel de la vie spirituelle.
Dès le commencement de la conversion, un choix est à faire : rompre avec le monde. Démarche pénible de renoncement et de dépouillement de sa volonté propre qui débouche sur l’amour et la joie.
Ensuite, il développe la vie pratique des vertus nécessaires pour avancer sur le chemin de la perfection, illustrée par des anecdotes et des souvenirs personnels. L’obéissance au supérieur en est la base. Il y parle de la tristesse de ne pas aimer assez, du don de Dieu que sont les pleurs d’amour, signes de l’action et de la présence du Seigneur. Cette affliction conduit à la joie.
Aux vertus, il oppose les vices à chacun desquels, il consacre un échelon de son échelle. Il cite la colère, l’acédie, la gourmandise ou le trop manger, la luxure, l’insensibilité ou la négligence devenue habitude, enfin la vaine gloire et l’orgueil.
Vient ensuite le fruit de cette vie pratique : l’âme ayant acquis le discernement de la volonté divine, participe à la simplicité de Dieu qui va de pair avec l’humilité. Ainsi l’âme arrive au port tranquille qu’est le Royaume, l’union à Dieu. Quatre chemins l’y introduisent. L’hésychia : une disposition intérieure de paix et de silence dans la prière continuelle qui réalise la „vie angélique„. La prière qu’il développe comme affaire de foi persévérante, un don de Dieu. Jean insiste sur une prière simple, « monologiste », c.-à-d. prière d’une seule parole : l’invocation du nom de Jésus jointe au souffle. Celle-ci conduit à l’oraison d’où certains sortent comme s’ils sortaient d’une fournaise ardente (28me degré, 54).
L’âme atteint alors l’état d’apathie (=sans passion), tendue vers Dieu. Entraînée dans l’abîme de la charité divine, elle devient la demeure du Seigneur qui la transfigure.
Dans la Lettre au Pasteur, le père spirituel qu’est Jean Climaque propage auprès de ses lecteurs toute l’expérience des Apophtegmes et de Cassien.
IV Quelques extraits
Veille à ne pas être un examinateur minutieux des plus petits manquements : tu ne serais plus un imitateur de Dieu. (Past. 51)
Celui qui aime le Seigneur a commencé par aimer son frère, ca r ce second amour est la preuve du premier. (30me degré, 27)
Durant la prière n’admets aucune imagination sensible, de peur de tomber dans l’égarement. (28me degré, 45)
Le détachement des choses sensibles produit la contemplation des choses spirituelles. (26me degré, 11)
L’ami du silence s’approche de Dieu, et en s’entretenant avec lui dans le secret, il reçoit sa lumière. (11me degré , 5)
V Conclusion
Jean écrit pour des moines du VIIme siècle. Ses souvenirs et conseils nous semblent parfois assez indigestes. Il ne s’agit pas de prendre tout à la lettre chez les Pères grecs. En les lisant, il faut percevoir le but central qu’ils poursuivent : notre déification. Cependant, mutatis mutandis, nous pouvons appliquer quelques uns de ses conseils à notre vie, où ne manquent pas les démons qui détournent de Dieu et de l’attention à porter à son prochain. Ne perdons pas trop de temps à la recherche de la dernière imperfection qui nous habite. Reste à chaque époque les deux premiers commandements que Jésus rappelle dans l’Evangile. Tout est là. C’est à nous de trouver notre voie intérieure, que nous soyons clercs ou laïcs. Et comme le bon larron au moment du passage, nous nous remettrons dans les mains du Christ, certains qu’il sera au-haut de l’échelle pour nous accueillir dans la Vie. Telle est notre foi.
Valère De Pryck
Sources : Internet : Frère Luc Brésard, Notre-Dame de Citeaux – Histoire de la Spiritualité Monastique – 14 Jean Climaque.
Saint Jean Climaque, L’Échelle Sainte, Spiritualité Orientale, n° 24, Abbaye de Bellefontaine, 1978.
Posté le 21.01.2007 par orthodoxie

Saint Polycarpe
Evêque de Smyrne et martyr
(vers 70 – 155)
Fêté le 23 février
Son nom signifie fruit abondant. Il appartient au groupe des Pères Apostoliques, Pères de l’Eglise ainsi nommés parce qu’ils ont été en contact direct avec un des apôtres.
Polycarpe, originaire des contrées du Levant, fut amené à Smyrne par des marchands qui le vendirent à une femme noble, nommée Callisto. Elle l’éleva dans la crainte du Seigneur et lui confia le soin de sa maison. Il hérita de ses biens, mais ne s’en servit que pour se perfectionner dans la connaissance des Ecritures. Ordonné diacre par l’évêque de Smyrne, il fut ensuite sacré évêque par l’apôtre saint Jean avant que celui-ci ne se retire à l’île de Patmos. Saint Irénée (130–202) nous apprend que Polycarpe suivit les leçons de Jean. (Adv. Haereses, 1.V, c.XXXIII). Il écrivit qu’il se souvenait très bien, dans le détail, comment Polycarpe racontait ses entretiens avec Saint Jean et les autres disciples qui avaient vu le Seigneur. Il fait partie de ceux qui vécurent le plus proche de l’époque de Jésus, sans l’avoir personnellement connu. C’est de lui qu’il est question dans les éloges faites par l’auteur de l’Apocalypse à l’Eglise de Smyrne. C’est encore à lui qu’Ignace d’Antioche, - autre Père Apostolique (mort martyr en 110) -, condamné à mort pour être livré aux bêtes de l’amphithéâtre, adressa une de ses lettres.
Le début de son épiscopat fut assez tranquille sous le règne de Trajan. L’Eglise de Smyrne échappait encore aux persécutions. Polycarpe se rendit à Rome pour s’entretenir avec le pape Anicet (155-166). Les hérésies sur la personne de Jésus se faisant déjà jour, il fallait affirmer la réalité de l’incarnation et de la mort du Seigneur. Il parvint à convaincre le pape de laisser l’Orient et l’Occident fixer librement la date de Pâques, (ce qui posait déjà problème à l’époque). De retour dans son Eglise de Smyrne, il fut exposé à la persécution de l’empereur Marc-Aurèle, et conduit au martyre peu après, sans doute le 22 février 156.
Martyre de Polycarpe
Un certain Marcion écrivit un récit détaillé de son martyre, le plus ancien qui existe d’un martyre individuel.
Apprenant le sort réservé aux chrétiens, Polycarpe ne voulut pas quitter sa ville. Il se laissa cependant convaincre de se refugier avec quelques compagnons dans un domaine tout proche. Adonné à la prière jour et nuit, il eut une vision lui révélant qu’il serait brûlé vif. Poursuivi par la police impériale, il chercha un autre domaine ; mais il y fut dénoncé par un serviteur de sa maison. Il se livra en disant : « Que la volonté de Dieu s’accomplisse ». Il servit à boire et à manger, autant qu’ils le voulaient, à ceux qui étaient venus l’arrêter. Ils furent frappés de stupeur en voyant ce saint vieillard se livrer sans la moindre résistance. Il leur demanda seulement de lui laisser le temps de prier encore une heure. Ensuite, on le fit monter sur un âne pour le conduire à Smyrne. Sur le chemin, devant son refus de reconnaître César comme seul Seigneur, il fut jeté bas et s’écorcha la jambe. Il n’en eut cure et continua d’un pas alerte vers le stade. Là, le proconsul l’enjoignit une dernière fois de renier sa foi et d’injurier le Christ devant une foule déchaînée. Polycarpe répondit : « Voilà quatre-vingt-six ans que je le sers, et il ne m’a fait aucun mal. Comment pourrais-je blasphémer mon Roi et mon Sauveur ? ». Devant une nouvelle insistance du proconsul, il confirma sa foi et l’invita à lui donner un jour de répit pour lui exposer sa foi, seul avec lui. Il refusa d’essayer de convaincre une foule en colère, dont la haine était alimentée par les juifs. « Ces gens-là, je ne les juge pas dignes qu’on se justifie devant eux ». Devant la foule déchaînée, le proconsul s’en lava les mains, comme Pilate devant Jésus. Il revint encore à la charge invoquant ses prérogatives de le livrer aux bêtes et au feu mais Polycarpe ne cessa de confesser sa foi, plein d’assurance et de joie ; son visage resplendissant de la grâce divine. Alors, d’un cri unanime, la foule décida que Polycarpe serait brûlé vif. Enlevant lui-même tous ses vêtement et se déchaussant, il monta libre sur le bûcher. Le feu, dessinant la forme d’une voûte, comme une voile de navire gonflée par le vent, entoura en cercle le corps du martyr. Il ressemblait à un pain qui cuit, à l’or et l’argent qu’on purifie dans une fournaise. Un parfum délicieux se dégagea du bûcher, comme celui de l’encens ou d’autres aromates. Devant l’animosité des juifs, le centurion fit brûler le corps resté intact sur le bûcher. Ce n’est que plus tard que ses cendres purent être enlevées par ses frères dans la foi.
Valère De Pryck
Sources : J. Quasten, Initiation aux Pères de l’Eglise, Tome Premier, éd. Du Cerf, 1955.
Bruno Chenu, Claude Prud’homme, France Quéré, Jean-Claude Thomas, Le livre des martyrs chrétiens, Centurion, Paris, 1988, p. 42-49.