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orthodoxie
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Saints Byzantins, Orthodoxes e.a.présentés par Valère De Pryck, laïc valere.depryck@scarlet.be
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Date de création :
20.09.2006
Dernière mise à jour :
31.10.2009

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Saint Prophète Jérémie (1 mai)

Publié le 26/04/2009 à 12:00 par orthodoxie
Saint Prophète Jérémie (1 mai)





Saint Prophète Jérémie
Vers les années 600
Fêté le 1 mai

Tu m’as séduit, Seigneur, et je me suis laissé séduire (20,7)

Originaire d’Anathot, près de Jérusalem où sa famille possédait des biens, il appartient à une famille sacerdotale. Beaucoup d’hypothèses ont été émises sur les premières années de son ministère prophétique, mais elles sont fragiles. L’important ne se situe pas dans son histoire personnelle, mais dans la Parole qu’il profère.
Jérémie est un solitaire. Il ne se marie pas sur ordre du Seigneur, car étant donné la corruption du peuple, ses fils seraient exterminés par l’épée (Jr 16,1-4). Lui-même finira ses jours quelque part en Égypte, alors qu’il s’était toujours opposé à laisser retourner le peuple là-bas. Étrange destin que le sien ! La solitude n’est pas son état naturel mais le résultat de la force irrésistible qui s’est emparée de lui : la Parole de Dieu. Elle est comme un feu dévorant (20,9 ; 23,29). Il entend cette Parole soit dans une vision (1,11), soit en participant au conseil céleste (23,18-22), privilège du vrai prophète, lorsque le Seigneur l’y invite (42,7). De ce fait, Jérémie doit et assumer cette Parole et s’assumer lui-même. Dans ses « confessions », il discute ferme avec le Seigneur (12,1) jusqu’à regretter, comme Job, d’être né (15,20). Le Seigneur le soutient : « Je suis avec toi »(15,20). Il va néanmoins plaider la perte de ceux qui en veulent à sa vie (12,1-4 ;18,23).
Il y avait beaucoup de prophètes du temps de Jérémie. Pourquoi se trouve-t-il solitaire au milieu de tant d’autres ? Il est déstabilisé devant sa vocation, pourtant il est « vrai », il a fait sienne la Parole, il l’a « mangée » (15,16), elle a fait sa joie. Le Seigneur n’a pas mandaté les autres prophètes, ils périront (14,14-16). Comme seule certitude, il ne lui reste qu’à faire confiance à la Parole qu’il entend.
Le message de Jérémie est une Parole totale, comprenant les aspects personnels et communautaires de la vie du peuple. S’ils écoutent ses appels à changer radicalement de cap, ils seront sauvés ; sinon ce sera le désastre. C’est bien ce qui arrive, le peuple sera déporté (Jr 13,23).
Pendant une première période (aux environs de 605), il décrit l’arrivée d’une armée invincible venue du Nord, mais le roi Yoyaqîm, sourd à sa parole, détruit, rouleau après rouleau, sa prophétie. C’est l’échec de sa prédication (ch 36).
La deuxième période couvre l’arrivée de Nabuchodonosor (605) jusqu’à la destruction de Jérusalem (589). Les prédictions de Jérémie se réalisent. Le roi de Babylone envahit tous les petits états. Un dilemme s’impose alors à lui : ou bien accepter la domination babylonienne ou bien faire alliance avec l’Égypte. Jérémie discerne la volonté de Dieu dans l’acceptation de la suprématie babylonienne. Là, Dieu pourrait créer une communauté selon son désir.
La troisième période se situe après la destruction de Jérusalem en 589. Jérémie prône la reconstruction du pays sous la domination babylonienne, mais il est emmené en Égypte par Yohanân ben Qaréah dont il a désapprouvé le projet. C’est là que toute trace du prophète disparaît.
Baruch a joué un rôle important comme prophète accompagnant Jérémie. Celui-ci dictera le rouleau détruit par le roi Yoyaqîm après qu’il eut été réduit au silence. Lui aussi fut emmené avec Jérémie en Égypte.
Un rédacteur anonyme réunit en un seul volume les documents dispersés du prophète Il appartient à l’école « deutéronomique » qui au VIème siècle rassemble tous les parchemins dispersés pour réfléchir à la destinée d’Israël.

Le thème du livre de Jérémie est le grand désir de Dieu répété tout au long de l’histoire : Je serai leur Dieu et ils seront mon peuple. Le Seigneur va s’offrir lui-même en pardon et guérison pour eux (31,31-34). Jérémie devra se battre, au péril de sa vie (26,11), pour dénoncer la fausseté de leur cœur : ils se réclament du Temple, se disent les gardiens de la Loi et croient trouver en sa pratique scrupuleuse une sécurité religieuse, mais combien fausse ! Déjà il anticipe le Christ contestant le légalisme pharisaïque.
Dans sa détresse, Jérémie à bout de force, se plaint et accuse Dieu :Vraiment tu es devenu pour moi comme une source trompeuse au débit capricieux (15,18b). En réponse, le Seigneur l’appelle à se tenir à nouveau devant lui (15,19-21). Poursuivi inlassablement par son Seigneur, le prophète pourra s’exclamer : Tu m’as séduit, Seigneur, et je me suis laissé séduire (20,7),confession admirable avant de s’auto-maudire quelques versets plus loin. Tout cela nous montre combien Jérémie - comme d’autres prophètes - est traversé par des sentiments contradictoires, des doutes, par un combat intime qui livre sa faiblesse à la force d’amour de son Dieu.
La dernière prière de foi que Jérémie Lui adresse (32,16-25) reçoit un engagement inconditionnel de la part du Seigneur : …Je trouverai ma joie à leur faire du bien et je les planterai solidement en ce pays de tout mon cœur et de toute mon âme (32,41). Le chemin de l’alliance de Dieu avec son prophète, avec son peuple, est livré aux aléas du cœur humain, habité d’un constant renversement de situations dont Dieu seul connaît le secret. « Apprivoisement » réciproque de l’homme et de Dieu, Jérémie annonce une religion du cœur que le Christ Jésus reprendra pour la mener à sa plénitude.

Valère De Pryck et sœur Myriam, clarisse


Sources : T.O.B. Introduction à Jérémie, Éd. Du Cerf, Paris, 1980.
Fortin Marie-France : Jérémie, le prophète, Foi Vivante, Éd. Du Cerf, Paris, 1995.



Saint Étienne de Perm (26 avril)

Publié le 23/03/2009 à 12:00 par orthodoxie
Saint Étienne de Perm (26 avril)
Icône dans Orthodox Church of America
Saint Étienne de Perm
Illuminateur de Perm et apôtre des peuples de Zyryani
Fêté le 26 avril
Perm, ville de Russie, centre administratif de la région Permskiï kraï située sur la rivière Kama, au pied du mont Oural est aujourd'hui un grand centre de l'industrie lourde.
Étienne y naquit en 1340, dans la famille du prêtre Siméon Oustioug. Sa mère, Maria, très pieuse, lui donna le goût des choses sacrées. Il étudia particulièrement les Saints Livres et assista son père pendant la Divine Liturgie. Durant cette même période de sa vie il entra en contact avec les Zyryanis brûlant du désir de les convertir au Christ. Il créa un alphabet dans leur langue et traduisit beaucoup de livres religieux
Jeune encore, il prononça les vœux monastiques dans le monastère de saint Grégoire le Théologien, à Rostov. Il y étudia le grec afin de pouvoir lire les saints Pères dans l’écrit original.
Après son ordination diaconale (1379) par l’évêque Arsène de Rostov, il se rendit à Moscou chez l’évêque Gérasime de Kolomensk pour demander sa bénédiction avant de partir chez les Zyryanis. Il fut alors ordonné prêtre-moine. L’évêque lui remit les corporels de la sainte table (l’antimension), le saint Chrème et les livres de la Divine Liturgie. Le grand prince Dimitri lui accorda un sauf-conduit.
Il se dirigea alors vers le fleuve Dvina au confluent du Vuchegda où vivait le peuple de Zyryani. Il eut beaucoup à souffrir à cause des habitants idolâtres qui adoraient leurs divinités sous un « bouleau magique ». Étienne se construisit une cellule non loin de là, tirant profit du rassemblement des païens pour leur annoncer l’Évangile. Il fit couper l’arbre, non sans être menacé de mort et, à la place, il construisit une église dédiée à saint Michel Archange pourfendeur des esprits maléfiques. Les nouveaux baptisés apportèrent les dons habituellement offerts aux idoles ; afin que Mathieu, disciple Zyryan les brûlât. C’était sans compter avec l’opposition du prêtre païen Pam. Celui-ci défia Étienne de passer avec lui par le feu et l’eau pour attester de la vérité de leurs affirmations. Étienne acquiesça mais le moment venu, Pam se désista craignant une mort certaine. Les gens exigèrent sa mort à laquelle Étienne s’opposa, répondant « qu’il n’avait pas été envoyé par le Christ pour faire mourir mais pour enseigner la vraie foi ». Pam fut finalement banni. Rendant grâces au Seigneur pour la victoire, il fit construire à Vishero une église en l’honneur de saint Nicolas. Dès lors l’évangélisation connut un grand succès.
L’évangélisateur fut ordonné évêque de Malaya Perm (Perm Inférieure) en 1383. Il ouvrit des écoles où les habitants purent venir étudier les Livres Sacrés. Parmi eux, certains devinrent prêtres et diacres qui célébrèrent en langue Zyryani. Il traduisit en leur langue une bonne partie des Écritures et des offices liturgiques. Lors d’une période de pénurie, suite à une mauvaise récolte, il fit venir du blé de Vologda, le fit distribuer gratuitement et veilla personnellement à ce que les biens disponibles arrivent à leurs destinataires, à l’encontre des officiels mal intentionnés. Sa vie fut une victoire de la foi sur l’incrédulité, de la charité et de l’humilité sur l’égoïsme païen.
Étienne avait un profond attachement pour saint Serge de Radonège. Un jour qu’il se trouvait à dix verstes du monastère de saint Serge, par manque de temps il ne put s’arrêter mais il le salua à distance priant prosterné : « La paix soit avec toi, ô frère spirituel ! » Serge, au réfectoire avec les moines, se leva et pria en direction d’Étienne disant : « Bonjour à toi aussi, toi le pasteur du troupeau du Christ, et que la paix de Dieu demeure avec toi ! ».
Pour ses frères Zyryanis, il fonda plusieurs monastères.
De retour à Moscou pour des affaires concernant son Église, il y mourut en 1395. Son corps fut transféré au monastère « Le Sauveur près du Mur » dans le Kremlin. Les Zyryanis auraient bien voulu récupérer sa dépouille, mais le Prince de Moscou et le Métropolitain s’y refusèrent préférant la garder à Moscou.
Dès le 15me siècle, il fut glorifié et sa biographie fut écrite par un disciple de saint Serge, sa canonisation eut lieu en 1549. Son icône se trouve dans l’iconostase de la Marienkapelle à Münster (Allemagne) avec celle de saint Étienne, protomartyr.

Sources : Saint Étienne de Perm, Art et Histoire des Icônes en Russie, Internet.
Orthodox Church of America, Saint Stephen the enlightener of Perm, Internet.
Valère De Pryck et sœur Myriam, clarisse


Saint Tikhon, patriarche de Moscou

Publié le 17/02/2009 à 12:00 par orthodoxie
Saint Tikhon, patriarche de Moscou
Icône dans Orthodox Church of America

Saint Tikhon, patriarche de Moscou
(1865 -1925)

Son titre est « Saint Tikhon Patriarche et confesseur de Moscou. Illuminateur de l’Amérique du Nord » .
Fêté le 25 mars et le 7 avril

Vassili Ivanovich Bellavin naquit en 1865 à Toropiets, province de Pskov. Son père, prêtre, possédait l’icône de Notre Dame de Korsoun.
Entré au petit séminaire de Pskov, il s’y montre pieux, charmant, aimable et très serviable pour ses camarades. À 19 ans, il fréquente la faculté de théologie à Saint Petersburg, chose rare pour un laïc.
Âgé de 23 ans, il enseigne au séminaire de Pskov où la qualité de ses relations est appréciée. À 26 ans, il se fait moine et reçoit le nom de Tikhon en mémoire de Saint Tikhon de Zadonsk. Consacré évêque en 1898, il devient un peu plus tard responsable des diocèses comprenant l’Alaska et les Îles Aléoutiennes. En 1905, il est nommé archevêque, à la tête du diocèse de Yaroslav, où sa cordialité est une fois de plus reconnue. Placé ensuite à la tête du diocèse de Vilna en Pologne russe (une région catholique), la situation se révèle difficile pour lui, cependant il s’attire le respect général.
En 1914, il s’installe à Disna à la frontière de son diocèse, devenue zone militaire. Il participe activement aux secours en s’avançant jusque dans les positions bombardées. En hommage il reçoit la haute décoration avec glaive. Il devient archevêque du diocèse de Moscou et de ce fait est invité partout.
Lorsque le Grand Concile de Moscou s’ouvre, le 15 août 1917, il reçoit le titre de Métropolite et devient le président de l’assemblée.
Après 217 ans d’absence de patriarcat dans Église russe, (Pierre le Grand avait aboli le patriarcat de Moscou en 1721 pour instituer le saint synode afin de gouverner personnellement l’Église russe), l’urgence se fait sentir d’en nommer un nouveau. Parmi les trois candidats proposés, Tikhon est tiré au sort devant la statue de la Vierge de Vladimir. Il accepte et évoque, telle une prédiction, les mots du prophète Ézéchiel : lamentations, gémissements et plaintes. Le 21 novembre, les cloches des 400 églises de la ville sonnent pour son intronisation. Toujours aussi aimable er respectueux, il demeure inébranlable en ce qui concerne les affaires de l’Église. Il dénonce les persécutions, les barbaries et les cruautés des Bolchéviques. En juillet 1918, la famille impériale est assassinée. Lui-même est en danger mais il refuse de s’enfuir à l’étranger.
En 1922, une grande famine touche des millions de personnes. Le Patriarche organise autant qu'il le peut les secours, il fait vendre les objets précieux qui n'ont pas d'usage liturgique, mais il se refuse, malgré les pressions, de commettre un sacrilège en vendant les objets du Culte.
La Tchéka (police russe) ne cesse de harceler de chef de l’Église, essayant de l’affaiblir. Durant les interrogatoires, il demeure digne ne perdant jamais sa patience ni sa calme grandeur. Peu après une célébration de la Divine Liturgie, il est arrêté. L’Église Vivante (sous la dépendance des Bolchéviques) composée d’un clergé dévoyé prépare le relais et dépose le patriarche. Prévoyant les événements, ce dernier avait nommé son successeur, le métropolite Agafanguel. Lors de sa sortie de prison après treize mois de détention (mai 1922 à juin 1923), la route est jonchée de fleurs par le peuple qui l’affectionne. Au couvent Donskoï, où il réside, il est sans cesse harcelé, ses ordres déviés, tandis que sa santé physique et nerveuse s’épuise.
Le 12 janvier 1925, il est admis dans un hôpital public suite à une grave crise cardiaque. Il a 60 ans. Avec plaisir, il reçoit beaucoup de monde sauf l’agent des soviets, Toutchkov, qui continue de le harceler. Épuisé par cette lutte incessante, il s’éteint le 25 mars 1925. Lors de ses obsèques, une foule de 300.000 personnes assistent à ses funérailles dans un grand silence. Il repose au monastère Donskoï à Moscou.
Avant de mourir, il avait prédit : « la nuit sera sombre et longue, très longue ».
Saint Tikhon a été canonisé comme confesseur de la foi au concile des évêques de l'Eglise orthodoxe russe, le 9 octobre 1989, par le patriarche Alexis II.

Mémoire éternelle.

Valère De Pryck et sœur Myriam, clarisse

Sources : Michel Polsky, Les Nouveaux Martyrs de la Terre Russe, Éd. Résiac, F 53150 Monsurs, 1976.
Internet, Saint Tikhon, Patriarche et Confesseur de Moscou, Illuminateur de l’Amérique du Nord, adapté et traduit par l’Higoumène Georges (Leroy).

Saint Photius, patriarche de Constantinople (6 février)

Publié le 20/01/2009 à 12:00 par orthodoxie
Saint Photius, patriarche de Constantinople (6 février)
Saint Photius, patriarche de Constantinople (858-867 et 877-886)
(né vers 810- 820 – 6 février 897)
Fêté le 6 février

Photius était apparenté à la famille impériale, la dynastie Amorienne, et officier de la garde impériale. Il reçut une excellente éducation et devint premier secrétaire du sénat. Ses contemporains l’appréciaient hautement. Probablement se rendit-il à Constantinople pour suivre les cours au Byzantium. Karl Krumbacher (1856-1909), spécialiste de la culture byzantine, appelle Photius « le grand enseignant de sa nation ». Amoureux de la connaissance dans tous les domaines, il la mettait à la disposition de tous. Après avoir accompli ses devoirs comme membre de l’État, il se réjouissait de retrouver ses étudiants à l’université du palais Magnaura. Comme Origène, il leur inculquait un grand respect pour la religion. Parmi ses étudiants, il comptait Michel, le jeune successeur au trône et Cyrille qui, avec Méthode, évangéliserait les slaves. Lui-même aspirait à devenir moine, le rang qu’il occupait dans l’État ne le remplissait pas d’orgueil.
Il compte parmi les saints et les Pères de l’Église depuis le Xème siècle. Comme dans l’Église orthodoxe, l’Église byzantine le fête le 6 février. Pour l’Église latine, son nom reste associé à la crise que traversa la chrétienté entre 860 et 890 et qui pesa lourdement sur les relations entre les deux Églises pour aboutir au schisme de 1054.
La communion avec Rome ayant été rompue plusieurs fois depuis le cinquième siècle, il serait injuste de lui imputer le schisme. Sous Photius, la communion avec l’Église de Rome ne fut rompue qu’entre 863 et 867.
Après la mort du dernier empereur iconoclaste, Theodoros (820-842), l’impératrice Théodora, aidée par son frère, le patrice (titre de noblesse décerné par l’empereur) Bardas voulait restaurer la vénération des icônes, Après avoir évincé le patriarche iconoclaste Jean le Grammairien, Methodios, un iconophile, fut élu. En mars 843, elle convoqua un concile révoquant les décrets iconoclastes et rétablissant les canons du Concile de Nicée de 787. Patriarche prudent, Methodios veilla à ramener la paix dans l’Église. Rapidement Photius monta l’échelle des dignitaires et devint chancelier de l’impératrice.
En 847, les événements lui furent défavorables. Après la mort de Methodios, un membre du parti extrémiste, Ignace, détestant l’érudition séculaire, fut placé sur le trône patriarcal, soutenu par l’impératrice. Mais l’intransigeance du nouveau patriarche et son manque de tact provoquèrent un schisme dans le clergé.
Bardas, régnant avec Theodora et un autre haut dignitaire Theoktiste, fut nommé curopalates (maréchal du palais commandant la garde palatine). Comme ses vues sur la manière de gouverner différaient de celles de Theoktiste, il décida avec le jeune empereur Michel III de l’éliminer et il l’assassina. Quant à l’impératrice et à ses sœurs, elles furent envoyées dans un couvent. En réaction, Ignace refusa de donner la sainte Eucharistie à Bardas. Ce dernier l’accusa de haute trahison, le força à démissionner et l’exila dans un monastère (858).

Photius, apprécié de Theodora et de Bardas et bien qu’encore laïc, fut désigné comme patriarche et reçut les différents ordres sacrés en six jours. Élevé à l’épiscopat et au trône patriarcal le jour de la nativité du Christ, il fut ordonné par Grégoire Asbestas, évêque suspendu par Ignace.
En 863, le pape Nicolas Ier déposa Photius qui décrèta la rupture avec Rome. Il fut exilé en 867.
Cette même année, Basil le Macédonien s’empara du trône impérial en assassinant l’empereur Michel. Photius dénonça ce meurtre refusant à Basile l’accès aux saints mystères. En raison de quoi il fut démis de sa charge, enfermé sous bonne gardé dans le monastère de Skepe tandis qu’Ignace était restauré dans ses fonctions patriarches.
Le synode de 869 en présence des légats du pape, examina la situation de Photius qu’il avait convoqué. Refusant toujours de se soumettre à la primauté de Rome, il fut excommunié avec les évêques orientaux qui le défendaient et de nouveau envoyé en prison durant sept années.
De son côté, le patriarche Ignace congédia les latins et les remplaça par ses propres évêques.
En 877, après la mort d’Ignace, un nouveau concile se réunit dans la capitale auquel assista le pape Jean VIII qui connaissait personnellement Photius. Il annula toutes décisions antérieures à son encontre et le rétablit dans ses fonctions patriarcales. Le concile réaffirma le caractère inaltérable de la foi de Nicée-Constantinople, rejetant le « filioque », tout en reconnaissant l’indépendance et l’égalité des deux trônes et des deux Églises, orientale et occidentale. La paix fut ainsi rétablie, mais Photius n’était pas encore au bout de ses répudiations. L’empereur Leo, successeur de Basile, l’accusa de s’opposer à lui. Démis de son siège en 886 et remplacé par le jeune frère de l’empereur, Étienne, Photius termina sa vie en exil au mont des Arméniens. Il y mourut probablement le 6 février 897. D’abord inhumé dans l’église Sainte Sophie, il fut ensuite transféré dans le monastère d’Eremias qu’il avait fait construire près de Constantinople.
Son œuvre.
Elle est énorme. Sa culture encyclopédique se trouve réunie dans une œuvre magistrale, le Miriobiblon, une collection de 280 chapitres. Grâce à lui, beaucoup d’œuvres de l’antiquité purent être sauvées. Durant son patriarcat, il écrivit une Mystagogie du Saint Esprit, qui est une argumentation contre le filioque.
Prions saint Photius (6 février) et saint Nicolas Ier (13 novembre) afin que l’Esprit Saint conduise l’Église vers l’unité, dans le respect des différentes cultures d’Orient et d’Occident, selon la prière de Jésus : Que tous soient un comme toi, Père, tu es en moi et que je suis en toi, qu’ils soient en nous eux aussi, afin que le monde croie que tu m’as envoyé (Jn 17,21).

Sources : Despina Stratoudaki White, Vie de Saint Photios, patriarche de Constantinople, Holy Cross Orthodox Press, Juin 1981
http://stmaterne.blogspot.com/2008/02/vie-de-saint-photios-patriarche-de.html
Orthodox Church of America, Print life of saint Photius, Internet
Dictionnaire de Théologie Catholique , T XII, Photius

Valère De Pryck et sœur Myriam, clarisse

Kyrie Eleison (revu)

Publié le 28/12/2008 à 12:00 par orthodoxie
Kyrie Eleison (revu)
Kyrie Eleison
Господи помилуи
Gospodi pomilui

Dans nos célébrations liturgiques, quand nous chantons Kyrie eleison , Seigneur, prends pitié, nous en appelons à l’amour du Seigneur. À sa pitié ? Nous n’apprécions guère cette traduction qui suggère une attitude pleine de condescendance à notre égard. Connotation négative qui n’est pas présente dans le terme grec. La tendresse de Dieu à notre égard se manifeste tout d’abord sous la forme d’un amour de miséricorde eleos. Dieu est sensible à la misère de l’homme. Le Premier Testament proclame à travers les psaumes et les prophètes combien il se laisse prendre aux entrailles – comme une mère – par la souffrance et le mal qui ronge le cœur de ses enfants. Eleison pourrait vouloir dire : enlève le péché qui nous colle à la peau. Nous commençons par nous mettre dans notre vérité, reconnaissant le désir de toute puissance qui nous habite – l’état de l’homme après la chute, le mystérieux faux pas du départ qui nous met en opposition, en séparation, en état de division – pour pouvoir accueillir la grâce de nous ouvrir à la rencontre du Seigneur et de nos frères. Ce chant vient bien à propos au début de la célébration avant que le Corps du Christ nous lie en une « commune-union ».
Le mot eleos (en grec) signifie miséricorde et compassion. Il s’apparente à eleion (huile) et eleia (olivier).(1) Les nombreux Kyrie eleison portés autrefois par le chant grégorien ne résonnent plus aussi souvent. Lors des funérailles, celui de la messe de Requiem semble accompagner le défunt jusqu’à la Présence miséricordieuse du Berger.

L’huile peut calmer et adoucir. En Luc 10, 29-37, le bon samaritain verse l’huile sur les plaies du blessé pour les apaiser et les guérir.

Tu oins d’huile ma tête (Ps 22,5). Chez les Hébreux, l’huile était précieuse ; elle présentait la prospérité matérielle, la paix, la douceur. Les rois et les prêtres étaient oints avec de l’huile. On versait de l’huile ou du parfum sur la tête des hôtes. Il est donc naturel que le berger emploie l’huile pour oindre la brebis pour laquelle il a préparé la table. Le mot Messie veut dire Celui qui a reçu l’onction. Mais je pense que le psalmiste fait allusion à quelque chose de différent, à une scène quotidienne très simple. Quand le soir, les brebis reviennent au bercail, elles passent une à une devant leur berger qui les examine pour voir si aucune ne s’est blessée. Il se peut que l’une d’entre elles boîte. Beaucoup pourraient avoir la tête éraflée par des épines. Alors, le Berger soigne nos plaies – nos fautes, nos angoisses – avec l’huile la plus douce de sa compassion, de sa tendresse. (2)

Les langues germaniques emploient le mot medelijden (néerlandais) ou son équivalent Mitleid (allemand), qui signifie souffrir avec. Le Seigneur nous accompagne dans notre souffrance, la porte avec nous et la soigne comme le Beau Berger.

Kyrie eleison. Господи помилуи.
Selon le symbolisme biblique, l’huile signifie aussi la joie et l’allégresse. Ton Dieu t’a donné l’onction d’une huile d’allégresse(Ps 45,8). Si le vin réjouit le cœur de l’homme, l’huile fait luire, resplendir les visages (Ps 104, 15). L’huile parfumée met le cœur en joie (Pr 27,9). Dans le Cantique des Cantiques, la Bien-Aimée s’écrie : Ton nom est une huile qui s’épanche (Ct 1,3). Tout ton être, tout ce que tu es pour moi, c’est fête, douceur, force. De là, le sens de l’invocation du Nom de Jésus dans la liturgie byzantine et orthodoxe : Jésus (Dieu-Sauveur) est vraiment l’huile de miséricorde, l’onction des bienfaits que Dieu accorde à ses élus. Jésus lui-même est le Christ, l’Oint sur qui repose la tendresse du Père et son Souffle de Vie. Comme le Fils, nous sommes oints à notre tour pour devenir des Vivants, Témoins de l’Amour. Certains sacrements le signifient davantage (baptême, confirmation, onction des malades, ordination sacerdotale). L’huile utilisée en ces cas est parfumée. Dans l’Église latine et orthodoxe, on l’appelle Saint Chrème parce qu’elle a été bénite par l’évêque ou le patriarche lors de la messe chrismale, le Jeudi Saint.
Tu oindras…pour qu’ils exercent mon sacerdoce (Ex 30,25). L’huile est un mélange odorant employé pour l’onction des prêtres dans le Premier Testament. Elle est une bénédiction qui accompagne, qui est avec celui qui la reçoit (Dt 28, 8).

Le psaume 33 chante cette onction d’huile qui coule jusque sur la barbe d’Aaron, répandant son parfum sur la personne toute entière. Aaron en a pris son compte. Dieu n’est pas avare de ses dons !
Ah, qu'il est bon, qu'il est agréable
pour des frères d'être ensemble !
C'est comme le parfum de l'huile précieuse
versée sur la tête du grand prêtre Aaron,
et qui descend jusqu'à sa barbe
puis jusqu'au col de son vêtement
comme la rosée du Hermôn descend sur les monts de Sion…

Pour le psalmiste, vivre ensemble dans l’harmonie et l’unité répand le parfum de la bénédiction de Dieu.
Un moine bénédictin australien évoque, quant à lui, la réalité de la grâce exprimée dans le mot mercy, contenu dans la traduction anglaise du Kyrie : Have mercy upon us. La grâce, c’est la beauté et la splendeur de la gloire de Dieu (Ex 34, 29-30). Cette gloire qui brillait sur le visage de Moïse descendant du Sinaï (Ex 29,7 ; 30,25-30 ; Dt 28,8). Gloire qui est l’excès d’amour de Dieu débordant sur l’humain qui l’accueille.
Il est donc normal que, dans les offices liturgiques, nous implorions sur nous cette gloire de la rencontre pour accueillir le Dieu vivant, en Jésus, dans la communion eucharistique.
Le Kyrie eleison peut monter sans cesse, comme un cri lancé vers le Sauveur, pour habituer notre coeur à s'ouvrir petit à petit au salut qu'il implore. La liturgie latine se contente de trois invocations au début de la messe.
La divine liturgie de saint Jean Chrysostome et de saint Basile répètent l’ invocation tout au long de la liturgie. Elle revient plusieurs centaines de fois (300 à 500 fois) dans les Vêpres selon le rite monastique russe chantées par les moines du monastère bénédictin de Chevetogne. Le chrétien orthodoxe prend le temps de se laisser immerger dans l’esprit de cette supplication. L’église avec les icônes, l’encens, le chant, l’espace sacré, le temps, tout parle à ses sens, à son être entier pour le tourner vers Dieu.
En implorant le Seigneur à travers le Kyrie eleison, nous en appelons aussi à l’amour-agapé, l’amour même de Dieu qui se donne à nous gratuitement. Lorsque le cœur humain se laisse envahir par cet eleison, l’amour agapé inonde toute la personne. Le Christ ne nous appelle plus ses serviteurs mais ses amis. Nous devenons peu à peu à l’image du cœur du Père et du Fils sur qui repose l’Esprit.
Va, avec cette force qui est en toi (Jg 6,14). Le chrétien est appelé à être comme Dieu : miséricordieux, compatissant et plein de charité pour ses frères.

Sources : (1) Lucien Coutu, La Méditation Hésychaste, Éd. Fides, 1996
(2) Lev Gillet, Le Pasteur de nos Âmes, YMCA Press, F.X de Guibert, Paris, 2008
Valère De Pryck et sœur Myriam, clarisse





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Synaxe des saints et martyrs russes du XXème siècle

Publié le 17/12/2008 à 12:00 par orthodoxie
Synaxe des saints et martyrs russes du XXème siècle
Synaxe des Saints et Martyrs Russes du Vingtième siècle
Célébrée le dimanche le plus proche du 25 janvier / 7 février

La persécution sans précédent qui s’est abattue sur l’Église de Russie depuis la Révolution Bolchévique de 1917 jusqu’à la célébration du Millénaire du Baptême de la Russie en 1988 n’est pas parvenue à éteindre la foi. Au contraire, de nombreux martyrs lui ont conféré un titre de gloire. Selon une base de données de l’Université orthodoxe Saint Tikhon de Moscou, 500.000 personnes ont subi le martyre de la foi sous le régime communiste. L’Église russe ajoute environ 2000 saints nommément chaque année. Nous présenterons brièvement trois saints hiéromartyrs russes et donnerons le sens de cette icône du XXème siècle d’auteur inconnu.

A. Les saints hiéromartyrs russes du XXème siècle

1.Le saint métropolite Vladimir de Kiev

Il est le premier des nouveaux martyrs. Né en 1848 dans le diocèse de Tambov dans une famille sacerdotale, il se maria mais perdit sa femme et son jeune fils après quatre années de sacerdoce. Il entra au monastère de Kozlov, il fut sacré évêque de Staraja-Russa ( diocèse de Novgorod) en 1888, puis transféré en 1891 à Samara où il se mit au service des victimes du choléra. Il se dévoua égalemenrt à l’instruction spirituelle des peuples orthodoxes du Caucase. Élu Métropolite de Moscou en 1898, il se consacra au renouveau de la vie dans son diocèse, à une formation soignée des prêtres tout en organisant des conférences spirituelles pour les ouvriers d’usine. Il était apprécié des moines de la Laure Saint Serge et de la grande duchesse Sainte Élisabeth dont il devint le père spirituel. Nommé Métropolite de Petrograd et président du Saint Synode, il s’opposa à Raspoutine, ce qui causa sa disgrâce et son transfert à Kiev.
Lors de la Révolution d’octobre, l’Église nationale ne reconnut pas le métropolite Vladimir, réfugié au monastère des Grottes de Kiev. Le 25 janvier, arrêté en pleine nuit, il fut conduit hors du couvent. Maltraité et injurié, il chanta et pria calmement jusqu’à son exécution,bénissant ses bourreaux avant d’être fusillé, disant : « Que Dieu vous pardonne ! ».

2. Le Saint Métropolite Benjamin
Élu au siège de Petrograd en 1917, il exerça son ministère de manière privilégiée parmi les populations ouvrières. Il dégagea l’Église des implications politiques, gardant un bon contact avec les pauvres et les ouvriers. Lors de la famine de 1921, causée par la Révolution, il accepta de livrer à l’État tous les biens de l’Église, à condition que ce soit de plein gré en accord avec les prêtres des paroisses. Il s’opposa cependant à la confiscation des vases sacrés qu’il jugeait action sacrilège. Après un premier mouvement d’assouplissement des bolchéviques, il fut arrêté le 29 mai 1929 à cause de son opposition au mouvement « Église Vivante » créée pour éliminer la véritable Église et la tradition. Pendant le jugement, une foule de fidèles le soutenait à l’extérieur du tribunal par son silence et sa prière. Il réfuta toutes les fausses accusations qui le blessèrent profondément mais il demeura d’une inébranlable fermeté. Assumant toute la responsabilité des décisions prises dans ce domaine, sa voix dénotait une autorité qui lui était étrangère. Sa fermeté décida de son sort. Malgré le soutien du peuple qui sanglotait, il fut fusillé le 13 août avec d’autres prêtres. Craignant une révolte, on fit croire au peuple qu’il s’était caché, attendant des temps meilleurs.

3. La grande-duchesse Sainte Élisabeth

Élisabeth Feodorovna naquit le 20 octobre 1864. Elle épousa le grand duc Sergei Alexandrovitch, assassiné en 1905 dans un attentat terroriste. Elle rendit visite à l’assassin en prison pour l’exhorter au repentir et demanda sa grâce au tsar. Elle ne cessa de prier pour lui. Protestante, elle s’était convertie à l’orthodoxie suite à son mariage avec le grand duc. Elle se dévoua pour les autres et s’occupa des blessés pendant la guerre russo-japonaise. Elle décida de se consacrer à Dieu. Animée d’un esprit d’entraide, elle fonda à Moscou le Monastère de Marthe et Marie, moniales infirmières pour les pauvres et les malades. Personne au regard doux, sentant venir des moments durs pour son pays, elle encouragea les croyants habités par la consolation de l’Esprit Saint à traverser ces moments terribles qui font davantage encore resplendir la foi. Elle-même se montra une infirmière admirable ne se ménageant aucunement. Refusant d’être sauvée, elle fut arrêtée en 1918 avec deux consœurs dont Barbara qui partagea son martyr. La nuit du 17 juillet 1918, elle fut jetée avec d’autres membres de la famille Romanov dans une galerie des mines d’Alapaevsky profonde de 60 mètres. Elle ne mourut pas de suite . Son corps fut retrouvé intact sur un rebord à seize mètres de profondeur à côté du prince Constantinovitch dont elle avait encore pu soigner les blessures, chantant le tropaire de la Résurrection et l’Hymne Acathiste, entendus au-dehors. Après un long périple par Irkoutsk, la Chine, Suez et la Palestine, ses reliques furent déposées dans l’Église du Monastère Sainte-Marie-Madeleine à Jérusalem, construit par l’empereur Alexandre III. Sainte Élisabeth est une des saintes modernes les plus vénérées en Russie et son icône est partout présente.

4. La multitude de saints et saintes de la persécution

Il n’est pas possible de les énumérer. L’objectif des autorités soviétiques était l’élimination totale et cruelle de l’Église orthodoxe. La lettre de Lénine du 19 mai 1922 aux membres du Bureau politique ordonnait la confiscation rapide et impitoyable de tous les biens ecclésiastiques. Ces persécutions continuèrent sous Staline et Krouchtchev. La plus grande partie de l’épiscopat et du clergé fut exécutée avec nombre de fidèles orthodoxes. Leurs noms ne sont pas connus et toute trace disparue. Pour cette raison, le conseil épiscopal de l’Église russe de 2000 a pris la décision de canoniser ensemble avec des centaines de néo-martyrs et confesseurs dont les noms sont connus, les nombreux autres dont Dieu seul se souvient. (Mgr Hilarion Alfeyev, Discours lors de la présentation du livre d’Andrea Riccardi :Ils sont morts pour leur foi – Bruxelles, 14 avril 2003). Ils ont une place anonyme en bas de l’icône. Que ces quelques paroles leur rendent « Mémoire éternelle » avec notre profond respect et admiration.

B. L’icône des Saint Martyrs du XXème siècle

En bas de l’icône sont représentés tous les âges et métiers de la population russe, tant laïcs que religieux. Ils n’ont pas encore les auréoles de la sainteté mais tous représentent ceux qui furent tués pour leur foi.
Au centre, au-dessus, les membres de la famille impériale portent la croix, symbole du martyre. Trois des jeunes Grandes-duchesses portent l’uniforme d’infirmière attestant leur aide aux blessés. Au même niveau aussi les saints militaires et particulièrement Sainte Élisabeth, martyrisés pour leur foi et leur fidélité à la famille impériale.
Au-dessus, avant les anges et autour des bulbes des églises, à main gauche nous distinguons tous les hiéromartyrs dont le patriarche Tikhon, les métropolites Vladimir de Kiev, Pierre de Moscou, Benjamin de Petrograd, Barsanuphe de Kirillov, Andronique de Perm, Pétrophane d’Astrakhan, et à main droite les prêtres, diacres et lecteurs martyrs.
Les anges apportent les couronnes des martyrs comme pour les saints martyrs de Sébaste.
Au centre, autour de l’icône du Triomphe de l’Orthodoxie, se trouvent les saints Pères de l’Église Orthodoxe Russe.
En haut, autour de la Déisis classique, nous trouvons les Saints Cyrille et Méthode, St Nicolas et St Séraphin de Sarov. Autour de saint Jean, on reconnaît saint Vladimir fondateur de la Russie chrétienne, la Grande Duchesse Olga et St Serge de Radonège.
Vous tous et toutes, saints et saintes, martyrs de la foi orthodoxe et chrétienne, priez pour nous. Augmentez notre foi.

Terminons par ces paroles pleines d’espérance:
L’exploit des martyrs est commun aux chrétiens de toutes les confessions. En URSS, ce sont les orthodoxes, les catholiques et les protestants qui furent persécutés. Ce n’était pas rare que des chrétiens de confessions différentes se trouvent dans la même cellule de prison. Les barrières confessionnelles disparaissaient alors, des différences doctrinales s’effaçaient. Ce qui unissait les chrétiens, à savoir l’amour du Christ, était bien plus important que ce qui les distinguait.
Je voudrais exprimer mon espoir que l’exemple des martyrs nous incitera aujourd’hui non seulement à vivre en Christ et à être fidèle à son Église, mais également à œuvrer pour surmonter les divisions entre les chrétiens. Ce qui nous unit est bien supérieur à ce qui nous sépare. Le péché est la cause des divisions ecclésiales, tandis que la sainteté est la source de l’union. Que le sang des martyrs du XXème siècle soit le gage de l’unité des chrétiens que nous attendons tous. (Hilarion Alfeyev, archevêque orthodoxe de Vienne et d’Autriche – ibid.).

Valère De Pryck et sœur Myriam, clarisse

Sources : Saints et Fêtes Orthodoxes – Internet
Michel Polsky, Les Nouveaux Martyrs de la Terre Russe, Éd. Résiac, F 53150 Monsurs, 1976
http://invites.maison-russie.fr/icone/introduction.html

Saint Prophète Daniel

Publié le 21/11/2008 à 12:00 par orthodoxie
Saint Prophète Daniel
Icône dans Orthodox Church of America

Saint Prophète Daniel
Prophète de l’espérance
VIme siècle
Fêté le 17 décembre - le 11 décembre dans l’Église orthodoxe

Je viens pour te l’annoncer, car tu es bien-aimé (Dan 9, 23)

L’auteur du livre
Le rédacteur final du livre de Daniel, récapitulant plusieurs auteurs différents, écrit en araméen vers 164, à l’époque des Maccabées (175 à 63), sous le nom de Daniel, un prophète qui aurait vécu quatre siècles auparavent. Captif à Babylone, il serait entré à la cour de Nabuchodonosor (Nébucadnetsar) où il exerça une grande influence après avoir gagné la confiance du roi. Le rédacteur inspiré du IIème siècle, tout en rapportant des récits du VIème siècle les imprègne fortement de la problématique de son temps : les persécutions subies par Israël sous Antiochus Épiphane (175-164). Daniel a vu des « choses », que l’auteur projette dans l’actualité dont il est témoin à l’époque des Maccabées.
Ce nom d’emprunt permet à l’auteur de s’appuyer sur l’histoire passée (le temps de l’exil) pour prendre le recul nécessaire et réfléchir sur le déroulement du dessein de Dieu dans l’histoire. Mais surtout pour encourager le peuple à garder l’espérance au sein de cette nouvelle épreuve nationale, sous les Maccabées.
Le livre de Daniel
Le livre se compose de deux parties et de quelques additions dont une version grecque comprenant la prière d’Azarias, l’hymne de louange des trois jeunes gens, l’histoire de Suzanne ainsi que celle de Bèl et du serpent, satire de l’idolâtrie.
La première partie (1-6)
Daniel interprète les songes et visions pour le roi (ch.2). Comme au sixième siècle, Israël écrasé par Antiochus Épiphane, se sent impuissant. Daniel le rassure : ne t’affole pas, c’est un colosse aux pieds d’argile. Le symbolisme de la pierre mystérieuse se détachant de la montagne pour écraser l’oppresseur signifie que Dieu suscitera un royaume qui ne sera jamais détruit et ne passera pas à un autre peuple (2,44-45). Évocation qui sera reprise par l’espérance messianique d’Israël.
Au chapitre 3, le récit des trois jeunes gens jetés dans la fournaise chantant l’admirable cantique au Dieu créateur annonce la défaite du mal (ajouté par le Daniel grec). Il a une portée symbolique qui préfigure la délivrance de la mort pour les martyrs, à l’époque maccabéenne. L’histoire de Daniel dans la fosse aux lions (ch 6) illustre comment Dieu sauve celui qui s’oppose au décret d’idolâtrie du roi par fidélité à la Loi divine, même si, dans un premier temps il subit rejet et péril de mort. Daniel et ses compagnons sortent triomphants des épreuves à la vue des païens qui glorifient leur Dieu qui les a sauvés. Message de réconfort pour le temps de persécution que connaissent les lecteurs du Livre de Daniel.

La deuxième partie (7-13)
Nous nous arrêtons au chapitre 7, chapitre clé où commence l’apocalypse de Daniel, le temps de la fin (11.40). (Apocalypse signifie levée du voile, genre littéraire biblique utilisé aussi par saint Jean pour aider le lecteur à percevoir le véritable sens de l’histoire qui demeure aux mains du Dieu victorieux du mal et de la mort. L’apocalypse – en un langage codé, à décrypter - se veut un message d’espérance pour temps de crise). Le sage qui écrit, englobant une large tranche d’histoire passée, en donne l’intelligence spirituelle à ceux qui présentement se débattent dans les épreuves imposées par Antiochus IV Épiphane. L’auteur met en scène des personnages historiques. Sous l’image de quatre bêtes (quatre, symbole d’universalité), les trois premières bêtes sont comparées à des carnassiers redoutables, tandis que la quatrième présente les traits d’un véritable monstre ne se soumettant à aucune loi, persécutant les saints. À travers cette symbolique, le rédacteur s’en prend à tous les pouvoirs totalitaires depuis Nabuchodonosor (604-562) jusqu’au roi régnant, Antiochus IV. Tout le drame onirique du chapitre 7 se trouve axé sur l’opposition entre l’animalité et l’humanité. Animalité qui attire le jugement divin. Dieu retire le règne à ceux qui se comportent comme des bêtes pour le donner à celui qui répond à sa vocation d’homme. Les quatre bêtes, symbolisant quatre royaumes successifs, sont opposés à l’apparition du Fils d’Homme parfois appelé Fils d’Humanité. (L’humanité se définissant par un comportement bienveillant, respectueux et compatissant). Il désigne un personnage symbolique identifié par la tradition chrétienne au Messie davidique, il appartient au genre humain.
Les visions de cette partie apocalyptique comportent des images et des symboles présentant une énigme à décrypter. C’est l’histoire d’Israël et de toute la terre toujours en danger face aux puissances idolâtres qui cherchent leur perte. Mais la justice du Seigneur finit par s’imposer dans le triomphe des justes et le jugement des coupables.

Le Fils de l’Homme
Celui que Daniel voit venir est comme un fils d’homme. Pourquoi comme dénotant une certaine approximation, une incertitude ? Serait-ce le drame du début de la Genèse revu et corrigé ? Celui qui vient ressemble à l’adam proposé par Dieu à la création avec mission de régner sur les bêtes et sur toute la terre. Il est digne d’être présenté au Seigneur qui l’attend depuis les origines et dont il reconnaît la majesté souveraine (13). Il reçoit la royauté sur tous les humains car il respecte toutes les cultures et saura y distinguer la touche divine. Son pouvoir et son autorité n’ont rien en commun avec celui des bêtes, il règnera, sans pressions, ni contraintes ni violences.
Les gens de tous peuples, nations et langues le serviront (14). Ils feront la découverte émerveillée de ce Visage d’Homme qui porte à l’adoration, à l’obéissance qui écoute, au service.
Au verset 18, cette royauté est déférée aux Saints des lieux Très Hauts que sont les juifs fidèles. Elle consiste essentiellement en la sollicitude pour le troupeau humain, spécialement pour les plus faibles. Dans la soumission et la confiance au Dieu Très Haut, ils auront comme seul moyen d’action l’être et la parole. Leur royauté n’aliènera personne, elle appellera à la justice, à la responsabilité personnelle créative et inventive, respectueuse de toutes les cultures. Ces Saints des lieux Très Hauts auront, d’une part, comme discipline le refus d’adorer de faux dieux, au risque de leur vie (3,19-21) et, d’autre part, une exigence de prière : se tenir devant le Seigneur, comme le Fils de l’homme. En sa présence, ils trouveront assurance et force, sagesse et intelligence des choses cachées (2,21-23).

L’avenir
La curiosité de Daniel comme la nôtre concernent le jour et l’heure de la Fin. Aucune réponse n’est donnée sur la manière dont Dieu accomplira définitivement sa Royauté dans notre monde. Seul le Père connaît le jour et l’heure, dira Jésus. Une certitude soutient le croyant : Dieu est à l’œuvre, même à travers les événements les plus néfastes de l’histoire.
Le livre se termine sur une promesse inouïe pour les martyrs, celle de la résurrection, l’entrée dans la vie éternelle pour ceux qui sont inscrits dans le Livre de Vie (12,1-4) et le jugement pour les ennemis de Dieu et les apostats (Dn 12,1-4 est l’un des grands textes du Premier Testament sur la résurrection). Daniel est le prophète de l’espérance du Royaume (2,44 ;3,33 ; 4,31). Son royaume est un royaume éternel (7,14) qui se réalisera pleinement en Jésus-Christ et par lui. Lui-même se nomme le Fils de l’Homme accomplissant ainsi les visions de Daniel et instaurant le Royaume des saints annoncé par le prophète.

Valère De Pryck et sœur Myriam, clarisse
Sources : La Bible de Jérusalem et la T.O.B.
Jean Burnier-Genton, Le rêve subversif d’un sage, Daniel 7, Labor et Fides, Le Monde de la Bible N° 7, mai 1993.
Cahiers d’Évangile n° 79, Le Livre de Daniel, Cerf, 1992.

Saint Clément de Rome

Publié le 14/10/2008 à 12:00 par orthodoxie
Saint Clément de Rome
Saint Clément, pape de Rome
Père Apostolique
( ? – 101)
Fêté le 23 novembre

Nous connaissons peu de choses de la vie de saint Clément. De son admiration pour la ville de Rome, on en conclut qu’il est sans doute citoyen romain et, d’après le fond et la forme de son Épitre aux Corinthiens avec ses nombreuses références à l’Ancien Testament, on le suppose Juif d’origine. Irénée de Lyon (évêque de cette ville jusque 202) et Eusèbe de Césarée (263-339) citent Clément comme troisième successeur de Pierre, après Lin et (Ana)Clet. Irénée atteste qu’il « avait vu les apôtres », « les avait rencontrés et avait conversé avec eux » ; il avait « encore dans les oreilles leur prédication, et devant les yeux leur tradition » (Adv. Haer. 3,3,3). Eusèbe situe son pontificat de 92 à 101. D’après Tertullien, il reçut l’ordination de Pierre lui-même. Origène l’identifie au Clément qui accompagnait Paul dans ses prédications (Ph 4,3).
La tradition retient que sous le règne de Trajan, Clément serait devenu trop influent. Il aurait été déporté en Chéronèse Taurique (Crimée) dans les mines du désert. Pour s’être obstiné à prêcher aux prisonniers, on lui aurait attaché une ancre au cou avant de le précipiter dans la mer. Mais aucune preuve historique de son martyre n’est attestée.

L’épître aux Corinthiens 1°
C’est le seul écrit que Clément nous ait laissé. On peut le dater avec assez de précision, vers 96, année où les persécutions s’étaient provisoirement calmées. Paul s’était déjà plaint de l’Église de Corinthe : « Il m'a été rapporté par les gens de Chloé, qu'il y a parmi vous des discordes » (I Cor. 1, 11) . Or ces discordes n’ont jamais vraiment cessé. Aussi Clément reprend la plume, s’effaçant derrière sa communauté : « L’Église de Dieu qui séjourne à Rome à l’Église de Dieu qui séjourne à Corinthe…(1,1) ». Derrière cette expression se dessine l’affirmation de la primauté de l’évêque de Rome. Le motif de la lettre concerne un scandale intervenu dans cette Église où certains « se sont soulevés contre leurs presbytres et les avaient déposés » (47,6). Il leur écrit pour les inviter à la réconciliation dans la paix, pour ranimer leur foi et leur annoncer la Tradition reçue des Apôtres. Clément parle de schisme qui en jette beaucoup dans l’abattement, le doute et qui provoque la tristesse au sein de la communauté. Il invite les coupables de cette dissension à accepter librement, avec noblesse et générosité, leur départ en exil afin de sauvegarder la paix entre tous. Il les exhorte à ne pas résister aux paroles que Dieu leur adresse par son intermédiaire car ils se fourvoieraient dans la faute et un grave danger pour leur âme. Afin de les aider, il leur envoie trois ambassadeurs pour restaurer la paix et appeler à la soumission aux presbytres qui exerçaient leur ministère sans reproche et avec honneur (44,6) .


La lettre est assez longue, elle comporte 65 chapitres.
En prologue, Clément loue les Corinthiens pour leur foi des premiers temps, pour l’état florissant de leur Église, leur zèle et l’harmonie entre les membres. Mais l’affaiblissement de ces dons enlève à la recherche de la justice et la paix leur ferveur première.
Dans la première partie, l’auteur stigmatise la jalousie qu’il faut bannir tout en invitant à la pénitence. Positivement, il appelle à pratiquer l’obéissance et la foi, la piété et l’hospitalité, le tout vécu dans un esprit religieux. La pratique de l’humilité en imitation du Seigneur est fondamentale. Il ranime la foi des Corinthiens, leur montrant les dons incomparables et magnifiques reçus du Seigneur. À travers l’image du cep de vigne qui nécessite du temps pour donner son fruit, il leur fait comprendre que la maturation dans la foi ne se fait pas en un jour. Il célèbre l’ordre qui règne dans le monde et loue le Créateur pour l’abondance de ses bienfaits.
Quelle voie devons-nous suivre ? Celle par excellence qui est Jésus Christ en qui nous formons un corps où doit régner l’unité.
Dans la deuxième partie, il propose des remèdes aux désordres survenus à Corinthe : respecter l’ordre établi par Jésus Christ et les apôtres (la doctrine de la succession apostolique y est clairement affirmée). Clément poursuit en lançant un appel pathétique à l’unité et entonne aux chapitres 49 et 50 les louanges de la charité, imitant en cela l’hymne à l’amour de Saint Paul ( Cor 13).

L’Épitre affirme également la foi en la Trinité, en la divinité du Christ, rédempteur, ressuscité et gage de notre propre résurrection (cfr.au ch.25 l’exemple du phénix qui ressuscite - légende importante dans l’art du christianisme primitif ).
Elle insiste aussi sur la réalité de l’Église une, catholique, corps du Christ, et apostolique.
Du point de vue liturgique, la lettre se termine par une très belle prière de louange et d’action de grâces qui constitue un joyau de la littérature chrétienne (Hemmer) et le premier éveil de la prière officielle de l’Église (Bardy). On y trouve attesté la divinité du Christ que l’auteur appelle l’enfant bien-aimé (ήγаπημένος παϊς), le Grand Prêtre et le gardien de nos âmes qui nous comble de ses bénédictions.

Si la grandeur de Dieu, sa majesté et sa munificence saisissent Clément au plus profond de lui-même, la grandeur de l’auteur de l’Épitre aux Corinthiens nous impressionne également: tout y est sérénité, sagesse, modération, intelligence, charité. (Sr. Gabriel Peters O.S.B.).

1°(Cette lettre cite à plusieurs reprises l’Épitre aux Hébreux longtemps attribuée à Paul. Elle lui serait donc antérieure. Étant donné la similitude de langage, les exégètes modernes, et déjà Eusèbe de Césarée et Origène, se demandent si Clément n’en serait pas l’auteur. Tous deux s’appuient sur la Parole vétérotestamentaire, pour conforter leurs affirmations morales ou doctrinales).

Valère De Pryck et sœur Myriam, clarisse

Sources : Sr. Gabriel Peters O.S.B., Lire les Pères de l’Église, Cours de Patrologie 1, D.D.B., 1981.
J. Quasten, Initiation aux Pères de l’Église, Tome premier, Cerf, 1955.



Saint Jacques le Majeur

Publié le 18/09/2008 à 12:00 par orthodoxie
Saint Jacques le Majeur
Jacques de Zébédé
(Origine inconnue)

Jacques le Majeur
(06 av. J.C. – 42 ap.J.C.)
Fêté le 25 juillet

Saint Jacques est le fils de Zébédée et de Marie Salomé, le frère aîné de l’apôtre Jean. C’est la raison pour laquelle il est appelé le Majeur.
Il nous faut le distinguer de Jacques, fils d’Alphée, premier évêque de Jérusalem et d’un autre Jacques, frère du Seigneur.

Les Évangiles.
Jacques et Jean, compagnons de Simon, sont parmi les premiers appelés après Pierre et André. (Mt 4,21-22 ; Mc1,19-20). Chez Luc, c’est à l’occasion d’une pêche miraculeuse (5,10-11) qu’ils laissent tout pour suivre Jésus. Ils font partie des Douze que Jésus choisira au milieu de ses disciples après une nuit de prière sur la montagne pour « être-avec lui » (6,12-16).
Ces épisodes se situeraient vers l’année 27 de notre ère. Par la suite, Jésus les enverra en mission (Mt 10, 1-4), investis de son « autorité » pour prêcher, chasser les démons et guérir toute maladie (Mc 3,13-18 ;6,7). Jean et Jacques se distinguent par la vivacité et l’impétuosité de leur caractère si bien que Jésus les appellera « Boanergès », c’est-à-dire « fils du tonnerre ». Lorsque des Samaritains refusent d’accueillir leur Maître en route vers Jérusalem, ils lui suggèrent de faire descendre le feu du ciel pour les exterminer. Riposte violente rabrouée par Jésus (Lc 9,52-56). Avant la Passion, n’ayant encore rien saisi du chemin d’abaissement de leur Seigneur, les deux frères demandent à Jésus de leur accorder de s’asseoir l’un à sa droite et l’autre à sa gauche dans son Royaume (Mc 10, 35-40). Selon Matthieu, c’est leur mère qui interviendrait (20,20-23). Le seul don que le Seigneur peut leur faire est de prendre le même chemin que lui : celui qui veut être grand dans le Royaume sera le serviteur de ses frères.
Jacques semble proche de Jésus. Choisi avec Pierre et Jean, il est présent lors de la résurrection de la fille de Jaïre (Mc 5,37 ; Lc 8,51). Jésus les prend avec lui sur la montagne de la Transfiguration (Mt 17,1-2 ; Mc 9,2-3 ; Lc 9,28-29). Dépassés par les événements, ils dorment au jardin des Oliviers durant l’agonie du Seigneur (Mt 26,37 ; Mc 14,33). Avec André, ils s’informent sur le temps et les signes qui accompagneront la fin du monde (Mc 13,3-4). Nous retrouvons Jacques au Cénacle où les apôtres sont réunis avec Marie et quelques femmes dans l’attente de l’Esprit Saint (Ac 1,13-14). Il fut le premier apôtre à verser son sang pour le Christ. Hérode Agrippa le fit décapiter par le glaive à Jérusalem, en 44.

La légende : St Jacques, patron de l’Espagne.
La mission apostolique aurait conduit saint Jacques vers l’Espagne pour y prêcher l’Évangile. N’ayant converti que neuf personnes, il serait retourné en Terre Sainte. Après son martyre, son corps, d’abord transporté à Joppé, aurait été embarqué par ses compagnons pour être déposé à Iria (aujourd’hui El Padron) dans le nord-ouest de l’Espagne. En 772, l’ermite Pelayo éclairé par la lumière surnaturelle d’une étoile miraculeuse dans son sommeil aurait eu révélation du lieu où se trouvaient les reliques de Saint Jacques. Ce que l’évêque de l’époque, Théodomir d’Iria-Flavia, confirma. En 1082, une église - bientôt cathédrale (1122) – fut bâtie sur son tombeau
Le pèlerinage à Saint Jacques de Compostelle a été et demeure un des plus célèbres de la chrétienté. Léon XIII officialisa la reconnaissance par Théodomir en 1884. Cependant, Benoît XVI, dans son audience du 21 juin 2008 se montre plus prudent : « Selon la tradition chrétienne, le tombeau de saint Jacques reposerait en Galice, dans la ville de Compostelle, mais les historiens considèrent qu'il n'y a pas de preuves pour avancer une telle affirmation ». Paroles corroborées par Jacques Chocheyras dans la conclusion de son livre Saint Jacques à Compostelle : « Si nous ne nous trompons pas, ce sont bien les restes de suppliciés que les fidèles vénèrent toujours à Santiago-de-Compostella. Mais ce ne sont pas ceux du fils de Zébédée, exécuté en 44 et depuis longtemps dispersés. Ce sont ceux de Priscillien et de ses deux clercs, hérétiques non repentis, condamnés par une juridiction civile sous un faux prétexte à la suite d’une cabale. De cela, la présomption, sinon la preuve absolue pourrait être apportée … par la méthode du carbone 14 « corrigée » (p.153). Quoiqu’il en soit de la légende espagnole de saint Jacques, rejetée par des critiques, il n’en demeure pas moins que Santiago de Compostelle reste pour les croyants et pour d’autres en quête de sens pour leur vie, l’appel à marcher à son propre rythme vers soi et vers l’Autre peut-être. Maints églises, hôpitaux et confréries lui sont dédiées en Espagne, France, Belgique, Angleterre et bien d‘autres pays européens.
En 1993, la partie du chemin espagnol, le Camino francès, a été inscrit au patrimoine mondial de l'humanité.
« Saint Jacques, aide-nous à devenir toujours davantage disciples du Seigneur avec toute l’ardeur de ta foi et de ton amour ».

Valère De Pryck et sœur Myriam, clarisse
Sources :
Saint Jacques, Dictionnaire de la Bible, Letouzey et Ané, Paris.
Actes du colloque des 18 et 19 janvier 2001 à la Fondation Singer-Polignac, sous la direction d’Adeline Rucquoi, Saint Jacques et la France, Cerf, Paris, 2003.
Jacques Chocheyras, Saint Jacques à Compostelle, Éd. Ouest-France, 1985.

Saint Silouane l'Athonite

Publié le 13/08/2008 à 12:00 par orthodoxie
Saint Silouane l'Athonite

Saint Silouane l'Athonite
(Association Saint-Silouane l'Athonite)

Saint Starets Silouane de l’Athos
1866 – 1938
Fêté le 24 septembre

Quelques faits de sa vie

Syméon Ivanovitch Antonov naquit en 1866 dans le village de Chovsk dans la province de Tambov. Il connut dans sa jeunesse les dévergondages de son âge, séduisit une fille, blessa grièvement un cordonnier qui se moquait en public devant elles. Il portait une grande admiration à son père illettré qu’il aurait voulu avoir comme starets. Un jour, - son père désirant s’instruire - un marchand de livres ambulant de passage, se mit à nier l’existence de Dieu. Syméon qui, à l’époque avait quatre ans, en fut profondément troublé. Il résolut de chercher dans sa vie la preuve de l’existence de Dieu. Des années plus tard, l’une de ses compagnes se rendit en pèlerinage sur la tombe d’un ascète célèbre, Jean Sézénovsky (1791-1839). Revenue au village, elle raconta les nombreux miracles accomplis par son intercession. Au récit des faits, le cœur de Syméon , sensuel et violent, s’enflamma d’amour pour Dieu, convaincu que la sainteté de ce moine était une preuve de l’existence de Dieu. Il avait dix-neuf ans.
Durant son service militaire, alors qu’il se trouvait dans une auberge avec trois de ses camarades, ceux-ci constatèrent qu’il se retirait souvent en lui-même, dans ses pensées. Il leur confia que son cœur était au Mont Athos et au Jugement Dernier. À la fin de son service, il se rendit auprès du père Jean de Cronstadt (1829-1908) pour lui demander de l’aider de ses prières afin de persévérer dans son désir de devenir moine. Dès le lendemain, selon les dires du starets, il sentit « gronder {en lui} les flammes de l’enfer ». Expérience qui le jeta dans un très grand sentiment de componction. À peine libéré de ses obligations militaires, il rejoignit la Sainte Montagne de l’Athos.

Le moine

Dans la prière, où il exhalait sans cesse le regret de ses fautes passées, il fit l’expérience de l’essence profonde du péché. Un jour, pendant la célébration des vêpres, le Seigneur lui apparut. Silouane vit le Christ vivant, rayonnant de lumière, de beauté et de joie. Instantanément, tout son être - corps, âme et esprit - se trouva rempli du feu de la grâce, de la lumière de l’Esprit Saint et de la plénitude de l’amour de Dieu. Il fut comme ravi au ciel et entendit des paroles ineffables. Le doux regard du Christ lui pardonnant tout le marqua pour la vie. Suite à cette rencontre unique, bouleversante avec le Seigneur de miséricorde, sa prière devint un face à face avec Dieu. Il vivait dans un désir ardent, continuel avec Dieu. De plus, cette vision allait modifier profondément sa perception du monde. Syméon reçut le don de percevoir la profondeur du sentiment du péché, le dégoût, la douleur que Dieu « éprouve » face à lui. Il eut en horreur non seulement son propre péché mais celui de toute l’humanité, et pour lequel il commença à verser d’abondantes larmes. Ayant goûté par grâce les tourments de l’enfer, il ne pouvait plus qu’intercéder sans relâche pour tous les pécheurs, devenant à son tour doux et miséricordieux envers tous, à l’image de son Seigneur.
Seul l’homme spirituel peut comprendre son expérience, indescriptible en paroles humaines.

Sa spiritualité.

Silouane n’était pas hiéromoine mais moine du grand habit . Durant sa vie monastique, rien de bien particulier ne le distinguait des autres moines. Il exécutait toutes les obédiences simplement avec amour, alors qu’échappait au regard extérieur une vie intérieure intense et brûlante, traversée de longs combats spirituels qui devaient le mener à l’humilité et à la paix. Aujourd’hui, son extraordinaire expérience de Dieu, vécue à travers tout son être et sa grandeur spirituelle, sont universellement reconnus.


Évoquons trois axes de sa spiritualité

1°) La grâce est don du Seigneur à l’homme pécheur, toujours fragile, impuissant à se sauver par lui-même. De même que les Hébreux après la traversée de la Mer Rouge entrèrent dans la solitude du désert durant 40 ans, comme les trois apôtres virent Jésus transfiguré, mais durent quitter la montagne et, à la Passion, renièrent malgré tout leur Seigneur, ainsi après avoir éprouvé la miséricorde divine, Silouane connut à nouveau les pensées charnelles et les tentations obsédantes. L’homme peut-il délaisser le don de la grâce ? Il eut à mener – seul - une longue lutte contre l’orgueil : était-il devenu plus parfait que les anciens de l’Athos ? Implorant le Seigneur de l’aider, il entendit cette parole salutaire : « Tiens ton esprit en enfer et ne désespère pas ».

2°) Parole mystérieuse et fondamentale de sa spiritualité. Parole proche des béatitudes, elle peut signifier qu’à travers nos difficultés nous ne devons pas désespérer : le Seigneur est avec nous. Elle peut vouloir dire encore que par la croix, source d’espérance, nous allons vers le Père . Plus fondamentalement encore, elle nous apprend le chemin de l’humilité et de la paix. Le feu de l’enfer purifie l’âme encore habitée par les passions, et la purifie de deux grandes tentations: se croire un saint et douter d’être sauvé.

3°) Leonid Ouspensky, son iconographe, a retenu une deuxième prière de Silouane qu’il porte sur le phylactère de la main gauche : « Seigneur miséricordieux, fais que tous les peuples de la terre te connaissent par le Saint Esprit ». Ici s’exprime la dimension universelle de sa prière. Silouane passe du repentir pour ses propres péchés au repentir pour tous les péchés de l’humanité, pour le « péché du monde ». Comment être heureux aussi longtemps qu’une seule créature ne participe pas à la béatitude du Pardon. Que l’enfer puisse exister pour ses frères en humanité lui est insupportable, il souhaite y demeurer avec eux jusqu’à ce que le dernier soit sauvé.

Sa mort

À la fin de sa vie, malade, il fut conduit dans une chambre de l’infirmerie où son confesseur, le père Serge, vint lire sur lui les « prières de la Vierge » ( prières des agonisants). Puis, il dit à l’infirmier que tout allait bien, qu’il n’avait besoin de rien, tandis que de son lit, il entendit les moines réciter matines. Après l’office le moine revint et le trouva mort. C’était le samedi 24 septembre 1938. Il avait reçu l’onction des malades le lundi 19. Lui, le compatissant devenu solidaire de l’humanité pécheresse entra dans le mystère de l’amour miséricordieux entre une et deux heures du matin.
Silouane fut canonisé par le Patriarcat de Constantinople le 26 novembre 1987.

« Maintenant, ô Silouane, tu vois face à face le Christ
qui t’apparut quand tu vivais sur la terre.
Intercède pour nous, pécheurs ».

Valère De Pryck et sœur Myriam, clarisse

Sources : Archimandrite Sophrony, Starets Silouane, Vie-Doctrine-Écrits, Éditions Présence, 1982.
Maxime Egger, Contacts, no. 171, vol. 47, 3, 1995.
Divo Barsotti, Silouane, Écrits Spirituels, Spiritualité Orientale n° 5, Abbaye de Bellefontaine, 1974.
Association Saint-Silouane l'Athonite, Courriel : polet@rom.ucl.ac.be